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Enthousiaste, passionnée et curieuse, Christine Quentin est devenue la spécialiste de l’économie sociale et solidaire la plus écoutée de France. Toute la semaine, à 6h50 sur Radio Classique, la journaliste présente Social Eco, une chronique qui donne envie d’agir sur le terrain de l’innovation. Rencontre avec une femme qui montre la voie.

C’est une jeune quadra, le cheveu argent et l’oeil vif qui parle avec passion et tutoie d’emblée. «J’ai le sentiment d’avoir eu beaucoup de chance » dit-elle. La chance de ceux qui se sentent enfin en phase avec eux-mêmes. Après 10 ans de sport études, la jeune pontoisienne, qui veut faire le tour du monde, hésite entre journaliste-reporter ou faire du business dans le loisir et le tourisme. Ce sera une prépa HEC, à Institut supérieur de gestion. Elle partira à New York, Tokyo, dans les pays de l’Est… Avant de rejoindre le groupe Accord et assister le patron des opérations de la région Thaïlande, Birmanie, Laos, Vietnam et Cambodge. Puis c’est Indonésie. Six années à l’étranger, fondamentales : « Avoir la responsabilité d’opérations à la fois très concrètes, qui doivent prendre en compte l’humain, les enthousiasmes et les freins, avec les objectifs marketings utiles au développement d’une entreprise dont nous dépendons tous, fut vraiment formateur».

De retour en France, elle accompagne le groupe dans son passage à l’euro. Mais l’idée était aussi de démocratiser l’hôtellerie : entretenir un objectif économique équilibré en offrant quelque chose d’accessible à tous. Les notions d’entraide et de partage s’installent. « Donner accès, j’ai aimé ça ». Lorsque arrive un changement de direction, avec une politique d’entreprise où des centaines de vies sont organisées à coup de bilans sur PowerPoint , la question d’un choix de vie s’est posée : « je ne m’y retrouvais plus. C’était en 2007, à l’arrivée de la Loi TEPA qui permettait à la société civile d’avoir des outils pour faciliter la collecte de fonds et le mécénat. Ce que j’avais vu 20 ans auparavant aux Etats Unis. Je voulais mettre mon expérience et mes compétences au service non plus d’une chaine d’hôtels mais de la société ».

“Leur travail, immense, on n’en parlait pas”

Nous sommes en 2008, Christine Quentin quitte Accord et monte Delhomme, une société de conseil en stratégie pour l’innovation sociale, orientée sur l’éducation et la santé, avec un accompagnement autour de collectes de fonds et de campagnes de communications. Après un passage à l’ESSEC pour un certificat français du foundrising (CEFF), elle découvre le monde des entrepreneurs sociaux, des hommes et femmes qui gèrent des enjeux sociaux fondamentaux. « J’ai réalisé que leur travail, immense, on n’en parlait pas, ou mal. Parce qu’on ne les connaît pas ». L’urgence de communiquer sur ces initiatives s’impose à la jeune femme. Un master de journalisme en poche, elle se présente au journal La Croix qui tenait une rubrique ESS depuis des années dans un supplément éco. Guillaume Goubert, rédacteur en chef, lui offre un stage d’un mois.

Mais l’envie de « rencontrer des gens qui essaient de construire un monde différent, qui prend en compte l’humanité dans toutes ses dimensions » l’entraine en Inde, à Auroville : « Je suis rentrée à bloc, en voulant parler de ces entrepreneurs qui transforment le monde ». C’est là que La Croix lui propose de rencontrer Donat Vidal- Revel chez Radio Classique. Le rédacteur en chef est séduit mais sur une quotidienne, et sponsorisée. « J’ai été voir des gens qui m’ont montré qu’il y a une réalité dans cette fraternité. Un esprit de coopérative et de coopération. Le Crédit Coopératif, la Fondation Macif et la Caisse des dépôts. Je leur ai dit qu’il faut parler d’alter économie à des entreprises qui ne sont pas sur ce terrain et à des entrepreneurs pas d’emblée convaincus. Parler à ceux qui ont une capacité de transformation des entreprises, les grands dirigeants qui ne connaissent pas ce monde-là. Un an après, j’avais mes sponsors ». L’aventure se poursuit depuis trois ans : faire le lien entre les entreprises dites classiques et l’entrepreneuriat social.


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