Quel lieu plus approprié pour discuter de ce qui fait l’Homme avec un grand H et son rapport à la Nature que le musée de l’Homme. Cet endroit majestueux qui vient de rouvrir ses portes à Paris a accueilli fin novembre l’événement BlackMarket for useful knowledge & non-knowledge. Traduction : Le marché noir pour des connaissances utiles et des non-savoirs. UP le mag y était.

Le titre peut paraître abscons, mais le concept-événement lancé par Hannah Hurtzig et Mobile Academy Berlin est limpide : organiser un peu partout dans le monde des discussions en tête à tête entre des experts de domaines très variés (philosophes, chercheurs, artistes, artisans, lecteurs assidus…) et des quidams. Pour cette 18e édition, qui se tenait pour la première fois à Paris, la réflexion s’est portée sur la façon d’être Terrien dans cette nouvelle période géologique que certains appellent l’Anthropocène, où l’environnement mondial est essentiellement soumis à l’activité humaine et a été modifié de façon irréversible. Quelles sont les relations entre la Nature, l’Homme et les technologies ? Quels rapports pouvons-nous développer entre Humains et non-Humains mais aussi entre Humains ? Vaste question, qui il faut bien l’avouer, m’a donné le tournis sinon un petit mal de tête…

Alors j’ai décidé de me rendre à l’événement avec comme seule question : être Terrien, c’est à dire habitant de la planète Terre, c’est quoi ?

Munie d’un planning des conversations prévues et d’un audio-casque retransmettant en direct cinq des 25 échanges en face à face qui se tiennent chaque 30 minutes, je me suis concocté un programme alléchant. Lorsque le gong annonçant le début de la première conversation retentit, je me branche canal 4. Hum, bon, finalement, je zappe et vais faire un tour sur la conversation de la table 25. Je reste un moment. Je change de nouveau, avec la furieuse envie d’écouter chacune des conversations.

Clairement, j’aimerais pouvoir tout écouter, et, telle une petite fourmi, m’immiscer dans tous ces moments d’intime (ou presque) conversation. Ma seule consolation est celle de pouvoir observer les visages attentifs, les sourcils froncés de concentration, les sourires aussi…et d’imaginer quelle pourrait être la teneur de ces échanges uniques.

Mammouths & clémentine corse

J’ai entendu parler d’hominidés, de toits végétalisés, d’Ariane la fusée, de nuages, de mammouths, de continuité des intériorités et des discontinuités des extériorités, lombricompostage, naturArt, migration, clémentine corse, carbone, traité transatlantique, Chine… Des craintes ont été exprimées : « J’espère qu’avec le réchauffement climatique, on va s’adapter. On n’a pas le choix » ; des paroles encourageantes, aussi, « chaque petit geste compte. La prise de conscience compte ».

Après trois heures de causeries, rythmées par un cérémonial bien huilé, le gong, les ampoules au-dessus de chacune des 25 tables jusqu’aux coiffures modernistes des hôtes, en sortant du musée, j’ai avalé une grosse goulée d’air frais, les yeux levés pour essayer d’y apercevoir quelques étoiles dans le ciel parisien. Comme un peu plus consciente de l’environnement qui m’entoure.

Si ce Blackmarket n’a pas changé radicalement ma vision de l’Humain et de la Nature, j’aurai tout de même eu la satisfaction de voir que mes congénères Terriens sont prêts à passer un samedi soir à réfléchir et discuter de Nous, de Notre planète et Nos futurs respectifs, de comprendre, réfléchir, se demander «Comment agir». De quoi se rassurer, malgré tout, sur l’Humain qui sait aussi faire preuve, parfois…. d’Humanité.

Cet article est extrait d’UP le mag n°10 :

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