Les scandales récents autour des abattoirs et des conditions d’élevage des animaux destinés à l’alimentation ont tous été révélés par la même association, L214. Rencontre avec ces militants qui rêvent d’un monde sans exploitation animale.

Mars 2016,  une vidéo dévoile les maltraitances subies par les animaux de l’abattoir de Soule à Mauléon-Licha (Pyrénées-Atlantiques). Moutons frappés à coups de pied, bovins mal étourdis, opérations de découpe sur des bêtes encore vivantes… Comme un air de déjà vu ? Avant cela, en quelques mois d’intervalle, deux vidéos du même acabit, l’une à Alès et l’autre à Vigan, avaient dénoncé des faits similaires. Soule sera la goutte de sang qui fera déborder le vase. Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, demande l’inspection de tous les abattoirs de France.

Les vidéos de L214, tout le monde ne les a pas vues, mais rares sont ceux qui n’en ont pas entendu parler. Ces images tournées en caméra cachée, chaque fois introduites par une personnalité connue, par exemple récemment Rémi Gaillard ou encore la chanteuse du groupe Lilly Wood and the Prick, sont reprises dans tous les JT. Elles ont fait la notoriété de l’association qui doit son nom à l’article L214 du code rural, dans lesquels les animaux sont désignés comme des êtres sensibles depuis 1976. À chaque nouvelle vidéo, les mails et les demandes d’adhésion affluent. Les abattoirs de Soule, Alès et Vigan, qui étaient d’ailleurs tous les trois dans des chaînes de production bio, ont subi une fermeture, au moins provisoire, à la suite de leurs révélations.

Des militants connectés

Dans leur petit local parisien du 19e arrondissement, les militants n’en reviennent toujours pas. «Quand nous avons sorti la vidéo d’Alès, c’était la folie, le téléphone n’arrêtait pas de sonner», se souvient Brigitte Gothière, cofondatrice de L214, la quarantaine, une voix calme derrière des petites lunettes rondes. «Depuis octobre 2015, il s’est passé quelque chose, on est enfin pris au sérieux», confirme le jeune Stan, affairé derrière son ordinateur sur les réseaux sociaux. L’association a plus de 550.000 fans sur Facebook. «On nous a fait remarquer que c’est plus que Greenpeace ou WWF France», note Brigitte Gothière. En pleine ascension, L214 comptera 18 salariés à partir de septembre. L’une de leur dernière vidéo, sur les abattoirs du Mercantour et Pézenas, en juin 2016, a été vue plus de 3,9 millions de fois, un chiffre vertigineux.

Au fil de ses actions, l’association a durci ses rangs et affûté sa communication. «On a appris à synthétiser nos communiqués, avant on écrivait des thèses, s’amuse l’ancienne professeur d’électricité. Mais quand on nous dit qu’on est bons en com’, ça nous fait sourire. On n’a même pas d’attaché de presse ! On a tout appris sur le tas car on est surmotivés », affirme-t-elle. Au quotidien, entre deux événements pro-vegans, l’action des militants se concentre surtout sur les enquêtes. «Nous passons beaucoup de temps à enquêter, à éplucher les images pour pouvoir bien expliquer ce qu’il se passe pour l’animal», avancent-ils.

De l’ombre à la lumière

Leur méthode ne date pourtant pas d’hier. L’aventure L214 a commencé en 2003, avec le collectif Stop Gavage, né d’une rencontre entre défenseurs d’animaux aux Estivales de la question animale, du côté de Saint-Etienne. À cette époque, Brigitte Gothière et son compagnon Sébastien Arsac, tous deux enseignants, filment avec le caméscope familial les conditions de gavage des canards utilisés pour le foie gras. Leurs images sont reprises un peu partout. L’association élargit ensuite ses actions à tous les animaux en 2008, et est à l’origine des révélations sur les poussins mâles broyés dans les élevages de poules pondeuses ou encore les conditions d’élevage des lapins.

Pourtant, le retentissement des anciennes enquêtes n’a rien à voir avec celui des vidéos récentes. «C’est vrai que là, ça a pris une ampleur assez folle… », glisse la cofondatrice de L214. Que s’est-il passé entre-temps ? L’arrivée d’Internet a permis la rivalité des infos et plusieurs scandales ont écorné l’image de la viande. Mais surtout, le mouvement vegan, consistant à ne consommer aucun produit issu des animaux, a pris son essor….

Ceci est un extrait d’un article issu de la 13ème édition du magazine.

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Retrouvez l’article “L214, l’avant-garde vegan” dans la 13ème édition de UP le mag

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