3   +   3   =  

Des élèves s’engagent avec leurs professeurs pour aider des micro-entrepreneurs du monde. L’occasion pour eux d’apprendre les bases de la finance solidaire. Rencontre avec une classe de première STMG à Nantes, qui en a profité pour créer sa propre entreprise.

Nous les avions rencontrés à une semaine du bac de français, et pourtant ils étaient confiants et souriants, ces 14 élèves. Il y a de quoi ! Du haut de leurs 16 ans, ils ont monté leur propre entreprise. « Une SAS Coopérative, énonce fièrement la jeune Dilek. C’est une société par actions simplifiées dans laquelle on peut décider ensemble. Cela nous correspondait bien et ça nous a unis. »

Avant de créer leur structure, ils en ont parcouru du chemin. « On est d’abord allés à Paris, où nous avons rencontré Babyloan qui nous a présenté sa plateforme de microcrédit solidaire ». Cette rencontre a motivé la classe à récolter de l’argent pour faire un prêt solidaire à un micro-entrepreneur du bout du monde.

« Là-bas on nous a parlé comme à des adultes », rapporte la jeune fille. Ils décident alors d’aller plus loin et de s’organiser sous la forme d’une véritable entreprise. L’occasion de comprendre les rouages de l’économie en mettant les mains dedans. Leur propre entreprise comme exercice. «Sur la plateforme Babyloan, on a été touché par Christian Cesar, un Péruvien, qui cherchait 360 € pour s’acheter un four pour son restaurant. On a vu que ses enfants n’allaient pas à l’école, et on a eu envie de l’aider», témoigne Rémy. Il fallait alors récolter cette somme tout au long de l’année.

Ma classe solidaire par Babyloan Networks from In Focus on Vimeo.

« On a lancé une entreprise d’événementiel : le jour de la chandeleur, on a fait des repas crêpes, et sur une autre journée, on a vendu des bracelets, confectionnés par nos soins. » Les bénéfices de chacune de ces deux journées sont allés droit dans les caisses de leur organisation, qu’ils ont choisi d’appeler : Solid’Action. Logo, communication : chaque détail a compté dans l’année pour mener à bien les objectifs. « On a réalisé que ce n’était pas facile de rentabiliser son affaire ! Mais par exemple, on s’est rendu compte que la communication c’était super : venir parler du projet dans les classes ça nous ramenait plus de clients », raconte Remy comme un véritable PDG.

Anne-Flore Thiaut, enseignante d’économie et de sciences de gestion à l’initiative du projet est ravie : « C’était une classe introvertie et timide, et à travers ce projet, certains ont développé une vraie personnalité. Ils étaient obligés de s’entraider et de s’organiser. » Une autre professeure enchaîne : «On a l’habitude de s’appuyer sur des exemples d’entreprises dans nos cours, mais là c’est la leur ! C’est encore mieux.»

Se sentir unis et acteurs

Le seul regret des élèves : n’avoir aucun lien avec Christian César à qui ils ont pu prêter un micro-crédit de 360 €, à la fin de leur aventure. Fanny Plançon, la directrice du projet national de Ma classe solidaire justifie cela par un manque de moyens, techniques entre chaque intermédiaire.

L’entrepreneur n’étant pas forcément joignable facilement ni par la route, ni par internet. « Il y a aussi des raison éthiques : il ne s’agit pas là de correspondre avec son parent pauvre, surtout qu’en une année scolaire, les liens ne sont pas assez durables pour que ça soit vraiment intéressant pour les deux parties. »

Qu’à cela ne tienne du contact humain il y en a eu dans l’année. « On s’est beaucoup rapprochés, et on a rencontré d’autres projets lycéens. D’ailleurs l’un de nous part à la Cop 21 faire des doléances aux chefs d’états ! On lui a dit de faire un selfie avec Obama ! », s’amusent les lycéens.

Professeurs et élèves sont conquis : chacun s’est senti plus impliqué dans sa scolarité. Et l’année prochaine rebelote ! Quand Christian Cesar leur aura remis la somme prêtée, la classe, passée en terminale, pourra monter un projet plus conséquent pour aider une autre micro-entreprise, avec la leur. « Cette fois on privilégiera la proximité, avec le quartier dans lequel on vit, où il y a aussi des choses à faire. »

Il n’est pas nécessaire de créer une entreprise-école. « Nous avons une classe STMG qui a elle créé une association « Soutenons Tous le Micro-crédit pour la Générosité », mais aussi une classe de CM2 qui s’est très bien familiarisée avec les notions de micro-crédit et de financement. Il s’agit plus de lever de l’intérêt que de lever des fonds. L’idée c’est de montrer aux jeunes qu’ils sont acteurs, qu’ils sont citoyens », explique la responsable Fanny Plançon, la directrice du projet national de Ma classe solidaire.

Vous n’êtes plus scolarisé ? Vous n’avez pas réussi à motiver votre classe ? Il est également possible d’effectuer des prêts individuels sur la plateforme Babyloan.

Article publié extrait du UP n°9, en partenariat avec Say Yess – Auteur : Jeanne La Prairie

Dans son ambition de mieux faire connaître l’économie sociale et solidaire (ESS) auprès des 16-30 ans, le programme Jeun’ESS, animé par l’Avise, a lancé Say Yess en juin 2013. Say Yess c’est le média en ligne des jeunes qui se bougent pour une société et une économie plus équitables, plus durables et plus solidaires. Par de petits gestes ou de grands projets, en bas de chez eux ou à travers le monde, le temps d’une soirée, d’un clic ou toute l’année, les jeunes prennent les choses en mains ! www.say-yess.com


Commentaires