L’association I-boycott lance une plateforme collaborative, permettant aux citoyens d’exercer leur pouvoir de consom’acteur, en boycottant les grandes marques qui manqueraient d’éthique. Un mouvement naissant qui pourrait faire trembler les multinationales.

Le boycott a parfois contribué à faire évoluer la société. En 1930, le Mahatma Gandhi utilisait cette forme de contestation contre l’Empire colonial britannique. Martin Luther King aux Etats-Unis et Nelson Mandela en Afrique du Sud ont également combattu la ségrégation avec cette arme non violente.

Face aux dérives des multinationales, deux frères, Levent et Bulent Acar, ont créé en 2015, l’association I-boycott. Réunissant une vingtaine de bénévoles (développeurs, juristes, journalistes…) et fonctionnant sur une économie du don, l’organisation a lancé, le 1er juin dernier, sa plateforme collaborative, ouverte et gratuite.

Une plateforme engagée pour la consommation responsable

L’objectif ? Créer un contre-pouvoir citoyen. « Le boycott est une désobéissance civile, mais à travers l’achat. Dans une société de consommation, le consommateur est vraiment un acteur clef », résume Levent Acar. Grâce au boycott, les citoyens engagés, désireux d’agir sur la société, peuvent manifester leur droit d’expression en favorisant une consommation responsable.

Mais, seul, c’est David contre Goliath. « Individuellement, les gens se sentaient impuissants face aux grandes multinationales. Il manquait une dimension collective », poursuit le cofondateur de la plateforme. « Si notre action, à titre individuel, ne va pas compter pour grand-chose, collectivement on a une efficacité redoutable, qui permet de court-circuiter les pouvoirs représentatifs », ajoute-t-il.

Une video explique le fonctionnement d’une campagne de boycott sur la plateforme.

Pas de lynchage diffamatoire mais des revendications

Les premières campagnes sur I-boycott ont été créées par l’organisation, en attendant l’ouverture aux associations d’abord, puis aux citoyens. Dès le lancement, après le succès d’une campagne de crowdfunding, l’initiative plaît. « L’engouement est énorme. On a eu 20 000 inscriptions le premier mois sur le site et déjà 54 000 personnes sur Facebook ! », s’enthousiaste Levent Acar, qui vient de recevoir le soutien d’Antoine Deltour, lanceur d’alerte à l’origine du scandale du «LuxLeaks».

Quatre règles d’or seront à respecter pour créer une campagne : pas de contrefaçon, pas de discrimination, pas de dénigrement et pas de diffamation. « Le boycott est un outil tellement puissant et redoutable, on ne veut pas qu’il soit utilisé de façon malveillante », soutient le co-fondateur.

La campagne « Starbucks France: dites non à l’optimisation fiscale », qui dénonce les stratagèmes de l’entreprises pour échapper à l’imposition en France, a déjà réuni 8161 boycottants.

i boycott 2

Droit de réponse et alternatives

Les entreprises ont bien-sûr un droit de réponse. Mais celles qui restent formelles ne fonctionnent pas. « Seuls 12 % des boycottants ont levé leur boycott contre H&M, contre 28% pour Petit Navire, qui a fait une réponse bien plus étayée », commente-t-il, avant de préciser, « voter le boycott, c’est construire un échange avec les entreprises. Le but n’est pas de les punir mais de porter des revendications et les inviter à évoluer ».

Pendant du boycott, le buycott est aussi mis à l’honneur sur la plateforme. Pour chaque campagne de boycott, un participant peut proposer à la communauté une alternative plus éthique. « En ce moment, on a entre 100 et 200 alternatives proposées pour chaque campagne ! », se réjouit Levent Acar.

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