INTERVIEW – À 32 ans, celui qui est porteur d’un projet de main bionique (« Bionicohand ») vit son handicap en total optimisme. Il trouve même des solutions futuristes et efficaces.

En 2002, vous perdez votre main suite à un accident professionnel. 11 ans plus tard, vous fabriquez votre
propre main bionique. Pourquoi l’avoir fait vous-même ? N’y avait-il pas d’autres solutions ?

Il y en a d’autres, comme les prothèses myoélectriques, à destination des personnes qui perdent leurs mains ou leur avant-bras. Ces prothèses transforment la contraction des muscles en électricité, qui vont permettre d’avoir l’usage d’une pince pour avoir sa propre autonomie, pour saisir des objets, couper sa viande, s’habiller, etc. J’ai disposé d’un modèle tout de suite après mon accident. Dix ans plus tard, j’ai découvert que de nouveaux modèles sortaient qui bougeaient tous les doigts. Mais je ne pouvais y avoir accès du fait de leurs coûts. Et ces nouveaux modèles n’étaient pas pris en charge par la sécurité sociale. Et puis il y a trois ans, j’ai découvert les Fab Labs…

Est-ce que cela vous a donné l’idée de vous y investir personnellement ?

Je découvre une imprimante 3D. Je demande s’il est possible de construire une main avec ça. Les responsables du
Fab Lab me répondent par l’affirmative. Ils se montrent à leur tour intéressés par ma prothèse, car ils ont dans l’idée de créer un « Handi Lab », qui serait tourné vers l’autonomie des personnes, la réparation de soi. Des lieux où on pourrait prototyper
des solutions d’aide technique pour les personnes en situation de handicap. Sur des sites webs d’open source, on peut trouver des plans, des conceptions 3D téléchargeables. C’est comme ça que nous avons découvert des mains-robot en open-source, dont un projet intitulé « InMoov », un projet de robot opensource imprimable en 3D. C’est comme ça que nous avons essayé de reproduire la main qui était robotisée.

Y a-t-il eu des évolutions apportées à votre technique, ou vous comptez garder le même prototype et le dupliquer ?

Le prototype n’est pour l’instant pas utilisable. L’avantage de ce projet, c’est que je peux le tester tout de suite. Nous cherchons d’autres personnes qui seraient dans d’autres handicaps, prêts à porter un projet soit de fauteuil roulant, soit de prothèse auditive ou de jambe, qui voudraient être à la fois testeur et porteur de projets, en fédérant une communauté autour d’elle. C’est une belle prouesse technique et humaine. Nous avons aussi découvert qu’il y avait d’autres projets dans le monde. En Angleterre, au Japon, aux Etats-Unis, des associations et des start-ups sont fondées, qui utilisent des imprimantes 3D pour faire des prothèses de mains. Nous sommes rentrés en contact, et je teste aujourd’hui un prototype développé par une start-up anglaise : « Open Bionics ».

Il est donc maintenant possible de «se réparer soi-même». Mais est-ce accessible de bien le faire ?

Il y a plusieurs démarches : d’abord, ne plus se considérer en situation de handicap. Pour ma part, je préfère me décrire en « expert en main bionique ». Ensuite, utiliser les technologies émergentes : l’impression 3D, le scan 3D, pour essayer de les adapter à son corps, afin de s’impliquer soi-même dans la réparation de soi et voir son handicap autrement. C’est une bonne manière de trouver sa place dans la société.

Cet article est extrait d’UP le mag n°10 :

-> Découvrir le sommaire

-> Abonnez-vous pour recevoir ce numéro ou téléchargez-le dès maintenant !couv_up_le_mag


Commentaires