Après avoir envahi notre quotidien, les nouvelles technologies s’immiscent dans les arts. Tablettes, casques de visualisation… Plus que des gadgets, ces outils participent pleinement à la mise en scène de spectacles vivants. Pour faire vivre au spectateur une expérience immersive.

« Assieds-toi, bois du thé, mets-toi en position de tir », ordonne la voix de la tablette. Non, vous n’êtes pas dans un jeu vidéo, ni dans un (drôle) de rêve ! Mais dans Situation Rooms, un spectacle théâtral 2.0. où le spectateur découvre l’univers de l’industrie de l’armement. De l’intérieur pour ainsi dire. Tour à tour enfant soldat, trafiquant de drogue, marchand d’armes, humanitaire, pilote de drone, et armé d’une tablette tenue à bout de bras, vous déambulez dans un parcours labyrinthique, rencontrez des personnages virtuels ou chair et en os, équipés du même matériel que vous. « On est embarqué dans une histoire, témoigne Guillaume Pinçon qui a participé à une représentation. On interagit avec le décor et les autres spectateurs, on vit des sensations de froid, de goût. On devient acteur. » 

Découvrez le teaser de Situations Rooms 

Immersion multisensorielle

La technologie fait partie intégrante de la mise en scène. Tout comme les ambiances recréées dans chacune des pièces : chaleur étouffante, brise rafraîchissante… En guise de passeport vers cet art augmenté, le spectacle Terra Nova du collectif Crew fait appel à un casque dont la visière projette des images. En route pour la conquête du Pôle Sud, sur les traces de l’explorateur R.F. Scott ! Là, « le casque permet d’isoler l’individu et en même temps d’être un intermédiaire vers d’autres sens comme le toucher », explique Eric Jorris, le co-créateur et metteur en scène de Terra Nova. Objectif : faire vivre plutôt que montrer. « C’est une expérience plutôt qu’une communication à sens unique comme la télévision », résume Stefan Kaegi du collectif berlinois Rimini Protokoll, concepteur de Situation Rooms. 

Découvrez le teaser de Terra Nova 

Public-acteur

Peut-on toujours parler de pièce de théâtre ? Selon les concepteurs, la réponse est oui. Certes les spectateurs ne sont plus assis et passifs et les mises en scène bousculent les attitudes. Mais le public-acteur pose le même regard sur la représentation. «L’expérience est singulière, on ne peut pas la résumer à une simple pièce de théâtre. On se prend au jeu, on incarne des personnages…, indique Guillaume Pinçon. Pourtant, peu d’empathie se créé avec eux. À travers la tablette, les protagonistes nous expliquent leur vie, leur situation, mais toujours de manière factuelle. Sans jamais parler de ressenti. » La distance est sauve. Selon Stefan Kaegi, il est question d’art et non pas de réalité augmentée. « Depuis Beuys, les concepts de l’art se transforment sans cesse », précise-t-il. Et ne se cantonnent plus à des représentations classiques. D’ailleurs, Joseph Beuys, dessinateur, sculpteur et performeur allemand mort en 1986, pensait que tout homme est artiste. La technologie semble être là pour l’y aider.


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