Alexandre Jardin est fou. Fou de colère et d’optimisme, fou de peur et d’espoir. Écrivain à succès, cinéaste, pamphlétaire, il a créé l’association Lire et faire lire en 1999. En 2013, face à l’urgence d’une mobilisation citoyenne, il fonde le mouvement Bleu Blanc Zèbre. Dans son dernier ouvrage, Laissez-nous faire ! il appelle citoyens et élus, associations et maires, à co-construire ensemble l’avenir du pays. Pressé par l’urgence d’agir, l’homme que nous avons rencontré cours sans cesse. Après un train, un bus, après le temps qui passe trop vite et nous rapproche des élections de 2017.

Alexandre Jardin, comment passe-t-on d’écrivain à leader d’un mouvement politique ?

Quand on a conscience qu’à force de ne pas régler les problèmes des gens, ils deviennent fous. On va donc droit dans le mur en 2017 s’il l’on croit que les citoyens français vont encore donner un chèque en blanc aux partis classiques. On entre de toute façon dans la zone de grand danger. Publier un livre, c’est créer une onde de choc médiatique, ça accélère la mobilisation. La France est encore un pays où on peut déclencher des choses à partir d’un livre. C’est formidable.

De quel élan est né Bleu Blanc Zèbre ?

C’est avant tout une pulsion civique et une très grande colère de vivre dans un pays qui dispose d’autant de solutions sur le terrain mais qui s’en voit privé par des systèmes verticaux incapables de les relayer. J’ai rencontré hier à Rennes un libraire qui est président de l’association des commerçants de la ville, il fourmille de projets pour qu’ils se prennent en main et mettent en place eux-mêmes le développement de leur ville. La France est remplie de gens comme ça, qui comprennent qu’il n’y a plus rien à attendre d’en haut. Vous avez une très grande force lorsque vous engagez un mouvement politique sans avoir besoin psychologiquement du pouvoir, parce qu’on aura à affronter des gens qui eux en ont besoin.

Les assos d’Alexandre Jardin
Créée en 1999, l’association Lire et faire lire promeut le gout de la lecture et le rapprochement intergénérationnel entre écoles et retraites. Des séances de lectures, partagées, encouragent les écoliers à la découverte des livres et sortent les retraités de leur isolement.
Le mouvement Bleu Blanc Zèbre, <>. Il parle des zèbres, des faizeux qui agissent au quotidien et s’opposent aux <> de la politique traditionnelle.

Dans votre ouvrage, vous parlez de désobéissance positive …

Parce qu’il y a un passage à l’acte, pour une révolte active positive, faiseuse. On veut donner une chance au pays avant que ça pète. Dans mon livre tout est très clair. On va réunir les faiseux au sein d’un bouquet d’initiatives. Ils vont apprendre à coopérer et faire une offre partagée. On proposera aux communes d’aller sur le terrain pour les aider. Trouver sur place, associations, entreprise, faiseurs qui savent modéliser. Dans deux ans, on fera ce que Nicolas Hulot a voulu faire, mais sans uniquement se positionner sur l’écologie. Avec le monde des entrepreneurs, des élus locaux et des associations. Il nous faut des opérateurs. Des gens habitués à se débrouiller avec très peu d’argent.

Vous avez des enfants, c’est aussi un message que vous leur adressez ?

Je veux très clairement leur montrer que notre génération ne se couchera pas. Je ne suis pas prêt ni à laisser les manettes à Marine Le Pen ni à laisser le pays dans cet état à mes enfants. Je ne veux pas de préférence nationale. Je ne veut pas que l’on trie l’homme dans mon pays. C’est anti Français. Cela va contre notre Déclaration universelle. Mon grand-père était directeur du cabinet de Laval. Ça crée des obligations. Je sais de quoi ils sont faits ces gens-là. Je les connais de près.

Le programme des prochains mois ?

Entre septembre et décembre, on va structurer des bouquets de solutions, sur le terrain, en fédérant les acteurs qui vont proposer à la nation des politiques publiques clés en mains, portées par la société civile et des élus locaux. Il n’y a pas de zèbre qui ne soit déjà dans l’action. Chaque homme, femme, association a une ambition énorme, pour son territoire. Lire et faire lire s’occupe déjà de 400 000 enfants. Dans les mairies, il y a du monde aussi. Notre mouvement sera certainement imparfait mais toujours en phase avec la créativité du territoire. C’est un chaos fécond. Être BBZ, est très politique, il s’agit bien d’organiser la cité autrement. Mais nous ne sommes pas partisans, d’où mon obsession du lien avec les maires. Les opinions divisent parfois, l’action réunit toujours.

Vous êtes un auteur à succès, une carrière mise de côté ?

Je n’ai rien mis de côté, j’ai simplement ajouté. En gros, j’écris la nuit et je sers mon pays la journée. Il n’y a pas de temps à perdre. Il nous reste au maximum 24 mois. Je m’étonne qu’aussi peu de gens soient conscients du degré d’urgence dans lequel nous sommes.

Dans ce numéro de UP le mag, nous parlons d’économie de partage. Que seriez-vous prêt à partager ?

Ma voiture… ou mon scooter (rire).

Et si je vous dis que manger des insectes ou des soupes d’orties peut sauver la planète ?

Ça m’intéresse ! Je suis curieux et gourmand de nature (rire). J’adore les fous qui me font découvrir des choses. Mais ce qu’on sent derrière votre question, c’est qu’il y a des gens qui ont envie d’élargir la vie…


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