Pétitions, buzz de vidéos militantes, appels à manifester… Internet relaie toutes les causes, notamment environnementales et sociales. Les décideurs ne peuvent plus ignorer cette extraordinaire caisse de résonance.

C’est un petit logo pour Shell mais un grand pas pour la mobilisation en ligne : à partir de début 2016, vous ne verrez plus le coquillage jaune et rouge sur les boîtes de Lego. Les deux marques seraient-elles fâchées ? Que nenni ! Le partenariat, vieux de 50 ans, a vacillé sous les coups de boutoir des Internautes, mobilisés par Greenpeace. « La présence de ce logo permettait à Shell de s’acheter une image : puisque tout le monde aime Lego et que Lego est associé à Shell, tout le monde aime Shell. Alors que leurs projets fous de forages dans l’Arctique mettent le climat en danger ! », explique Clémence Lerondeau, responsable des médias sociaux chez Greenpeace France. Indignée, l’ONG conçoit une vidéo où un univers de Lego agonise sous une visqueuse marée noire. Le mini-film est partagé, liké, retweeté… Lorsque les compteurs de YouTube atteignent 6 millions de vues, la marque de jouets craque : elle annonce qu’elle ne renouvellera pas son contrat avec la multinationale pétrolière. Finie la pub gratuite sur les boîtes de jeu. Envolée l’image idyllique des creuseurs de banquise. « Si le Web n’existait pas, on aurait déployé des banderoles devant le siège de Shell ou de Lego et on aurait fait signer des pétitions dans la rue. La campagne aurait été bien plus coûteuse, longue et compliquée. Là, tout s’est fait en 10 semaines ! », poursuit Clémence Lerondeau.
En 2010, l’ONG avait déjà fait plier Nestlé avec une vidéo choc, l’obligeant à bannir l’huile de palme qui ravage la forêt indonésienne.

Gratuit, instantané et redoutablement efficace

Contrairement aux campagnes de presse ou d’affichage, la mobilisation en ligne est gratuite, immédiate et exponentielle (chaque Internaute relaie à des dizaines d’autres, qui décuplent à leur tour l’impact du message). Rien de tel pour mobiliser les foules ! Il suffit de trouver la forme (comme la BD humoristique et très documentée de Pénélope Bagieu sur la pêche en eaux profondes), puis de laisser s’exprimer le citoyen qui se cache derrière chaque Internaute. À la lecture des combats remportés par des plateformes de pétitions en ligne comme Avaaz ou Peuples solidaires, plus de doute possible : des milliers de clics, habilement canalisés, peuvent faire trembler élus ou grands patrons.

Cliquer n’est pas jouer ?

Évidemment, le « clictivisme » ne remplacera jamais défilés massifs ou dons d’argent sonnant et trébuchant. L’Unicef a même lancé une campagne pour rappeler que « Likes don’t save lives » (« Des « J’aime » ne sauvent pas des vies »). Autre critique de cette mobilisation par souris interposée : les causes défendues sur la toile sont très inégales. La plateforme Change.org, où tout Internaute peut lancer sa pétition, a aussi bien permis à une femme surendettée d’obtenir un délai de remboursement auprès de sa banque, qu’empêché France 2 de supprimer l’émission Taratata.
« On peut commencer par défendre une émission de télé puis, par le biais de la plateforme, s’engager dans d’autres initiatives, se défend Benjamin des Gachons, patron de la version française de Change.org. Notre rôle c’est de permettre à plus de citoyens de s’engager dans la démocratie, sans attendre les élections tous les 5 ans. » Exemple : l’initiative d’un jeune Marseillais en faveur du statut d’auto-entrepreneur a rassemblé près de 190.000 signatures en ligne et pèse dans la modification d’un texte de loi sur le sujet.

« Pendant longtemps, la pétition en ligne était limitée à l’indignation unilatérale : des gens s’indignent et des décideurs n’écoutent pas. Mais ça change ! Des décideurs comme Anne Hidalgo, la maire de Paris, peuvent même créer leur profil sur notre plateforme pour répondre aux pétitions qui les concernent », poursuit le chef d’entreprise. Clémence Lerondeau, de Greenpeace, refuse elle aussi de sous-estimer l’action en ligne : « Un retweet, un commentaire, une signature de pétition, c’est une action citoyenne, assure-t-elle. Certes, la personne le fait derrière l’écran, mais c’est quelque chose dont nous avons besoin, c’est une façon de nous soutenir ! » Comme un premier pas, prudent, dans le vaste monde de l’engagement.

Article rédigé en partenariat avec Say Yess

Dans son ambition de mieux faire connaître l’économie sociale et solidaire (ESS) auprès des 16-30 ans, le programme Jeun’ESS , animé par l’Avise, a lancé Say Yess en juin 2013. Say Yess c’est le média en ligne des jeunes qui se bougent pour une société et une économie plus équitables, plus durables et plus solidaires. Par de petits gestes ou de grands projets, en bas de chez eux ou à travers le monde, le temps d’une soirée, d’un clic ou toute l’année, les jeunes prennent les choses en mains !


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