Depuis un an, le désarroi des éleveurs français faisant face à une importante crise résonne dans les médias. Quelles sont les raisons de cette crise agricole ? Comment les consommateurs peuvent-ils les soutenir ?

C’est sur fond de crise profonde du secteur que s’ouvre demain le 53e salon de l’agriculture à Paris. Cette crise est à la fois structurelle mais également conjoncturelle et touche les filières laitières, porcines et bovines. La crise du lait est mondiale. En un an, le cours de ce produit n’a cessé de baisser pour s’établir cet automne aux alentours de 304 euros par 1000 litres, soit une réduction de 12% par rapport à avril 2014. Et certains industriels redoutent un prix du lait largement au-dessous du prix symbolique des 300 euros par 1000 litres pour 2016.

Cette baisse du prix du lait est la conséquence de la levée des systèmes de quotas de production laitière européenne depuis avril 2015. Ces quotas permettant jusqu’alors de répartir la production entre les 28 pays européens. La fin de ce système a engendré une augmentation de la production, pour laquelle d’ailleurs les producteurs ont investi en bêtes et en matériel. Mais parallèlement, la demande en lait n’a pas suivi la même tendance. Elle a même baissé avec la contraction des importations chinoises de lait en poudre et l’embargo russe de 2014 sur un certain nombre de denrées alimentaires européennes dont le lait et le porc.

Hausse de l’offre et baisse de la demande

C’est aussi la surproduction de viande de porc mais aussi l’embargo russe, la concurrence de pays comme l’Espagne et l’Allemagne et la baisse de la consommation de viande qui mettent à mal les producteurs porcins français. Alors que le prix moyen de production actuel du porc en France se situe autour de 1,55 € le kilo, le prix d’achat est passé de 1,90 à 1,20 euros le kilo en août 2015, un prix français établi à la bourse du marché, au cadran de Plérin en Bretagne. De son côté, le prix de la viande bovine est un prix d’achat négocié entre éleveurs et négociants ou abatteurs. Mais ce prix est jugé trop faible par les producteurs. Selon la Fnsea ( Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), le kilo de viande de bœuf coûte 4,50 euros et n’est acheté à l’éleveur que 3,80 euros. En juillet dernier, avec l’aide du gouvernement, un accord avait été trouvé pour augmenter le prix d’achat de la viande de sorte qu’il couvre les frais de production des producteurs. Mais les acteurs, distributeurs et abattoirs, ne semblent pas tous jouer le jeu.
A ces problèmes conjoncturels s’ajoutent encore d’autres facteurs : la variation des prix des matières premières comme celui de l’alimentation des bêtes par exemple, la multiplication des normes et des labels qui nécessitent de nouveaux investissements, la taille des exploitations en Allemagne où par ailleurs la main d’oeuvre étrangère et les charges sociales coûtent moins qu’en France…

Label Viande de France

Les agriculteurs aux abois, qui multiplient depuis un an les démonstrations de colère et de désarroi,  demandent au ministère de l’Agriculture, à l’Europe et aux distributeurs des efforts pour sauver leur activité. Et les consommateurs alors, peuvent-ils jouer un rôle ?

En juillet 2015, François Hollande a appelé les Français à privilégier la consommation de viandes labellisées “Viande de France”  lors d’une étape du Tour de France 2015. Le label “Viande de France” a été lancé par les professionnels de la filière viande française en 2014 suite au scandale des lasagnes à la viande de cheval. Il garantit que la viande est issue d’animaux nés, élevés, abattus, découpés et transformés en France nourris grâce à une alimentation saine et durable et que le mode de production est respectueux de l’environnement et du bien-être animal. Si la Fnsea voit dans cet appel au patriotisme alimentaire un « bon début », d’autres acteurs de la filière redoutent les réticences des consommateurs à acheter une viande plus chère, excepté si cette viande est certifiée de qualité. Une piste plébiscitée par François Carlier, délégué général de la CLCV, l’association nationale de défense des consommateurs et usagers , qui souhaite que la France  “développe des filières de qualité pour la viande bovine et porcine”.

Achat en circuits-courts

L’achat des produits laitiers, bovins et porcins en circuit court peut également être une façon de soutenir les éleveurs français. Ce système de distribution directe entre les producteurs et les consommateurs permet une juste rémunération des producteurs puisqu’il évite de passer par les habituels intermédiaires de la grande distribution, notamment accusés d’augmenter leurs marges en faisant toujours plus pression sur les prix d’achat. Le système de circuit court a d’ailleurs le vent en poupe comme le démontre le succès grandissant de La Ruche qui dit oui! avec ses 720 points de vente et la multiplication des initiatives et points de vente facilitant ce genre de rencontres (marchés de producteurs, initiatives territoriales comme le Baladodrive, un système d’achat de produits fermiers et artisanaux locaux lancés par la chambre d’agriculture et la Chambre des métiers et de l’artisanat de Loir-et-cher.  La Fnsea en convient : il faut développer cette solution mais les circuits courts ne peuvent pas nourrir tous les consommateurs, la grande distribution restant le principal débouché des producteurs.
Enfin autre action : limiter voire réduire sa consommation de produits transformés comme la charcuterie ou les plats préparés. En effet, les industriels de ces produits, qui cherchent à fabriquer au coût le plus bas, s’approvisionnent auprès des producteurs allemands, espagnols et polonais.


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