PORTRAIT – L’humoriste Jean-Yves Sayag a fait le buzz l’été dernier en publiant des vidéos de dépôts sauvages à Marseille sur les réseaux sociaux. Son cri d’alarme a depuis permis de mobiliser citoyens et élus pour faire évoluer les comportements. 

Jean Yves Sayag humoriste engagé pour la propreté de sa ville

Jean-Yves Sayag sur le plateau de Provence Azur TV

Quand il n’est pas sur scène, pour jouer son one-man show, Jys le Marseillais, de son vrai nom Jean-Yves Sayag, gère une sandwicherie dans le 14ème arrondissement de Marseille. Chaque jour pour rejoindre son commerce, il se désole d’observer les montagnes de déchets de toute sorte, des palettes en bois aux gravats de chantiers et des carcasses de caravanes qui jonchent les trottoirs du boulevard Frédéric Sauvage. Excédé de constater que la situation ne cesse d’empirer, il décide, en juillet dernier, de publier une première vidéo sur son compte Facebook pour dénoncer l’incivilité des pollueurs et montrer une réalité qui empoisonne la vie des habitants de la ville. En quelques jours, la vidéo fait le buzz : « J’ai reçu des encouragements de citoyens, des élus ont relayé mon coup de gueule, de nombreux habitants ont commencé à m’envoyer leurs propres vidéos et de nombreuses photos. Le ras-le-bol général silencieux depuis des années s’est exprimé d’un coup« , se souvient le comédien.

Une prise de conscience collective

des détritus jonchent la colline de la Galline sur les hauteurs de Marseille

Des déchets s’accumulent sur les hauteurs de Marseille

Porté par les encouragements des citoyens, Jean-Yves Sayag décide alors de poursuivre son combat contre les pollueurs. Ces derniers mois, il a publié près de 200 vidéos sur les réseaux sociaux et créé un groupe « Marseille je t’aime« , pour que les citoyens s’emparent du sujet en partageant leurs photos et interpellent les élus. « J’ai commencé à m’intéresser à la question de la gestion des déchets dans la ville, j’ai publié des petits reportages sur les centres de tri, l’un des effets de cette démarche, c’est l’organisation de réunions avec les élus pour évoquer les solutions« , précise-t-il.

L’humoriste a aujourd’hui décidé de mettre sa notoriété sur les réseaux  sociaux au service d’opérations de nettoyage. Début mars, il a fédéré près de 200 bénévoles sur les hauteurs de la Galline, une colline qui surplombe la ville. En 24 heures, près de 50 tonnes de déchets ont été ramassées grâce à une formidable chaîne humaine. « On a enlevé des baignoires, de l’électroménagers, des carcasses de voitures, près de 15 000 bouteilles de bière… On l’a fait pour montrer l’exemple et réveiller les citoyens« , se félicite Jean-Yves Sayag.

Contribuer à faire évoluer les mentalités

Si de nombreux efforts ont été réalisés dans le centre de Marseille pour améliorer la propreté des rues, les décharges sauvages restent la bête noire de la cité phocéenne. La ville propose certes des opérations de sensibilisation à l’écologie dans les écoles.  Mais, au quotidien, les relations restent tendues entre les agents de propreté et certains commerçants qui ne respectent pas toujours leur travail. Les professionnels du bâtiment et les particuliers peu concernés par l’impact écologique de leurs actes, continuent de déverser des tonnes déchets à l’abri des regards en plein cœur des calanques.  Les services de police verbalisent peu faute de temps et de moyens.

Et le tri sélectif n’est pas encore réellement entré dans les habitudes. Dans son récent rapport,  la Cour régionale des comptes estime d’ailleurs que « la quantité de déchets collectés est anormalement élevée à Marseille » et incite la métropole à prendre « des mesures pour développer le tri sélectif » et « réprimer les comportements inciviques« .  Pour Jean-Yves Sayag, il est donc nécessaire de repenser la gestion des déchets à Marseille et d’impliquer davantage les citoyens. « Pourquoi ne pas proposer, par exemple, la gratuité totale des déchetteries pour les professionnels, ou imposer une éco-taxe sur les produits du bâtiment, ou encore créer une vraie police de l’environnement ? », suggère-t-il. Selon lui, c’est aux Marseillais de reprendre le destin de leur ville en main, et il compte bien continuer à leur donner envie d’agir.


Commentaires