Les avancées technologiques n’épargnent aucun domaine, certainement pas l’agriculture. Le point sur les enjeux qui nous attendent.

Tout, vous saurez tout ! Capteurs en tout genre, drones, satellites, open-data… grâce aux nouvelles technologies, les agriculteurs sont en mesure d’avoir de plus en plus d’informations sur leurs exploitations. Les innovations naissent chaque jour dans le domaine. Côté français, on peut par exemple citer la startup Sencrop, qui commercialise une sorte de mini-station météo mobile connectée à un smartphone. Ou encore les capteurs de Medria, qui mesurent la santé des animaux et permettent de repérer les maladies plus tôt, afin de les traiter individuellement, plutôt que d’administrer des antibiotiques à tout un troupeau. Quant à la société TheGreenData, elle a fait de la récolte et du croisement de données ses spécialités, pour aider les agriculteurs à être plus performants.

Une vidéo du groupe coopératif InVivo  montre comment les nouvelles technologies transforment l’agriculture.

Cette nouvelle manière de faire de l’agriculture à partir des données sera-t-elle bénéfique à tous ? Face à la crise climatique qui menace les systèmes agricoles et l’augmentation de la population mondiale, qui avoisinera les 10 milliards en 2050, le secteur devra nécessairement se réinventer. Une partie de la réponse se trouve-t-elle dans l’agriculture numérique ? Cette question a été abordée lors d’une table ronde du Forum Agrifutur, qui s’est tenu à Paris, mardi 8 novembre, sous l’impulsion du think tank Renaissance Numérique et de la Fondation GoodPlanet.

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Une alternative au tout-chimique ?

Invité à prendre la parole sur le sujet, Bruno Parmentier, ingénieur et économiste, auteur de Faim zéro : en finir avec la faim dans le monde, ne mâche pas son enthousiasme. Selon lui, le numérique va permettre d’avoir une connaissance fine du vivant et notamment des sols, ce qui va permettre de produire plus avec moins. Tout en offrant une alternative au système intensif actuel. « Le prochain pouvoir, ce n’est pas la chimie, c’est l’information », résume-t-il.

Véronique Bellon-Maurel, directrice du département Ecotechnologie à IRSTEA parle également de « révolution ». Même si, selon elle, «on parle beaucoup de big data, en agriculture, on n’y est pas encore, on est dans la smart data, l’utilisation de données dans un objectif précis. La récolte de données va permettre d’élaborer de nouveaux modèles et formuler des préconisations », estime-t-elle.

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Le risque de monopole

Pour autant, les deux spécialistes mettent en garde contre certains enjeux. « Qui va être propriétaire des informations ? La question est gigantesque », prévient Bruno Parmentier. « Le risque  n’est pas un risque technologique comme on a pu le voir avec les OGM, mais c’est qu’un petit nombre d’acteurs concentrent les données », affirme Véronique Bellon-Maurel.

Un monopole de quelques acteurs remettrait en question la souveraineté alimentaire, c’est-à-dire le droit des peuples à décider de leur politique agricole. Une question qui est déjà soulevée actuellement, entre le rachat de Syngenta, le premier fabricant mondial de pesticides par le groupe public chinois ChemChina, le mariage des deux géants américains de l’agrochimie DuPont et Dow Chemical et le rachat de Monsanto par Bayer. Autant d’acteurs qui ont d’ailleurs déjà commencé à s’intéresser à la data comme un moyen d’améliorer les performances.

Comment éviter que les précieuses données tombent dans les mains de quelques géants ? Véronique Bellon-Maurel propose de s’inspirer de l’informatique et du logiciel libre. « Les agriculteurs produisent les données, ils en sont propriétaires et doivent rester acteurs », affirme-t-elle. Aux États-Unis, le principal syndicat agricole a créé, avec des universités et entreprises du secteur, la Agricultural Data Coalition, une plate-forme permettant de stocker et sécuriser les données des agriculteurs. Mais d’autres modèles pourraient encore être inventés, afin que chacun, agriculteurs, startups et citoyens, s’y retrouvent vraiment.

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Retrouvez l’article “Jardins intelligents : pas bête les gadgets” dans la 9ème édition d’UP le mag

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