Skyper avec sa petite fille partie en Erasmus, réserver des billets d’avions, retrouver des amis d’enfance… En 2016, les plus âgés sont sollicités de toute part pour franchir le virage numérique, promesse d’une vie sociale plus animée. Mais est-ce si simple ?

Nicolas, 70 ans, les yeux rivés sur sa tablette, fait balancer dans un mouvement régulier son écran de droite à gauche. Le septuagénaire n’a ni la tremblote, ni une crise de démence. Il est tout simplement en train de s’initier à un jeu vidéo de course de voiture, aux côtés d’un animateur bénévole de l’@nnexe, Espace public numérique (EPN) du 12e arrondissement à Paris. Chaque lundi après-midi depuis le début de l’année, il s’y rend avec sa femme, Florence, 61 ans, pour l’atelier tablette organisé par le centre social Relais 59.

«Mon mari a reçu cet appareil pour Noël. Moi je sais me servir d’un PC, mais une tablette ce n’est pas du tout la même chose… Ne serait-ce que pour l’allumer, il n’y a pas de notice ! Au début, on a cru qu’on allait laisser la tablette dans le placard ! Les boutons avec la maison, les petits carrés… ce n’est pas évident de savoir à quoi ils servent… Nous, quand on ne connaît pas, on n’ose pas appuyer, de peur d’être perdus, contrairement aux jeunes, j’ai remarqué ça avec mon petit fils», poursuit Florence pendant que son mari s’aventure dans le catalogue d’applications de Google Play. «C’est simple, aujourd’hui, on n’a plus le choix. Bientôt, la plupart des démarches administratives se feront uniquement en ligne. Si on ne s’y met pas, on sera à côté de la plaque”, estime la sexagénaire.

Des publics âgés hétérogènes

«Il ne faut pas croire que les tablettes ont tout simplifié. Par exemple, pour utiliser un appareil  Android, il faut avoir une adresse gmail, mais pour avoir une adresse gmail, il faut une autre adresse mail…», observe Stéphane Manet, animateur multimédia. Face aux différentes innovations et profils du public, les ateliers numériques de l’@nnexe ont dû évoluer depuis leur démarrage en 2009. «Les participants rencontrent des difficultés très hétérogènes. C’est pourquoi, plutôt qu’un cours magistral, nous organisons un temps plus informel, où chacun peut venir avec ses questions. Notre but est de ne discriminer aucun public», souligne Stéphane. Le Relais 59, en partenariat avec l’association Recyclage éco-citoyen, a également lancé un programme mettant des ordinateurs à disposition de 20 seniors du quartier rencontrant des difficultés pour se déplacer ou des contraintes économiques.

Ici comme ailleurs, la plupart des participants de l’atelier sont motivés par l’envie de communiquer avec leur famille et leurs amis. Mais pour les plus âgés, cela n’a rien d’intuitif. Mme Cornillon, qui préfère taire son âge, apprend ce jour-là à transférer un mail à plusieurs personnes. Elle note méticuleusement la démarche à suivre sur un petit carnet. «Parfois j’arrive à faire des choses mais c’est du hasard, le plus dur c’est de le refaire…», glisse-t-elle. Sans accompagnement, les appareils offerts par des enfants persuadés que leurs parents feront le virage numérique ont parfois des airs de cadeaux empoisonnés. Il faut dire que les personnes qui ont plus de 70 ans aujourd’hui avaient déjà dépassé la soixantaine dans les années 2000, quand Internet s’est popularisé. Face au numérique, l’adhésion n’est pas la même selon l’âge. En 2012, 62 % des 60 – 74 ans étaient équipés d’une connexion haut-débit, contre 23 % à partir de 75 ans selon l’INSEE.

Les solutions simplifiées

Pour aider à sauter le pas, certaines entreprises misent de leur côté sur des appareils avec interfaces simplifiées. C’est le cas par exemple d’Ordissimo. «Moins d’icônes à l’écran, un clavier avec par exemple un bouton «imprimer» et le signe «€»… Si on compare avec le secteur automobile, les autres sont des Formules 1 et nous la Smart», explique Christophe Berly, cofondateur de l’entreprise. «Notre panel d’utilisateurs est étendu, avec une moyenne d’âge de 68 ans», précise-t-il. Ces personnes cherchent avant tout à se «re-sociabiliser», confirme-t-il, citant dans l’ordre des usages : «les mails, Internet et les photos». Ordissimo fédère par ailleurs une communauté sur le site ordissinaute.fr, où les utilisateurs peuvent trouver des fiches pratiques, échanger des souvenirs de jeunesse, retrouver la météo, le programme TV mais aussi les actualités.

Selon une étude Dentsu Aegis Network/Etude One en 2013, les plus de 50 ans placent largement la télévision en tête des médias indispensables, mais viennent ensuite, dans l’ordre, la radio et Internet, avant les quotidiens et la presse magazine. Porte ouverte sur l’extérieur, l’utilisation d’Internet est à la fois une manière de rester à la page en termes de mode de vie et de connaissance du monde actuel. Nicolas, par exemple, se réjouit de pouvoir trouver sur le web des informations en grecque, sa langue d’origine. Le traditionnel JT de 13h n’a qu’à bien se tenir !

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Dossier spécial : “En 2016, quelle place pour le grand âge ?”

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