UN JOB DANS L’ESS – L’essor de l’agriculture urbaine a créé de nouveaux besoins et de nouveaux métiers. Rencontre avec Jean-Jacques Fasquel, un pionnier dans l’art du compostage en ville. 

au pied d'un immeuble HLM à Paris, un jardin collectifAu pied d’un immeuble HLM de 13 étages, situé dans le 12ème arrondissement de Paris, se cache un havre de paix et de verdure : le jardin Santerre, un jardin partagé, entretenu par 80 locataires. Dans ce potager urbain, ces habitants volontaires font pousser des tomates, des courgettes et des fraises sans engrais grâce à l’apport nutritif naturel du compost. Ils trient quotidiennement leurs  biodéchets et alimentent la dizaine de bacs à compost du jardin. Une démarche écologique et antigaspi, initiée par Jean-Jacques Fasquel, l’un des résidents de l’immeuble. Il y a une dizaine d’années, cet ancien directeur de centre commercial a effectué un virage professionnel et personnel : « J’ai vécu une crise de sens et j’ai changé progressivement mon mode de vie en adoptant une alimentation bio et végétarienne. Je me suis intéressé au compost, car je trouvais aberrant d’envoyer à l’incinérateur des déchets alimentaires qui pouvaient servir à fertiliser les sols. »

Jean-Jacques Fasquel réussit à convaincre son bailleur social de créer un jardin collectif et d’installer des bacs à compost, sur l’ancienne aire de jeux désaffectée située au pied des immeubles. Le site est inauguré en 2005 et devient le premier site de compostage de Paris.  Aujourd’hui, Jean-Jacques a fait de sa passion pour le jardinage naturel son métier. Il anime des formations et accompagne des entreprises et des collectivités dans la mise en place de projets liés au compostage.

Accompagner le retour à la Terre en milieu urbain

Dans le 12 arrondissement de Paris un jardin partagé et un compost« Pour exercer le métier de maître-composteur, il faut surtout aimer les gens, car ma mission consiste essentiellement à transmettre un savoir faire », explique Jean-Jacques Fasquel. La fabrication du compost est une tâche relativement simple, mais certaines règles sont à connaître. Les déchets alimentaires se transforment en fertilisants naturels au bout d’un processus de décomposition qui se déroule au cours d’un cycle de 6 à 8 mois.

En amont, il faut apprendre à bien trier ses biodéchets pour obtenir un compost efficace : « On recommande d’alimenter les bacs à compost avec les épluchures et restes de fruit et légumes, les sachets de thé, les restes de repas comme le riz ou les pâtes, des coquilles d’œuf écrasées, le bouquet de fleurs fanées. En ville, les collectivités déconseillent souvent d’incorporer la viande, le poisson, le pain et le fromage pour éviter d’attirer les rongeurs. » La qualité du compost dépend aussi de l’équilibre entre la quantité de matière sèche (feuilles mortes ou copeaux de bois) déposée sur les couches de déchets organiques. « Le compost, c’est comme les lasagnes, il faut plusieurs couches ! », précise l’expert. Le compost est ensuite utilisé pour nourrir la terre au printemps et améliorer la structure du sol en automne. « L’objectif est d’aider les gens à devenir autonomes et à acquérir les bons gestes. » Les déchets du bac à compost doivent être quotidiennement mélangés pour faciliter la décomposition.

Maître-composteur: un métier d’avenir ?

Les règles du compost peuvent être facilement apprisesDepuis 2010, la mairie de Paris accompagne les habitants désireux de se lancer dans le compostage collectif. 300 immeubles de la capitale sont déjà équipés de composteurs délivrés par la municipalité. Les compétences des maîtres-composteurs sont nécessaires pour former et encadrer les citadins déconnectés de la nature qui se lancent dans l’aventure.

D’ici 2025, la loi de transition énergétique imposera aux collectivités le traitement des biodéchets. Le compost de proximité offrira une solution, mais, pour répondre aux besoins techniques et accompagner ce changement, les compétences techniques des maîtres-composteurs seront de plus en plus recherchées, selon Jean-Jacques Fasquel : « Quand j’ai démarré il y a 10 ans, nous n’étions qu’une poignée à proposer un accompagnement. Aujourd’hui, le réseau de professionnels du compostage en France représente 300 personnes. Et les besoins de prestations vont sans doute augmenter. » Des formations à la prévention et à la gestion des biodéchets de proximité, reconnues par l’ADEME, sont aujourd’hui ouvertes à tous. « On peut se former en 10 jours, ensuite c’est la passion qui fait la différence. »


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