Architecte de formation, Chris Morin-Eitner joue avec les montages photo et la perception de l’humain sur des sujets vastes comme la société, la ville, les “grands” événements ou encore la politique. Sur cette exposition, présentée à la galerie W, du 11 mai au 15 juillet 2016,  l’artiste offre une nouvelle vision de la ville, et nous interroge sur notre relation à l’espace urbain. Il revient avec UP le Mag sur ses inspirations.

UP le Mag: Lorsque l’on regarde un peu vos œuvres, on a l’impression qu’elles viennent tout droit du futur, tendance plutôt sciences-fiction avec une pointe d’ambiance post-apocalyptique pour certaines personnes. Et pourtant, on ressent une ambiance très colorée et gaie. Qu’as-tu voulu transmettre comme message ?

Chris Morin-Eitner: Vous avez utilisé le mot « post-apocalyptique » et moi, je me situe à l’opposé ! [rires] C’est plutôt un jardin d’Eden retrouvé. Ce sont des villes semblables à la Belle au bois dormant. Ça a un côté un peu enfantin, naïf mais c’est quelque chose que je revendique clairement.

Le côté « dark » ne m’intéresse absolument pas dans les anticipations. J’aime la vie et les couleurs. Il n’y a pas beaucoup d’humains, voire pas du tout. C’est un regard sur une cité que l’on a construite, où l’on a vécu mais là on n’y est plus. Quelque chose a changé. Je ne dis pas quoi, ni pourquoi on en est arrivé là. On peut imaginer que l’on n’est plus là du tout, mais aussi que l’on est parti vivre ailleurs, pourquoi pas sur d’autres planètes.

Quelles sont vos inspirations ?

J’ai eu une révélation lorsque j’ai découvert les temples Angkor, au Cambodge. Entre le IXème et le XVème siècle, ils ont construit une cité dans la jungle – l’endroit le plus hostile au monde – avec des palais magnifiques. Mais avec le déclin de cette société, les Khmers ont disparus et la nature a repris ses droits. Aujourd’hui, la nature a fait corps avec les constructions humaines. C’est une image qui m’a complètement bouleversé. Il se trouve qu’une semaine après, j’ai découvert Dubaï, avec sa tour la plus haute au monde et une ville sortie du désert en moins de cinquante ans…J’ai eu un contre-choc! Ça m’a fait réfléchir sur les villes et nos civilisations. Je me suis imaginé comment pourraient évoluer les villes.

Je suis très inspiré par Darwin mais aussi des films comme la Planète des Singes ou encore I Am Legend. Beaucoup d’auteurs ont nourri ma réflexion comme Hubert Rives ou Jared Diamond, qui a analysé pourquoi entre autres les Mayas et les Khmers ont connu leur apogée puis ont disparu.

On décèle pas mal d’humour voire d’éléments kitsch dans vos œuvres. Pourquoi ?

Nous, les êtres humains, on est à la fois grandiose et grotesque – donc on est kitsch, c’est la définition même du mot – on peut expliquer la vie mais pas totalement, on pense qu’on n’est pas seul dans la galaxie mais on ne peut pas le prouver. C’est dingue et ça n’a aucun sens ! Dans le même temps, on lutte pour absolument donner un sens à notre vie. On est des clowns en fait, mais c’est déprimant de se définir ainsi. On a quelque chose de grandiose et très ridicule en nous. Je le raconte aussi dans mes photos.

Pour vous, est-ce que vos photos sont une représentation d’un monde idéal ?

On est dans une tendance du développement durable et dans le même temps, dans le monde de l’obsolescence programmée, ce qui est quand même assez étrange. Aujourd’hui, il y a cette grande mode de faire des immeubles avec des murs végétaux. C’est intéressant mais je crois que ce n’est pas intéressant du tout. On devrait donner beaucoup plus de place à la nature dans la ville. En repoussant la nature, on se coupe de nous-mêmes. Pourquoi pas la laisser proliférer tout en gardant un contrôle ?

Effectivement, ce serait un peu compliqué de vivre dans le monde de ces photos, mais la nature propose des choses, elle a bien plus d’imagination que nous. On devrait en tenir compte. Je vais plus loin dans mes photos, mais c’est par humour, envie et par esthétique.

Dans vos œuvres, il y a une grande présence du graff ? Pourquoi ?

Vous sortez le dimanche ? [rires] Un graffeur qui rêve d’être tranquille, peut totalement dans cette ville abandonnée,  il peut se lâcher. Il y en a qui font vraiment de très belles choses. Et puis, certains comme Banksy, donnent vraiment à réfléchir sur la société dans laquelle on vit avec beaucoup de poésie. Pour moi, le street-art fait partie de la ville, autant que la signalétique. Une ville sans graffiti, il manque quelque chose.

Chris Morin-Eitner – La jungle des paradoxes

Exposition du 11 mai au 15 juillet 2016

Galerie W

44, rue Lepic

75018 Paris

Ouverte de 10h30 à 20h, tous les jours 


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