Autrefois symbole de croissance, l’énergie d’origine nucléaire est aujourd’hui la source de bien des inquiétudes. En pleine transition énergétique, la France s’est donc engagée à porter la part de l’électricité issue de l’énergie renouvelable à 40% en 2030. Mais pourquoi attendre quand il est déjà possible d’adopter chez soi cette électricité 100% verte, plus propre, sans danger et inépuisable ?

En matière d’électricité, le nucléaire détient toujours le monopole. Cette énergie fossile représente près des trois quarts du « mix électrique français » (le terme désigne la part du thermique, du nucléaire et des énergies renouvelables – hydraulique, éolien, solaire et autres – dans la production d’électricité). Mais pour combien de temps encore ?

Suite aux chocs pétroliers des années 70, la France a choisi de tout miser sur l’énergie nucléaire dans le but d’assurer son indépendance énergétique. Aujourd’hui elle compte 58 centrales nucléaires ce qui en fait le deuxième producteur mondial d’électricité nucléaire, derrière les États-Unis et loin devant la Russie.

Infographie sur la répartition des sources d'énergie en France en 2015

Le mix électrique français a contribué à un moment donné positivement aux comptes du pays et accompagné sa croissance. Grâce au nucléaire, la France a pu faire d’énormes économies notamment sur l’import de pétrole et de gaz naturel, en plus de créer de l’emploi. « À présent, force est de constater que ce mix à 80% nucléaire génère des effets négatifs », déplore Emmanuel Soulias, directeur général d’Enercoop, un fournisseur d’électricité 100% renouvelable, au micro de France inter.

En effet, si le nucléaire n’émet pas de gaz à effet de serre, il s’agit d’une énergie épuisable, polluante et dangereuse pour la santé. Il faut aussi gérer l’exploitation et la fin de vie des centrales. « Il va bien falloir les sécuriser pour pouvoir les prolonger, les déconstruire puis enfouir les déchets radioactifs », rajoute Emmanuel Soulias avant de conclure : « Ce qui finalement a été favorable à la France devient un poids financier et moral. »

Vers une (lente) transition électrique

la France s’est engagée à porter la part de l’électricité issue de l’énergie renouvelable à 40% en 2030 contre 13,7% en 2012

Il y a une volonté politique commune de faire évoluer les modes de consommation. Dans le cadre de la loi sur la transition énergétique, votée en juillet 2015, la France s’est engagée à porter la part de l’électricité issue de l’énergie renouvelable à 40% en 2030 contre 13,7% en 2012. Un horizon lointain et bien incertain pour Emmanuel Soulias : « On ne va pas assez vite ! Cela fait un an que la loi est entrée en vigueur et l’on est toujours en attente de certains décrets d’application qui permettront de mettre concrètement en œuvre cette transition. »

Le développement de l’électricité renouvelable est pourtant « une nécessité » selon Xavier Caitucoli, PDG et cofondateur du troisième acteur français de l’électricité et du gaz, Direct Energie. « En matière de gestion de risques, c’est une nécessité industrielle et environnementale que de répartir sur plusieurs sources d’énergie ses capacités de production d’électricité. Comme aurait dit ma grand-mère, il ne faut pas mettre ses œufs dans le même panier », a-t-il précisé au micro de France Inter.

Pourquoi attendre ?

EDF, qui détient l’exclusivité du nucléaire et alimente plus de 8 millions de foyers, propose des offres d’électricité plus propre. Mais l’opérateur historique ne semble pas en faire une priorité. Ses conseillers communiquent d’ailleurs très peu sur ces nouveaux abonnements synonymes d’écoresponsabilité mais aussi de pertes.

la filière nucléaire génère chaque année un chiffre d’affaires de 46 milliards d’euros dont 14 milliards de valeur ajoutée

Chaque année, la filière nucléaire génère en effet un chiffre d’affaires de 46 milliards d’euros dont 14 milliards de valeur ajoutée. Difficile donc pour EDF d’inciter ses clients à se mettre au vert.

Sur le marché français de l’électricité l’opérateur historique n’est pourtant pas le seul. D’autres fournisseurs ont fait le choix comme Direct Energie, Enercoop, Engie de proposer à leurs clients une « offre d’électricité verte » c’est-à-dire qui a été produite dans sa totalité à partir de sources d’énergies renouvelables.

Inciter les consommateurs à changer de fournisseur n’est cependant pas une mince affaire. « Notre plus grosse difficulté est de leur faire comprendre que cela n’a aucun impact technique sur leur installation, précise Sonia Audic de chez Lampiris, l’un des leaders en Belgique sur le marché de l’électricité verte. C’est sans risque puisque la société chargée d’alimenter les foyers en électricité est un réseau public nommé Enedis, anciennement ERDF. Par conséquent, si mon voisin a souscrit un contrat classique chez EDF et moi chez Lampiris, on aura accès à la même qualité de distribution de l’électricité. La seule différence se situe au niveau de l’approvisionnement dans le réseau. »

Un parc d'éoliennes

En d’autres termes, si l’électricité reste la même que vous consommiez avant, votre fournisseur s’engage à réinjecter sur le réseau une production d’électricité d’origine renouvelable équivalente à celle utilisée. C’est le cas pour l’immense majorité des opérateurs, à l’exception d’Enercoop. Il est le seul à commercialiser en France de l’électricité produite dans son intégralité par le biais de sources d’énergie renouvelable (hydraulique, éolien, photovoltaïque et biogaz) en se fournissant exclusivement auprès de fournisseurs indépendants.

Ça vaut le coût

« Faire croire aux gens que développer la filière de l’électricité renouvelable ne coûte rien, c’est mentir », admet Xavier Caitucoli. Direct Energie, Engie, Gaz et Electricité de Grenoble (GEG) ou encore Enercoop proposent un prix de l’abonnement un peu plus cher que celui d’EDF pour son offre standard. En revanche Lampiris, récemment racheté par Total, annonce des tarifs 10% moins chers.

Un rabais s’élevant jusqu’à -20 %, sous conditions

Quant à Planète OUI, qui compte aujourd’hui 30 000 clients, il propose un rabais s’élevant jusqu’à -20 %, sous conditions. « Pour avoir une première réduction, nos clients doivent relever une fois par mois leur compteur. S’ils sont en dessous d’un certain seuil de consommation, ils bénéficient d’une deuxième réduction. L’idée étant de montrer qu’il est important de s’intéresser même quelques secondes à sa facture d’électricité et de réfléchir à sa propre consommation », explique Nicolas Milko.

Alors convaincu ? Pour ceux qui hésiteraient encore, voici cinq bonnes raisons de passer à l’électricité renouvelable :

  • Changer de fournisseur d’électricité, c’est facile, rapide et simple.
  • Vous avez un large choix d’opérateurs qui, tous, proposent un suivi personnalisé de leurs clients et une facture d’électricité plus claire. Certains comme Enercoop s’engagent même à réinvestir une partie de leurs bénéfices commerciaux pour le financement de projets à dimensions écologique, sociale et solidaire.
  • S’alimenter à l’électricité 100% verte permet de baisser la part des énergies fossiles dans le mix électrique et ainsi agir de manière concrète sur la planète.
  • Selon C’est encourager les producteurs indépendants et l’économie participative.
  • C’est se mettre au courant de l’avenir et payer le juste prix. Car d’ici 2020 la facture des ménages abonnés à EDF pourrait grimper de 50%, selon la commission d’enquête du Sénat sur le coût réel de l’électricité.

Louise PLUYAUD et Valère CORRÉARD.

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