Nous somme en 2012, Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, prend la pose vêtu d’une marinière. Un symbole de l’habillement « made in France » qui ne passe pas inaperçu puisque que les ventes de la pièce en question, siglée Armor Lux, s’envolent. Mais s’acheter un jean, une chemise « made in France », est-ce possible ? Et surtout qu’est-ce que ça change ?

Depuis les années 1980, l’industrie textile en France est en déclin. Aujourd’hui, la quasi- totalité des enseignes travaillent avec des fournisseurs étrangers. Pourtant, des irréductibles gaulois résistent encore et toujours à l’envahisseur (vous aurez compris la référence). Et depuis quelques années, on assiste même à un effet de mode inespéré du « made in France ». Achetons nos jeans chez Bleu de Paname, nos maillots de bain chez Bronzette Paris, nos chaussettes chez Archiduchesse et nos chaussures chez la Botte Gardiane ou Caulaincourt ! Car oui, nous avons des marques qui confectionnent encore dans l’hexagone. Des enseignes qui se créent et se renouvèlent sans cesse pour exister. Des produits « made in France » garants d’une authenticité et d’une qualité supérieure. 60 % des français estiment d’ailleurs que les biens fabriqués en France sont de meilleure qualité que les articles produits hors d’Europe, selon une enquête du Crédoc, un centre spécialisé dans l’observation des conditions de vie.

Des enseignes françaises 2.0

De nombreuses start-up ont ainsi récemment fleuri comme le Slip Français, une entreprise de sous-vêtements, créé en 2011. Connectée, la marque a commencé par vendre en ligne tout en usant d’humour et de réseaux sociaux pour se faire connaître. Son slogan, « Vous voulez changer le monde, commencez par changer de slip », pourrait même rentrer dans
les annales. « Le Slip Français fait aujourd’hui la démonstration qu’on peut produire, vendre et construire une aventure entrepreneuriale entièrement en France en étant innovant et créatif en utilisant les outils de notre époque », nous explique Sarah Kanapa, attachée de presse de la marque.

1083, une autre enseigne connectée, confectionne des jeans bio et des baskets français. « J’ai calculé la distance qui sépare les deux villes les plus éloignées de France. Je me suis dit voilà un beau message, je vais proposer à mes clients de leur fabriquer des vêtements, des jeans et des basquets à moins de 1 083 km de chez eux », nous explique Thomas Huriez, fier fondateur de 1083. Financée par une campagne de crowdfunding, la marque est aujourd’hui rentable et fait travailler les 300 employés des ateliers de Romans, capitale de la chaussure (ils étaient 2 000 il y a 20 ans). Une gamme de t-shirt en coton bio, tricoté, teint et confectionné en France, vient même de voir le jour. « 95% de la valeur de nos jeans et de nos t-shirt irriguent l’économie locale », ajoute l’entrepreneur qui fustige la concurrence « les marques que l’on connait tous », « qui distribuent des jeans à nos prix (env. 90 euros) mais avec des conditions de fabrication qui nous scandaliseraient si on avait à les fabriquer ou si c’était nos enfants qui devaient travailler dans ces ateliers-là ».

Un acte citoyen

Aujourd’hui acheter français peut constituer un véritable engagement citoyen. Non seulement, il s’agit de soutenir une économie locale et préserver quelques emplois (près de 63 000 personnes travaillaient dans l’industrie textile en France en 2013, selon l’IFM). Mais c’est aussi une garantie de fabrication dans des conditions de travail acceptables où le salaire est décent et le salarié en sécurité (on se souvient du tragique effondrement de l’usine textile près de Dacca au Bengladesh). Acheter français permet aussi d’agir en faveur de l’environnement. Car vos vêtements ont probablement voyagé plus que vous ! De la récolte du coton, souvent en provenance des pays d’Afrique de l’Ouest, à la confection finale au Bengladesh, en Turquie ou en Roumanie, en passant évidement par les ateliers de filature au Pakistan ou en Italie, le chemin est bien long pour vos vêtements avant d’accéder à votre penderie.

Mais l’engagement a un coût qui n’est malheureusement pas à la portée de toutes les bourses, même si, 70 % des Français se disent prêts à payer 5 à 10 % plus cher pour acheter des produits fabriqués en France plutôt qu’à l’étranger, selon une étude Ifop. Autre point noir, la difficulté à trouver des points de vente physiques de ces marques « frenchies », souvent plus accessibles en ligne. Enfin, on regrette que pour certains vêtements, une fabrication 100 % française soit impossible. Car le coton, eh bien, ça ne pousse pas en France.
Cet article est extrait d’UP le mag n°10 :

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