Au lendemain des résultats du premier tour des élections régionales 2015, outre la percée historique du parti d’extrême droite, l’autre chiffre à relever était celui de l’abstention. Qui sont ces inscrits sur les listes électorales qui choisissent de ne pas se rendre aux urnes ? Comment expliquer cette tendance croissante depuis les années 80 ? UP le mag fait le point.

Corrélation entre abstention et vote FN ?
L’abstention au premier tour des élections régionales de décembre 2015 concerne près d’un électeur sur deux (50,2 %) en France. Parallèlement le résultat de ce scrutin a donné le Front National (FN) comme grand vainqueur de ce premier tour. Aux élections précédentes, les europénnes 2014, le taux d’abstention s’élevait à un peu plus de 57 % quand près de 25 % des votes se sont portés sur le parti dirigé par Marine Le Pen. Est-ce à dire que, plus le taux d’abstention est important, plus le vote d’extrême droite l’est également ? Pas si sûr. En effet, aux dernières régionales, le taux d’abstention était de trois points supérieur (53,64 %) au premier tour à celui de 2015 et pourtant le résultat du FN représentait 11 % des votes exprimés. Et si l’on compare l’évolution des taux d’abstention et ceux des résultats du FN dans les derniers scrutins depuis 1998, l’effet de cause à effet n’est pas assuré.

Pourquoi ne vote-t-on pas ?
Pour les scrutins estimés essentiels, c’est-à-dire, ceux pour lesquels les citoyens considèrent qu’ils peuvent changer leur quotidien, l’abstention sera plus faible. C’est le cas pour les présidentielles ou les municipales, où les abstentionnistes s’élèvent respectivement en moyenne à 20 % et 30 %. En revanche, plus les élus de ces scrutins semblent éloignés de leurs préoccupations, plus le taux d’abstention sera plus élevé… Et cela vaut pour les scrutins dont les compétences des élus sont mal connues. Ainsi les européennes en tête, mais aussi les cantonales ou les régionales mobilisent moins les électeurs. Avec à noter, une augmentation depuis les années 80 de l’abstention toutes élections confondues. Donc les abstentionnistes sont plutôt des votants par intermittence. Quant aux abstentionnistes constants, ils sont estimés à 10 % des inscrits.

Comment expliquer l’abstentionnisme ?
Il n’existe pas une explication mais plusieurs. D’une part, les élections locales sont considérées comme des scrutins intermédiaires qui peuvent servir à exprimer leur insatisfaction des politiques menées par le gouvernement en place. Et s’ils ne choisissent pas de voter pour l’opposition c’est que de plus en plus d’électeurs ont le sentiment que les programmes des partis de droite et de gauche se ressemblent de plus en plus, favorisant de fait les votes extrêmes. A cela s’ajoute, une méfiance généralisée et un désenchantement vis-à-vis des politiques.
Parmi les populations qui votent le moins, les plus précaires mais aussi les jeunes sont les plus représentés. Selon une étude d’Ipsos lors des européennes de 2014, 73% des abstentionnistes avaient moins de 35 ans, 69% étaient chômeurs et 68% étaient ouvriers. Ainsi on retrouve régulièrement des taux d’abstention supérieurs à la moyenne nationale dans les quartiers populaires à la périphérie des grandes villes où la population est plus jeune, plus au chômage, plus en difficultés que la moyenne.

Initiatives pour inciter au vote
Face à cette tendance de la volatilité des votes, des initiatives citoyennes ou associatives tendent à inciter les Français à se rendre aux urnes. Ainsi, pour les élections régionales de 2015, trois jeunes citoyens de trois régions différentes (Rhône-Alpes,
Lorraine, PACA) ont développé un site de participation citoyenne pour les élections régionales. Sur le site MesRegionales.fr les citoyens peuvent alors déposer des idées, en débattre et donc se faire entendre par leurs futurs élus. Si le site n’a recueilli aux lendemains du premier tour que près de 700 internautes inscrits, l’idée que tout un chacun, et notamment les plus jeunes, puissent s’approprier et participer au débat public, avance.
Le site Voxe.org  propose lui de comparer en un seul clic les programmes de tous les candidats d’une région. Une manière d’y voir plus clair et de faire des choix éclairés plutôt que de voter comme ses parents ou s’abstenir.
Moins connectées mais tout aussi engagées, des associations sont allées à la rencontre des habitants d’un territoire pour raviver l’intérêt pour la politique. A Roubaix par exemple, l’association “Loisirs populaires” organise des rencontres avec les candidats pour inciter les jeunes voter.


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