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INTERVIEW – Quête de sens, réponse à des besoins sociaux, système économique en mutation… l’entrepreneuriat social n’émerge pas par hasard. Que dit ce phénomène de notre société ? Serge Guérin, sociologue, nous éclaire.

Au regard des chiffres, l’entrepreneuriat  social a le vent en poupe en France. Comment l’expliquez-vous ?

Plusieurs facteurs expliquent cet engouement.  Mais l’une des raisons principales est la «quête de sens» qui animent de plus en plus de personnes. Avec la mondialisation et la crise, les gens se demandent à quoi ils servent et éprouvent le besoin de reprendre le contrôle de leur vie.

Cette «quête de sens» est présente dans toutes les générations. Les personnes qui  travaillent ne trouvent plus de sens à leur emploi. Quant au plus jeunes, ils cherchent à allier leur envie d’entreprendre avec leurs convictions. Leur modèle n’est plus l’entrepreneuriat façon Bernard Tapie.

L’entrepreneuriat social, et plus largement l’économie sociale et solidaire, répondent à cette recherche de sens en offrant la possibilité à chacun, par sa contribution, en tant que créateur ou salarié, d’agir concrètement, en accord avec ses valeurs.

L’émergence de l’entrepreneuriat social n’est-elle pas, aussi, le signe qu’il faut apporter de nouvelles réponses à de nouveaux besoins ?

Nous sommes effectivement dans une société française en difficulté économique, avec plus de chômeurs, de personnes malades et de personnes âgées. Ces conditions créent de nouveaux besoins auxquels les entreprises classiques et l’Etat ne peuvent répondre.

Nous assistons à une très grande mutation dans le pays : la fin de l’Etat providence. L’Etat n’a plus les moyens d’être centralisateur  et perd de sa légitimité.  L’ESS est une réponse convaincante pour reprendre certaines de ses missions, de façon parfois plus efficace, et avec plus de proximité.

Par rapport à une entreprise classique, l’entreprise sociale a des besoins de rentabilité moins financiarisés. Tout en ayant l’exigence d’être rentable, elle permet de répondre à des besoins sociaux et environnementaux de manière beaucoup plus viable.

Il y a donc un faisceau de facteurs en faveur de l’entreprise sociale : un Etat qui recule, des besoins qui s’accroissent et des formes d’entreprises qui sont plus adaptées aux convictions des entrepreneurs.

L’ESS résiste mieux que d’autres secteurs à la crise économique, comment l’expliquer ?

Contrairement à un modèle d’entreprise créé uniquement dans une logique de retour sur investissement sur le court terme, l’entreprise sociale s’inscrit dans le moyen et le long terme. La pérennité est assurée parce que  la logique première n’est pas la même : le but  n’est pas de faire de l’argent le plus rapidement possible, mais de répondre à un besoin social. Tant que ce besoin persiste, l’entreprise a sa raison d’être.

Par ailleurs, les entreprises sociales ont des modèles économiques beaucoup plus sobres. Elles font souvent moins de dépenses de communication ou à destination d’actionnaires. Elles ont donc moins besoin de surplus.

Professeur à l’Inseec, Serge Guérin est spécialiste des questions liées au vieillissement de la société et théories du care. Il est auteur notamment des ouvrages Silver Génération. 10 idées reçues à combattre à propos des seniors (Michalon, 2015)  et La solidarité ça existe… et en plus ça rapporte ! (Michalon, 2013)

Cet article est extrait du UP mag n°9


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