Sachez que cela n’a rien à voir avec un don de la nature. Dixit cette nouvelle école du bonheur, qui « explore les grandes questions de la vie » ! Importé de Londres depuis le mois d’avril, le concept est simple : le temps d’une soirée, un intervenant vous souffle quelques idées pour agrémenter votre quotidien.

Décidée à « booster ma créativité », je cours de la rédac’ au 9e arrondissement de Paris. Fanny  Auger, la directrice de The School of life, m’accueille tout sourire, tandis que l’atelier a déjà commencé. Dans la petite salle cosy et il faut bien le dire, un peu girly, une trentaine de participants, de la vingtaine à la cinquantaine. Alexis Botaya est le chef d’orchestre du jour : il vous apprendra que chanter sous la douche fait partie d’un lâcher prise, proche de la créativité dite « grise ». Les concernés en rosissent de plaisir. « Lorsqu’on est engagé dans un processus créatif, on a l’impression de vivre plus intensément », affirme le co-fondateur de Soon soon soon, agence de détection d’innovations. Certes. Et donc, comment s’y engager justement ? À chaque époque, son truc : Dieu, une muse, ou moins poétique, un brainstorming en bonne et due forme, avec dead-line et contraintes. « Qu’est ce qui bloque votre créativité dans votre vie quotidienne ? » La petite assemblée dégaine stylos et blocs-notes. Évidemment : le temps, l’énergie…

Un état d’esprit

Le cours est ponctué d’exercices de groupe. Nous nous affairons à échafauder un festival, à partir d’un mot : fleur, sèche-cheveux, porte… Car le processus créatif, c’est aussi faire confiance en sa capacité de libre-association. Pourquoi ne pas en faire « un état d’esprit du quotidien » et ainsi, stimuler sa plasticité cérébrale ? Ton tranquille et regard serein, Alexis Botaya pose la prochaine colle : « De quel désapprentissage pourriez-vous faire l’expérience dans les prochaines 24 heures ? » Les participants jouent le jeu. Ils démontrent qu’une vision différente n’est pas si difficile à obtenir. « Boire un expresso lentement ?, s’essaye une femme. Porter ses vêtements à l’envers. Observer ses enfants, comme si ce n’étaient pas les siens ! », lance une autre, en faisant rire. Une petite pause aux petits fours plus tard, le vidéoprojecteur est toujours d’attaque. Notre orateur, pourtant cadencé par des images, films et citations, a pris du retard. Sans détours, il donne conseils sur conseils : « Trouvez vos conditions de travail idéales. »

Rêve éveillé

En marchant dans la rue ? Assister d’un objet fétiche ? Le calme de la nuit ou plutôt le matin, « pour conquérir le monde » ? Garder du temps pour rêver et incuber ses idées est tout autant nécessaire, ne serait-ce qu’en faisant la vaisselle. Qui, entre nous, est aussi l’occasion de se « reconnecter à ses sensations » ! Si si. D’ailleurs, pensez à vous débarrasser de cette petite voix intérieure qui vous décourage, cette censure et parfois ce perfectionnisme, qui vous empêcheront d’avancer. C’est un amoureux de la méditation qui vous le dit ! Parsemé d’échecs et de frustrations, le processus créatif est une expérience à vivre pour elle-même, en oubliant la finalité. Les obstacles en font partie ! C’est bientôt la fin des 3 heures de classe et, galvanisés, les nouveaux créatifs se tutoient. Moi, je pars en pensant à Ella Fitzgerald… Dans les années 60, la chanteuse a réalisé une de ses meilleures performances…, en improvisant les paroles oubliées.


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