Présentes depuis longtemps dans les grandes exploitations, les nouvelles technos débarquent dans les petites cultures domestiques des particuliers. Effet de mode ou réponse à de vrais enjeux ?

«Bip ! Bip ! J’ai besoin d’eau». Les plantes nous parlent enfin pour de vrai, mais via smartphone. Pots avec arrosage automatique, éclairages intelligents, stations météo connectées, tondeuses autonomes…Le jardin du futur a l’air drôlement branché.  Un cauchemar pour les puristes, un rêve pour les geeks, et peut-être une solution pour les débutants ? Les technologies ont en tout cas le mérite de rendre le jardinage accessible à tous.

Parmi les accessoires les plus populaires, il y a le «Parrot Flower Power». Un capteur d’une cinquantaine d’euros qui, relié en Bluetooth à une application smartphone, indique en direct des infos sur l’état de la plante : luminosité, humidité, état de l’engrais et température. Il suffit pour cela de renseigner l’environnement et le nom de la plante. L’application la retrouve parmi sa base de données de plus de 6.000 variétés.

La clé du succès de ces accessoires est d’offrir des «solutions faciles à prendre en main», réconciliant mode de vie urbain et jardinage, selon Julien Morin, fondateur de la boutique en ligne de jardinage urbain urbanaplant. Cet ancien cadre dans l’informatique s’est vite laissé convaincre par les solutions permettant de combiner main verte et vie pressée. «Ma compagne et moi étions beaucoup en déplacements et on adore les plantes, on a alors commencé à s’intéresser à des solutions d’arrosage automatisé», raconte-t-il.

Du «fait maison» en appartement

Selon lui, ces solutions répondent aussi à la volonté de plus en plus de citadins de «remettre la main dans la production potagère», dans la droite lignée de la tendance du «Do It Yourself» (faire soi-même). Les petits potagers avec éclairage basse consommation et arrosage automatisé font partie des objets les plus vendus sur urbanaplant. Ils permettent de faire pousser des petites plantations comme des tomates cerise ou des aromates.

«La technologie assure une certaine souplesse dans la gestion du potager, mais c’est surtout un support, de l’assistance pour faire le lien entre la plante et l’utilisateur. Ce n’est pas un robot potager», précise Julien Morin. Ces mini-potagers, qui tiennent sur un comptoir de cuisine, sont aussi ludiques et pédagogiques : les petits citadins n’attendront plus leur premier week end à la campagne pour découvrir le cycle de croissance d’une plante.

Garde-mangers futuristes

Allier besoin de verdure et petits espaces. La question se pose forcément dans un contexte de densification urbaine. D’où l’intérêt croissant en France pour les solutions connectées. En témoigne la tenue l’an dernier du concours «Du Green dans le Gris», organisé par l’agence numérique d’Île-de-France pour récompenser des prototypes d’agriculture urbaine connectée. Les lauréats pour les projets d’intérieurs sont des étudiants de l’école d’ingénieur ECE – Paris. Ils ont conçus GRIN, une serre d’intérieur design et complètement automatisée, qui peut être contrôlée du bout des doigts par un smartphone.

«Ce potager offre la possibilité à quiconque de produire ses propres fruits et légumes et donc de subvenir partiellement à ses besoins alimentaires», précise Matthieu Schmidlin,  l’un des concepteurs.  «Les produits cultivés sont de qualité, sains et véritablement bios, contrairement à certains produits trouvés en supermarchés», ajoute-t-il. La serre comprend un composteur domestique, permettant de récupérer les nutriments nécessaires à la croissance des plantes. On notera qu’en cultivant à domicile, on s’épargne le coût écologique du transport de marchandise.

Techno écolo ?

Julien Morin travaille lui aussi sur un  projet de potager connecté, autonome et adapté aux petits espaces, appelé Urban Potager. Un prototype de cet objet a été présenté lors de l’événement Futur en Seine à Paris, en juin dernier. Il est réalisé en licence libre, de manière à ce que chacun puisse s’approprier les plans et reconstruire son propre potager chez lui. «Nous avons été surpris par l’enthousiasme suscité par notre projet», affirme son inventeur, qui souhaite commercialiser bientôt l’objet à un prix accessible, autour de 150 euros.

Selon Matthieu Schmidlin, il n’est pas impossible qu’un potager d’appartement comme GRIN «se démocratise et devienne un jour «indispensable». Se posera alors, forcément, la question de la cohérence entre multiplication des technologies et respect de l’environnement. «Un vrai sujet», reconnait Julien Morin. Selon lui, il faut «être vigilant pour que les technologies ne génèrent pas plus d’impact sur l’atmosphère. D’où l’intérêt d’utiliser des LED basse consommation et de bien choisir les matériaux».  «L’aspect ‘connecté’ est certes très important, mais il doit répondre avant tout à un besoin et en aucun cas prendre le dessus», souligne pour sa part Matthieu Schmidlin.

UrbanPotager (2)
Crédits photo : urbanpotager.com


Commentaires