Après Sacré croissance, Marie-Monique Robin revient dans les salles obscures avec le documentaire Qu’est-ce qu’on attend ?. La journaliste fait découvrir cette fois un petit village alsacien du nom d’Ungersheim. Sa particularité : depuis quelques années, le maire développe une politique de transition devenant un modèle (français, s’il vous plaît) de travail local en faveur de l’environnement et tout simplement, d’un avenir plus sain. Entretien avec la réalisatrice.

Comment avez-vous découvert Ungersheim ? 

Portrait de Marie-Monique Robin. Crédit photo: Solène Charrasse

Portrait de Marie-Monique Robin. Crédit photo: Solène Charrasse

En 2014, j’ai fait un film et un livre qui s’appelaient Sacré croissance. Ce film faisait le tour du monde pour montrer de belles initiatives de citoyens, qui sont souvent soutenues par des municipalités, dans le domaine de l’agriculture et du bio, de la transition énergétique, les monnaies locales… J’étais donc partie au Canada, en Argentine, au Népal, au Brésil, en Allemagne… Et j’avais terminé ce périple au Bhoutan, ce petit royaume où l’on a remplacé le produit intérieur brut (PIB), puisque quand on parle de croissance on parle de PIB, par le bonheur national brut.

Lors d’une projection du film, à Thann, en Alsace, le maire d’Ungersheim [Jean-Claude Mensch, ndlr] vient me voir et me dit « Tout ce que vous présentez dans le film, nous le faisons déjà ». Là, je me suis retrouvée un peu vexée [rires]. Je me suis dit « merde, j’ai fait le tour du monde et je ne savais pas qu’il y avait cette histoire en France ! » Donc j’y suis allée en février 2015, et j’ai vu que c’était vraiment une histoire exceptionnelle. J’ai décidé d’en faire un film.

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« Merde, j’ai fait le tour du monde et je ne savais pas qu’il y avait cette histoire en France ! »

En quoi Ungersheim est une exception ? 

Rob Hopkins (lien en anglais), qui est le fondateur du mouvement des villes en transition, est venu à Ungersheim, village de 2 000 habitants. Il a dit que c’était unique au monde. Il n’avait jamais vu ça nulle part. C’est beau de voir comment, dans un territoire, on peut amorcer cette logique vertueuse et collective.

Évidemment, maintenant, toute la presse se rue là-bas. Mais personne n’était au courant ! Les habitants sont contents que l’on montre ce qu’ils font. Actuellement, ce sont des cars entiers qui viennent. C’était le but du film aussi : donner envie aux élus locaux de s’embarquer dans une initiative similaire. Quand on sait qu’en dix ans, cette commune n’a pas augmenté ses impôts locaux, a réduit ses frais de fonctionnement à 120 000 euros, a créé 100 emplois, a réduit considérablement ses émissions de gaz à effet de serre… Vraiment, qu’attendent les élus locaux pour se lancer !
 
Comment Jean-Claude Mensch, le maire d’Ungersheim travaille-t-il avec ses administrés ? Tous ne sont pas forcément d’accord… 

Des habitants bénévoles préparent soupes et confitures pour ne pas gaspiller les invendus récoltés. Crédit photo : capture d'écran du documentaire Qu'est-ce qu'on fait ?

Des habitants bénévoles préparent soupes et confitures pour ne pas gaspiller les invendus récoltés. Crédit photo : capture d’écran du documentaire Qu’est-ce qu’on fait ?

La force de Mensch, c’est qu’il sait s’entourer de tout le monde. Y compris des gens avec qui, à priori, il n’aurait rien à dire. Dans le monde normal, un maire écolo ne parle pas aux agriculteurs conventionnels. Lui veut travailler avec eux. Cette démarche doit se faire partout. On a tous envie que nos enfants mangent et vivent bien sur cette planète. Et je suis sûre que ça, ça casserait cette défiance qu’il y a partout, notamment vis-à-vis des hommes politiques. C’est verrouillé au niveau national, mais ça doit partir du local. Il faut se réunir et créer un projet global, cohérent, qui couvre les besoins de la vie réelle : manger, se chauffer, s’habiller, se déplacer.

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Comment le film est-il accueilli par le public ?

On a plus d’une cinquantaine de projections prévues dans toute la France. J’ai vu des salles combles partout. Les gens qui le voient sont heureux, impliqués. Certains en ont même pleuré ! Comparé à Sacré croissance [dont le film Demain s’est très largement inspiré, nldr] où on se retrouve partout dans le monde, il y a avec Qu’est-ce qu’on attend ? un phénomène d’identification très fort.

Bande d’annonce du film “Qu’est-ce qu’on attend ?”,

en salles dès le 23 novembre 2016. Source : YouTube

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Retrouvez l’article “Le changement, star au cinéma” dans la 13ème édition de UP le mag

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