Sous ses cheveux poivre et sel, cet homme au sourire affable cache le cerveau d’un inventeur. Paul Benoit est un bidouilleur de première : il a mis au point un système de chauffage gratuit et écologique, qui utilise l’énergie des ordinateurs. Qui sait, le concept pourrait se développer ? Il tient en tout cas du bon sens.

Si le père biologique de Paul Benoit est informaticien, Sadi Carnot est son repère spirituel. « L’un des papas des machines, le premier théoricien de la thermodynamique, précise l’homme de 40 ans, en jeans, t-shirt et au regard malicieux. Les grands inventeurs comme Carnot, mais aussi Vaucanson et Babbage [voir encadré] sont comparables aux hackers d’aujourd’hui. À l’époque, ces
gens divertissaient le roi, inventaient des machines pour le fun, mais ne savaient évidemment pas qu’ils bâtissaient les premiers prototypes d’ordinateurs…
» C’est l’ingénieur qui parle. Tout d’abord spécialisé dans la création de sites internet pour des PME, Paul Benoit s’est ensuite lancé dans l’univers de la banque, où il gérait des ordinateurs géants nommés « calculateurs ». 

L’énergie du futur

Cet ancien élève de Polytechnique est un homme calme, rassurant. Pour lui, l’ordinateur n’est ni plus ni moins qu’une machine. « Il faut renouer avec cette idée et désacraliser le plein pouvoir des ordinateurs.» En 2003, il imagine le concept de « radiateur numérique ». Question de logique : en transférant les processeurs d’un ordinateur (qui lui permettent de « calculer »), dans une boîte de la taille d’un radiateur, on obtient un nouveau système de chauffage. Implacable. « Si l’ordinateur de votre bureau est capable de produire de la chaleur, une multitude pourrait-elle en dégager suffisamment pour chauffer tout un intérieur ? » Oui.

En 2010, Paul Benoit fonde Qarnot computing avec une idée derrière la tête : en finir avec le gaspillage d’électricité généré par les ordinateurs et les datacenters. « Nous sommes face à une absurdité : la chaleur produite par les calculs qu’effectuent les machines pose problème, car il faut beaucoup d’énergie pour les refroidir. Cela double la consommation d’électricité. D’un autre côté, beaucoup de personnes ne peuvent pas se chauffer, faute de moyens ».

Pour la petite histoire
Quand il était petit, Paul Benoit a découvert les ordinateurs grâce à son père informaticien. Mais son inspiration, il la doit surtout aux figures qui ont marqué l’histoire des technologies : Jacques
Vaucanson et ses automates, Joseph
Marie Jacquart et son métier à tisser, Charles Babbage,
créateur de la première machine à calculer programmable ainsi que sa fidèle amie, Ada Lovelace, première à avoir écrit un programme pour cette machine. Tout cela bien avant le magicien Steve Wozniak.

Des machines utiles

Inutile de consommer deux fois la même énergie, Qarnot computing propose du « calcul » à des centres de recherche, par exemple, et du chauffage à des gens qui en ont besoin. 350 « radiateurs numériques » sont aujourd’hui actifs dans une centaine de logements sociaux dans le 15e arrondissement de Paris, à l’incubateur de Telecom Paris Tech, ou encore dans les bureaux de l’entreprise et les locaux de certains employés. « Et ça va augmenter », assure Paul Benoit, confiant,avec de nombreux projets en tête : « La nouvelle version de la machine intègrera des fonctions utiles pour la maison de demain : qualité de l’air, charge sans fil, sécurité, etc ». Autant dire que ce sera bien plus qu’un radiateur.

Simplification du quotidien

La combo gagnant d’une invention selon l’ingénieur ? Marier écologie et économie. « Ce sont les deux valeurs qui permettent à un produit de se démocratiser et donc d’avoir un impact sur la population. » Sa philosophie, c’est penser des technologies utiles. « Je préfère ce terme, plutôt que celui d’« intelligence» ». L’« utile » n’est pas tant la performance et la création de nouveaux besoins que la simplification du quotidien. En tant qu’informaticien ayant débuté dans les années 2000, ce bricoleur passionné est très inspiré par le hacking et le do it yourself, qui est, selon lui, la meilleure réponse à l’appropriation technologique. Père de famille, Paul préfère d’ailleurs que son fils joue aux legos ou avec le logiciel Scratch, qui permet de créer ses propres jeux, plutôt que de lui offrir des technologies finies, à utiliser
sans aucun effort de compréhension ni de création. « J’ai toujours adoré démonter les objets, observer le fonctionnement des machines. L’idéal serait que chacun soit autonome avec son ordinateur, tout comme le paysan d’autrefois maîtrisait parfaitement ses machines agricoles. »


Commentaires