Tordus, victimes de défauts de fabrication  ou tout simplement différents, les produits de consommation qui ne rentrent  pas dans les standards ont longtemps été écartés des étalages. Ils refont aujourd’hui surface grâce à des initiatives qui n’ont qu’un objectif : lutter contre le gaspillage.

  • Les fruits et légumes ouvrent la marche

Tout commence au printemps 2014, lorsque des légumes aux formes un peu biscornues font leur apparition dans les rayons d’un magasin Intermarché à Provins (77). L’enseigne vient de lancer sa campagne pour les «légumes moches», pour redonner une place à des produits qui sont ordinairement exclus de la distribution, et bien trop souvent jetés.

La campagne est ensuite élargie à d’autres magasins. Puis d’autres enseignes vont s’y mettre, comme Auchan avec le label Quoi ma gueule?, poussé par le collectif Les Gueules cassées. Ces «légumes moches» viennent nous rappeler que le physique ne fait pas tout, et qu’ils sont tout aussi bons que les autres.

«La mise en vente ponctuelle de produits au rabais se contente pour l’instant de faire porter aux citoyens-consommateurs la responsabilité du gaspillage. Elle interroge peu les politiques agricoles inscrites dans des processus législatifs et politiques complexes», regrette la chercheuse Marie Mourad, dans la revue Conversation, un an après le lancement de ces opérations. Reste que ces campagnes ont eu une répercussion importante chez les consommateurs.

  • Camembert, céréales et bientôt biscuits emboîtent le pas

Après les fruits et légumes, le label des «Gueules cassées» est venu soutenir la cause du camembert et des céréales. Des fromages au lait cru victimes de petits défauts et des céréales un peu trop fines ou trop grosses ont été accueillis dans les rayons plus de 200 points de vente au printemps 2015. Tout aussi bons que leurs confrères «beaux», ils se font même le luxe d’être vendu 30% moins chers.

Camembert "moche"

De son côté, Intermarché vient d’annoncer le lancement d’une campagne pour les biscuits moches.  Du 3 au 8 novembre, 146 Intermarché de la région parisienne proposeront la vente des paquets de biscuits aux formes atypiques ou cassés. Ces produits seront issus de l’usine de biscuits d’Agromousquetaires de Quimper.

  • Les ustensiles de cuisine rejoignent le mouvement

La révolte contre la dictature des standards n’est pas réservée à l’alimentaire. Toujours sous l’impulsion du collectif des «Gueules cassées», ce sont bientôt des couteaux et ustensiles de cuisine déclassés qui prendront leur revanche. L’entreprise familiale Déglon, qui souhaitait au départ se débarrasser de produits entassés depuis des années dans un coin de son usine, s’est alliée avec le collectif pour leur donner une seconde vie.

Quelques  25.000 produits du coutelier, ainsi que des milliers de couverts de la marque Albert de Thiers (rachetée par Déglon en 1997) seront vendus avant Noël « entre 50 et 90% moins cher » chez l’un des leaders français de la grande distribution, a annoncé le coutelier.

Pour le directeur technique de l’entreprise, Dominique Lazime, cette action est le signe que l’heure du changement a sonné.  «On avait déjà essayé de faire des opérations de ce type il y a cinq ans, mais on arrivait pas à vendre les produits déclassés. Aujourd’hui les mentalités ont évolué», a souligné auprès de l’AFP.


Commentaires