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Ils n’ont pas toujours existé, pourtant il semble que les sacs plastique aient toujours fait partie de notre quotidien. Pratiques et gratuits, ils font le bonheur des consommateurs. Mais pour combien de temps encore ? Conscient de ses conséquences néfastes sur l’environnement, l’État entend bien faire la peau du plastique, quitte à froisser les petits commerçants.

Une course à faire au supermarché ? Clés, porte-monnaie, vous pensez n’avoir rien oublié. Sauf qu’au moment d’arriver en caisse, vous vous apercevez que vous n’avez rien pour transporter vos produits. Avant le 1er juillet 2016 – la mise en vigueur de l’interdiction en caisse de sacs non réutilisables -, vous auriez sans doute utilisé un sac plastique. Un réflexe systématique qui arrive à échéance…

S’il ne faut qu’une seconde pour fabriquer un sac plastique et 20 minutes pour l’utiliser, sa vie peut se prolonger 400 ans avant qu’il ne se désagrège

Les chiffres de son utilisation ont d’ailleurs de quoi donner le tournis. En 2014, 17 milliards de sacs plastique à usage unique ont été distribués en France. Mais il y a plus spectaculaires encore : les données sur les conséquences néfastes de son utilisation. Car s’il ne faut qu’une seconde pour fabriquer un sac plastique et 20 minutes pour l’utiliser, sa vie peut se prolonger 400 ans avant qu’il ne se désagrège. « Et le problème, c’est qu’aujourd’hui seul 20% du plastique jeté est recyclé. Une petite partie est valorisée énergiquement, mais le reste finit dans la nature », s’indigne Flore Berlingen, directrice de l’ONG Zero Waste France.

Ainsi, 122 millions de sacs à usage unique jonchent en permanence le littoral français, et tuent des milliers d’animaux marins chaque année. Ils étouffent et étranglent de nombreuses espèces marines qui les ingèrent en les confondant avec des proies. Et de la mer à notre assiette, il n’y a qu’un pas. Ce faisant, le plastique est aussi notre repas…

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Action, réaction

Alertés par l’urgence de la situation, les pouvoirs publics se sont finalement emparés du problème. Depuis la mise en vigueur, en juillet dernier, de l’article 75 de la loi sur la transition énergétique, les grandes surfaces et les commerces de proximité n’ont plus le droit de fournir en caisse des sacs en plastique non réutilisables. « Par contre, nous avons laissé plus de temps pour les sacs fruits et légumes, détaille Baptiste Legay, chef de la sous-direction déchets et économie circulaire au ministère de l’environnement. Les commerçants doivent pouvoir écouler leurs stocks et se réapprovisionner. »

Effectivement, entre les poireaux et les carottes, se cachent encore quelques sacs plastique à usage unique. Faite en deux temps, la loi prévoit leur interdiction au 1er janvier 2017. « Ils pourront être remplacés par des sacs en papier ou par des sacs en plastique biosourcés », informe l’homme politique. Avec son équipe, il travaille actuellement sur la mise en place d’une norme pour valider le fait que ces sacs soient bien compostables en compostage domestique.

Car, comme le fait remarquer le professeur et chimiste à l’Université de Strasbourg, Luc Avérous : « Il n’y a pas un bioplastique, mais des bioplastiques. » Les sacs oxo-fragmentables sont interdits. « Ils ont la particularité de se décomposer au soleil en petits filaments. En revanche, rien ne prouve que ces filaments sont eux-mêmes biodégradables », avertit l’expert en biopolymères.

Une loi tenable ?

Si tout le monde est d’accord avec cette loi qui semble couler de source, Sophie Duprez, présidente de l’association Alimentation & tendances qui regroupe des petits commerces de l’alimentaire, regrette toutefois l’impact de ces mesures sur les consommateurs, mais surtout sur les petits commerçants. Ces derniers seraient, selon elle, victimes d’une « écologie punitive » : « Les sacs en papier prennent l’eau quand il pleut ou se déchirent. Les sacs biodégradables sont trois fois plus chers. Les sacs réutilisables sont payants et tous les consommateurs ne sont pas prêts à remettre de l’argent au moment de passer en caisse. Enfin, on peut choisir de ne pas donner de sacs, mais on n’a pas non plus envie de se faire insulter toutes la journée. »

En cas de non observation de l’interdiction, des amendes peuvent aller jusqu’à 1 500 euros pour un particulier et 7 500 euros pour une entreprise

Conscient de ces difficultés d’adaptation, l’État ne souhaite pour le moment ni brusquer ni remonter les bretelles des entreprises. « Il faudra bien un jour ou l’autre vérifier que la loi soit bien appliquée et respectée », s’insurge Flore Berlingen. C’est prévu. Des agents du ministère de l’environnement seront en effet bientôt habilités à conduire des contrôles et constater les infractions. « En cas de non observation de l’interdiction, ils pourront mettre des amendes. Celles-ci peuvent aller jusqu’à 1 500 euros pour un particulier et 7 500 euros pour une entreprise. Ces tarifs sont des maxima, et la loi indique que les montants aux amendes doivent être adaptés au cas par cas à la gravité des manquements », précise Baptiste Legay.

Transporter responsable

Les Français en ont déjà pris conscience : le sac plastique aujourd’hui est présenté comme le symbole du jetable. Et selon un récent sondage Toluna pour le magazine LSA, 87% d’entre eux sont d’accord pour réduire l’utilisation des sacs plastique pour protéger l’environnement.

Il y a encore un gros travail de sensibilisation à faire pour qu’on n’ait pas juste un remplacement des sacs plastique à usage issus du pétrole par des sacs biosourcés

« Mais on est encore loi de l’utilisation généralisée des sacs cabas au rayon fruits et légumes, remarque Flore Berlingen. Il y a encore un gros travail de sensibilisation à faire pour qu’on n’ait pas juste un remplacement des sacs plastique à usage issus du pétrole par des sacs biosourcés. Pour nous, cela reste une consommation de ressources renouvelables ou non qu’on pourrait éviter. C’est du gaspillage ».

Si le bioplastique n’est qu’une solution de substitution, quelle est donc la meilleure alternative au sac plastique ? Au lieu de s’en débarrasser pourquoi ne pas le réutiliser. Selon une étude de l’Agence britannique pour l’environnement, si tous ces sacs étaient réutilisés en sacs poubelle, leurs impacts environnementaux en seraient nettement réduits. Enfin, sachez que pour une bonne utilisation, un sac en papier kraft devrait servir 7 fois, un cabas 26 fois, et un sac en coton 327 fois !

Magazine UP le mag n°12Ce sujet vous intéresse ?

Retrouvez l’article “Le bioplastique aura-t-il la peau du plastique ?” dans la 12ème édition de UP le mag

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