Convaincu des vertus du sport en matière de santé, de bien-être, de vivre-ensemble, d’éducation, de mixité, d’insertion, d’environnement… Julian Jappert a cofondé le Think Tank Sport et Citoyenneté. Le groupe de réflexion travaille à la meilleure prise en compte de cette activité dans les politiques publiques. Objectif : rendre la vie plus sportive. Interview.

Comment faire alors pour remettre les valeurs du sport au coeur de la société ?

La gouvernance du sport est très complexe, en particulier en France, car il existe différents acteurs qui ont chacun pratiquement autant de pouvoirs. Il y a l’État, le mouvement sportif très fort et très reconnu, les collectivités qui détiennent aujourd’hui à peu près 70% des financements dans le domaine du sport avec une stratégie et une politique peu claire, le secteur privé et la société civile. Dans un premier temps, en tant que think tank, notre rôle consiste à faire prendre conscience aux décideurs de l’intérêt du sport en matière de santé, de bien-être, de vivre-ensemble, d’éducation, de mixité, d’insertion, d’environnement… et à susciter des réflexions, à travers des chiffres, études et données. Dans un second temps, nous menons des actions de lobbying pour créer une réglementation prenant en compte les questions de société et la puissance du sport. En l’occurrence, il s’agit pour nous d’imposer plus de sport, c’est-à-dire rendre accessible à tous, toutes les infrastructures sportives, en ville, dans les clubs, dans les écoles…

Avez-vous un exemple à nous citer ?

Il y en a plein, mais pas suffisamment encore. Sinon nous n’aurions pas lieu d’exister ! La plus importante concerne la création d’une nouvelle compétence juridique au niveau européen qui permet à une collectivité, une école ou un club de bénéficier d’un financement pour la mise en place d’activités sportives dans le cadre d’actions citoyennes pour la santé, l’insertion, la mixité… Autre exemple : l’égalité du “Prize Money” [gains obtenus lors des tournois, ndlr] entre les femmes et les hommes dans les tournois de tennis du Grand Chelem. L’imposer a directement inspiré des entreprises d’autres secteurs d’activité qui ont appliqué la même égalité salariale. Comme je l’ai dit plus tôt, le sport est un secteur qui touche les jeunes et leurs comportements. Les études de terrain révèlent que les collégiens, en particulier les garçons dits en difficulté, citent neuf fois sur dix des footballeurs comme modèles de société.
Pourtant les footballeurs ne brillent pas sur les terrains de jeu ou dans les médias pour leurs propos féministes, écologiques ou fair-play …

Que des Benzema ou des Ribéry soient les idoles de nos enfants est catastrophique. Pourtant, les politiques et les décideurs ne semblent pas réaliser que ces hommes-là sont des modèles de comportement. Que faire ? Je promeus fortement l’idée d’imposer une double formation obligatoire pour ces sportifs de haut niveau et leur permettre d’assumer ce rôle. Je vais même plus loin en affirmant qu’ils ne devraient pouvoir signer leur contrat professionnel à la seule condition d’avoir ce bagage éducatif. Une autre réforme serait nécessaire, celle de la limitation des salaires. Tous les psychologues le démontrent, ces sommes mirobolantes ont des conséquences dramatiques sur ces sportifs et sur l’image qu’ils véhiculent. Le sport, c’est autre chose que du fric.

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