Il se rêvait en philosophe, il est aujourd’hui entrepreneur social. Benjamin Dupays a lancé en 2011 Centimeo, un projet qui offre un nouvel usage aux pièces rouges. Coûte que coûte, il a défendu et monté un concept auquel personne ne croyait.

Benjamin Dupays n’a que 24 ans, et pourtant, son entreprise, Centimeo, est déjà «une vieille start up». Avec 400 distributeurs de friandises installés partout en France, une présence dans 80% des universités franciliennes, une douzaine de tonnes de pièces rouges récupérées et un contrat avec la RATP, l’entreprise a bien grandi depuis sa création il y a 4 ans.

Chez Benjamin, l’envie d’entreprendre a commencé très tôt, à la sortie du bac. Avec à l’origine une passion : la numismatique, ou l’art de collectionner des pièces. « Je me suis rendu compte que les personnes dévalorisaient les pièces rouges. Dans les yeux d’un numismate, la dévalorisation des pièces est quelque chose de profondément choquant, glisse-t-il dans un sourire, je me suis dit qu’il y avait un potentiel économique à exploiter».

«Même mes amis n’y croyaient pas»

Les pièces rouges représentent en effet 1,3 milliards d’euros. Elles sont pourtant frappées à perte : fabriquer une pièce de 1 centime en coûte 4. Un véritable gaspis pour les finances publiques. Pour y remédier, Benjamin imagine une nouvelle vocation à cette menue monnaie, dans une logique d’économie circulaire : des distributeurs de chewing-gum ou de friandises vendus à l’unité.

Au départ, Benjamin est malheureusement le seul à voir de l’or dans la petite ferraille. «Mes parents n’y croyaient pas, les banquiers non plus, même mes amis n’y croyaient pas !». C’est finalement grâce aux encouragements d’un de ses profs d’économie à Sciences Po qu’il trouve la force de se lancer.  «A partir de là, mon obsession c’était de me dire : il faut que je lance un truc, que je donne corps à cette idée», raconte-t-il.

Péripéties indiennes

Agé d’à peine 20 ans, avec ses convictions pour seuls bagages, Benjamin prend alors son envol. Direction Madras, en Inde, où il passera 6 mois à faire du porte à porte jusqu’à trouver un prestataire capable de fabriquer un prototype de distributeur. «J’ai dû travailler dans des usines de microfibre dans la banlieue de Madras pour pouvoir vivre sur place et me nourrir, ce fut une expérience assez compliquée», se souvient-il.

Avec du recul, ces événements lui paraissent toutefois salvateurs. «C’est quand on se retrouve seul avec rien qu’on sait si, oui ou non, on a la force de se raccrocher à une idée et à continuer à marcher», observe Benjamin. Ce passionné de philosophie a su puiser dans la force de ses idéaux.  «On se demande parfois à quoi rime tout ça, c’est hyper important de pouvoir se raccrocher à des idées fortes.»

Résolument social

De retour en France avec l’objet capable de crédibiliser son projet, Benjamin a pu se lancer concrètement. Grâce à l’incubateur de Sciences Po et Moovjee, Mouvement pour les Jeunes et les Étudiants Entrepreneurs, il a structuré sa démarche, élargi son réseau, et fini par faire de l’aventure Centimeo une véritable «success story».

Aujourd’hui, «notre parc de machines double tous les 9 mois», se félicite le jeune homme. Son entreprise vient de conclure un partenariat expérimental avec la SNCF, et il réfléchit à s’élargir à l’international. Mais au-delà des aspects financiers, la vraie fierté de Benjamin est d’avoir atteint un niveau où «l’entreprenariat sert le social». «Nos machines génèrent suffisamment de chiffres pour encadrer des personnes en insertion». Sur 14 emplois créés par sa boîte, deux sont des emplois d’avenir.

Cet article est extrait du UP le mag n°9


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