La Commission Européenne a relancé l’an dernier son programme d’Union de l’Energie. Simple projet d’harmonisation économique ou élan vers un nouveau modèle de politique énergétique durable ?

Il n’y a pas à proprement parler de politique commune pour l’énergie au sein de l’Union Européenne. Mais la Commission Européenne a relancé l’an dernier le projet d’Union de l’Énergie, et tous les États membres se sont engagés dans des objectifs communs d’efficacité énergétique et de développement des énergies renouvelables, à l’occasion de la COP21.

Alix Bolle, responsable de campagnes européennes de l’association Energy Cities, revient pour UP sur les enjeux de l’Union de l’Energie. Créée il y a plus de 25 ans, Energy Cities regroupe quelques 1000 villes européennes «en transition énergétique», qu’elle met en réseau et représente auprès des institutions européennes. Elle développe depuis 2012 une base de données pour la transition énergétique.

Quelles sont les origines du projet d’Union Européenne de l’énergie ?
Alix Bolle : Née en plein conflit Russo-Ukrainien, on oublie souvent que l’idée vient en fait de l’ancien premier ministre Polonais – et actuel président du Conseil européen – Donald Tusk, avec pour objectif premier d’opposer un contrepoids au chantage énergétique de la Russie, qui menaçait de couper le robinet gazier. Tusk voyait dans ce projet d’Union de l’énergie une opportunité d’augmenter le pouvoir de négociation de l’Europe vis-à-vis d’autres fournisseurs de gaz. La Commission européenne s’est ensuite saisie du dossier pour en faire le nouveau cadre de gouvernance intégrée des politiques énergie et climat. Avec un discours à l’américaine sur « l’état de l’Union » prononcé chaque année par le Commissaire en charge, le projet s’articule autour de cinq dimensions : la décarbonisation, l’efficacité énergétique, le marché intérieur de l’énergie, la sécurité énergétique et l’axe recherche, compétitivité et innovation.

Quel est le calendrier prévu pour sa mise en œuvre ?
Il s’agit d’un processus politique continu, mais 2030 sera une étape majeure, puisque le mécanisme de gouvernance de l’Union de l’énergie prévoit que les états membres développent des plans d’actions énergie-climat à cet horizon.

Quels sont les enjeux d’une telle union selon votre association ?
Alors que l’Union de l’énergie aurait pu être l’opportunité d’un grand projet fédérateur autour de la transition énergétique, la dimension géopolitique demeure trop marquée et les objectifs de marché et sécurité d’approvisionnement éclipsent les autres dimensions. Selon notre association, la gouvernance proposée pour cette union demeure également trop verticale et devrait plutôt reposer sur un processus décentralisé, multilatéral et local, à l’image du système énergétique émergeant qui s’articule autour d’une multitude de sources et d’acteurs.

Il est temps de rentrer pleinement dans l’ère de l’ « énergie civique » ou de « démocratie de l’énergie »

Quels sont les liens entre l’Union Européenne de l’énergie et la production locale d’énergie ?
Il n’y en a pas vraiment à ce stade, et c’est là que nous entrons en piste. Nous avons déjà interpellé les décideurs européens à plusieurs reprises, pour que les autorités locales soient davantage intégrées dans les processus de gouvernance et décisions, afin que les potentiels locaux de production soient pris en compte en amont et en priorité, avant le lancement de mégaprojets d’importation ou d’interconnections souvent mis en œuvre sans réel mandat démocratique.

Qu’est-ce que l’Union Européenne de l’énergie  pourrait changer pour les consommateurs ?
Nous n’aimons pas trop le mot consommateur. A notre avis tout le problème est  là justement : il est temps de rentrer pleinement dans l’ère de l’ « énergie civique » ou de « démocratie de l’énergie », c’est-à-dire de ne pas considérer les citoyens simplement comme les entités payantes d’un grand marché, mais comme acteurs de la transition, étroitement associés aux décisions d’investissements énergétiques sur leurs territoires. Dans cette perspective, Energy Cities encourage d’ailleurs ses villes membres à accompagner la création de coopératives locales de l’énergie, un phénomène déjà bien présent dans des pays comme l’Allemagne mais qui doit encore décoller ailleurs en Europe.

Cette publication s’inscrit dans une action qui fait l’objet d’un soutien financier de la part de l’Union Européenne. Elle n’engage que son auteur et la Commission Européenne n’est pas responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations qu’elle contient.
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