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Une recherche à faire ? Pour 9 Français sur 10, le premier réflexe c’est Google. Or, beaucoup le savent, le géant des moteurs de recherche n’est pas le plus recommandable. Et cette action qui pourrait sembler anodine est pour lui un réel soutien. Des alternatives existent. Plus respectueuses des internautes et plus solidaires, elles n’ont pas pour ambition de détrôner l’indétrônable mais bien de défendre la diversité du web.

Les parts d'utilisateurs des différents moteurs de recherche par paysQui aurait pu imaginer le fabuleux destin du géant américain ? Créée en 1998 dans un garage par deux étudiants en ingénierie informatique, la petite startup est aujourd’hui l’étalon de la recherche en ligne. Après la première année de lancement, il y avait 500 000 requêtes Google par jour, il y en a maintenant 2 millions… par seconde. Ce qui lui vaut aujourd’hui de détenir à lui seul 90,35% des parts de marché des moteurs de recherche dans le monde. Bing et Yahoo! sont loin derrière avec respectivement 3,7% et 2,9%.

En France, 90% des internautes utilisent Google, contre 67% aux États-Unis

En France, où 90% des internautes l’utilisent, contre 67% aux États-Unis, Google s’est aussi largement imposé. À tel point, que le verbe « googleliser » est rentré dans l’édition 2014 du Petit Larousse. « Et tout cela sans faire de pub, souligne Brigitte Simonnot, professeur en sciences de l’information à l’Université de Lorraine. Les médias ont largement contribué à sa réputation. Dans les émissions télé, on voit souvent les journalistes faire des recherches sur Google. C’est pareil dans les films. De ce fait, Google est devenu dans l’inconscient collectif le stéréotype du moteur de recherche.»

Mais les critiques à son encontre se font de plus en plus virulentes. Ses détracteurs mettent en cause sa volonté de surveiller les internautes en collectant leurs données, de pratiquer l’optimisation fiscale ou encore d’entraver la concurrence.

Un nouveau front s’organise contre Google

Enough is enough ! Pour ceux qui voudraient rompre avec Google, il est possible d’aller voir ailleurs et d’adopter un nouveau moteur de recherche. Parmi eux, un français, Qwant. Lancé en 2013, « le jour de la fête de l’indépendance des États-Unis », s’amuse son cofondateur et directeur Eric Léandri, il revendique la préservation des données personnelles en n’étant ni doté de système de traçage ni d’enregistrement des cookies. Et tout cela sans publicité.

Eric Léandri explique la signification de Qwant :

Qwant vient de « quantique », les mathématiques quantiques. Ça vient aussi des gens qui font les matrices sur les salles de marché. Cette idée où l’on a le web, le social, l’actualité, mais aussi les photos et les vidéos, et où tout est lié. C’est vraiment de la matrice, du calcul et de l’intelligence artificielle, d’où ce mot qui était plutôt sympa. Quant aux couleurs, ce sont celles de la diffraction de la lumière, on revient sur la quantique, et l’idée d’ouvrir le champ des possibles et non pas de rester à regarder la surface. C’est en quelques sortes un clin d’oeil à la diversité, et donc à la diversité du net.

Qwant, un moteur de recherche français qui respect la vie privée des internautes

Capture d’écran du moteur de recherche Qwant

Comment ça marche ? Comme un moteur de recherche classique, qui classe les résultats par catégorie : web, actualités, images, musique, etc. Mais en coulisses, il est très différent de Google et des autres moteurs commerciaux dans la mesure où il n’a absolument rien à cacher. « Notre charte a été vérifiée et validée par la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL). De plus, nous sommes les seuls à avoir nos serveurs et à payer nos impôts en France », se targue Eric Léandri dont la startup n’a jusqu’alors fait l’objet d’aucune condamnation judiciaire.

la recherche d’information via un moteur de recherche représente au final 9,9 kg équivalent CO2 par an et par internaute

Pour se différencier du roi Google, d’autres vont plus loin. C’est le cas de Lilo, un autre moteur français qui, tout en préservant votre vie privée, se veut solidaire et écologique. Un défi lorsque l’on connaît l’empreinte réelle que nos vies virtuelles ont sur la planète. Selon l’ADEME (l’Agence De l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie), la recherche d’information via un moteur de recherche représente au final 9,9 kg équivalent CO2 par an et par internaute.

Pour réduire cet impact, Lilo distribue la moitié de ses bénéfices à des projets sociaux et environnementaux listés puis choisis par ses utilisateurs. Tout comme le moteur allemand Ecosia, dont 80% des revenus publicitaires sont reversés à des programmes de reforestation. Jusqu’ici, 5,2 millions d’arbres ont été plantés grâce à lui. Et pour une transparence totale, le site publie chaque mois les reçus des dons, attestations à l’appui.

Lilo, un moteur de recherche écologique permettant de planter des arbres dans les zones déforestées

Des alternatives crédibles ?

Lancé en 2010, Ecosia compte aujourd’hui 2,5 millions d’utilisateurs mensuels à travers le monde. Lilo affiche quant à lui 34 350 membres et plus de 4,5 millions de recherches par mois. De quoi inquiéter Google ? Pas vraiment étant donné que pour exister ils ont tous deux besoin du géant. Car s’ils se présentent comme des moteurs de recherche, Ecosia et Lilo sont en réalité des « méta-moteurs c’est-à-dire qu’ils n’indexent pas eux-mêmes le web. Ils envoient les requêtes des internautes à Google ou d’autres moteurs et font la synthèse des résultats », révèle Brigitte Simonnot.

Qwant est le seul à avoir récupéré 1,5% des parts de marché à Google en France

Selon elle, l’alternative « la plus sérieuse » d’autant qu’il s’agit d’un réel moteur de recherche, c’est Qwant. Même s’il reste encore des outils à améliorer – le site vient d’installer un service Map mais n’a pas encore de webmail -, il est le seul à avoir récupéré 1,5% des parts de marché à Google en France. Car après un démarrage lent et difficile, Qwant est enfin en train de décoller. « Désormais présent dans 166 pays, nous sommes passés de 2 millions d’utilisateurs en 2014 à 21 millions en mai dernier », se félicite Eric Léandri qui, en janvier 2016, a réussi une levée de fonds de 25 millions d’euros auprès de la Banque Européenne d’Investissement.

« Les enfants sont nos meilleurs prescripteurs »

En novembre 2016, Qwant a également lancé un moteur de recherche pour enfants, Qwant Junior. Un créneau laissé vacant par Google. Sécurisé et adapté au système scolaire, le moteur français a même été choisi par le ministère de l’Education nationale pour contrer l’enfant terrible américain. Plus d’un million d’élèves l’utilisent depuis la rentrée. « Nous sommes heureux que les enfants soient nos meilleurs prescripteurs. Ils nous font de très bons retours et en parlent à leurs parents », applaudit Eric Léandri.

Il est en effet important de sensibiliser les internautes dès leur plus jeune âge sur la question de la diversité du web. Du point de vue de l’éducation, Brigitte Simonnot reconnaît que le travail commence à être fait. Elle regrette cependant la baisse continuelle des financements alloués aux travaux de recherches solides dans le secteur du numérique : «Le gouvernement se focalise sur l’exil fiscal de Google. Je ne suis pas certaine que ce soit la seule voie qui vaille privilégier et celle qui va porter le plus de fruits pour faire émerger des initiatives davantage régionales.»

Quoi qu’il en soit utiliser internet sans Google, c’est possible. La question est de savoir quel type d’impact nous voulons pour nos clics.

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Retrouvez l’article “Ordis partagés, ordis libérés” dans la 8ème édition d’UP le mag

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