Française d’origine vietnamienne, Thanh Nghiem a d’abord brillé comme directrice associée, dans une grande boîte de conseil, avant de mettre ses compétences au service de l’intérêt général. C’est dans l’open-source et le retour à ses racines qu’elle s’est trouvée. Aujourd’hui, elle « pollinise » les savoirs.

C’est une brindille de 48 ans avec un débit de mitraillette. Thanh Nghiem, jean large et cheveux courts, parle sans filet et tutoie d’emblée. On la surnomme « la petite abeille ». Ce qu’elle essaime, ce sont des projets innovants : elle les convertit en code open-source et les dissémine, gratuitement, quelques milliers de kilomètres plus loin [voir encadré]. Difficile d’imaginer qu’il y a 18 ans, l’abeille était plutôt un gros frelon sillonnant l’Asie pour distiller ses conseils en fusion-acquisition. Thanh Nghiem a été, pendant 5 ans, directrice associée chez McKinsey, une prestigieuse société américaine. C’est la première femme française à avoir décroché un tel poste. Un quotidien de bosseuse et la vie de golden girl qui va avec : gros salaire, tailleurs Armani et Porsche à la clé. « J’étais une vraie machine, se souvient- elle. Je dormais 3 à 4 fois par mois chez moi. Deux secrétaires géraient mon emploi du temps. Tous mes repas étaient optimisés en rendez-vous professionnels. » L’aboutissement d’un parcours sans faute conditionné par une insulte trop souvent entendue dans la cour de récré : « Sale chinetoque ! »

De Londres au Nord-Pas-de-Calais

Parmi les projets que Thanh Nghiem a essaimés: celui du quartier écolo de BedZED à Londres, en 2004. « C’est un îlot de 82 logements qui réussit à vivre en divisant par deux son empreinte écologique, sans retourner à l’âge de pierre, explique-t-elle. Aujourd’hui, 1 million d’habitations sont inspirées de cette méthode. » Encore plus bluffant : son travail réalisé à Loos-en-Gohelle dans le Nord-Pas-de-Calais. À la demande du maire, elle relève le défi de faire de la commune, située dans le bassin minier, une ville pilote du développement durable. Elle a aussi participé à l’ouverture de l’outil de calcul de l’empreinte écologique.
www.movilab.eu

Vie de zombie

Elle grandit à Orsay, en banlieue parisienne, avec deux frères, un papa professeur de fac et une maman pianiste. Elle intègre l’école des Mines à 17 ans, trouve le moyen de « faire le mur pour aller écouter Bourdieu à la Sorbonne », d’assurer ses cours de piano, un peu de mannequinat et de bénévolat. Deux ans plus tard, c’est l’entreprise McKinsey elle-même qui la démarche. Embauchée en tant qu’apprentie, elle finit douze ans après au plus haut échelon. « J’étais programmée pour l’excellence, résume-t-elle. Grisée par le pouvoir, j’étais devenue un vrai zombie. »

Lire la suite en vous abonnant à UP !


Commentaires