Le projet de loi sur l’économie sociale et solidaire a été présenté au Conseil des ministres le 24 juillet. André Dupon, président exécutif du Groupe Vitamine T et nouvellement à la tête du Mouvement des entrepreneurs sociaux, revient sur les actualités de ce secteur en expansion, qui œuvre à l’intérêt général avec le souci de l’efficacité économique.

Quel regard portez-vous sur le projet de loi dédié à l’économie sociale et solidaire ?
Mieux définir l’économie sociale et lui donner le primat de la reconnaissance républicaine, ce n’est pas rien. Le gouvernement est en train de reconnaître l’ampleur du phénomène : on n’est plus dans une économie d’à-côté, de réparation. Nous ne sommes plus la caution de la crise, la caution morale du secteur privé ni la roue de secours du secteur public. L’ESS est reconnue comme moteur de la compétitivité du pays, tant sur le plan économique que sur le plan social. C’est une fenêtre historique suffisamment rare pour que les acteurs s’en saisissent ; j’en suis heureux.

Quelles limites voyez-vous à cette loi ?
Elle ne parvient pas à simplifier ce qui est complexe, alors que c’est l’occasion de vulgariser et rendre plus pédagogique la définition de l’économie sociale et solidaire. Deuxième défaut : le projet fait une part trop belle aux statuts coopératifs (voir encadré). Je suis un peu réservé sur ce point. Enfin, la loi n’est pas suffisamment ambitieuse sur l’innovation sociale. Elle doit avoir la même exigence que l’innovation technologique : déboucher sur un modèle productif opérationnel avec un business plan.

Pourquoi l’innovation sociale peine-t-elle à trouver des financeurs, des investisseurs ?
Beaucoup de dirigeants d’entreprise ne la reconnaissent pas comme étant un acte d’entreprendre et un modèle économique ; c’est une forme de mépris intellectuel. En France, il y a une fracture entre le monde de l’entreprise, qui est réputé le seul compétent pour créer des richesses, l’économie et le monde social. L’innovation sociale est donc renvoyée aux travailleurs sociaux, à la compassion, au doux rêve, elle n’est pas considérée au même niveau [que l’innovation technique, N.D.L.R.]. De ce point de vue la loi va nous aider.


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