INITIATIVE LOCALE – L’association EcoMégot collecte les mégots ramassés dans la ville de Bordeaux via des bornes installées pour les fumeurs. L’enjeu : utiliser des déchets, très souvent jetés sur la voie publique, pour les recycler et fabriquer, à terme, du plastique.

II suffit de prendre l’air et faire quelques pas à l’extérieur pour se rendre compte du problème. Chaque année, 40 milliards de mégots sont jetés sur le sol en France. Un chiffre totalement fou qui choque Rachel Richard, chargé de mission à EcoMégot, une association bordelaise. Pour elle, cela s’explique par le manque de poubelles et de cendriers de rue. Mais pas uniquement : « Il y a peut-être aussi une absence de motivation, un réflexe de jeter le reste de la cigarette au sol. » Et aussi un manque de connaissance de l’impact sur l’environnement. « Dans un mégot, on peut compter jusqu’à 2 500 substances chimiques. »

Le ravage des mégots laissés au sol, dans la rue

Du sol, il peut se retrouver ensuite dans les égouts, puis les fleuves et les océans. « Et un mégot, poursuit-elle, peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau », et donc la faune et la flore aquatiques. Par ailleurs, laisser tomber sa cigarette peut avoir une autre conséquence grave : les mégots sont à l’origine de 16 % des débuts d’incendie.

La seconde vie des clopes

Face à ses constats alarmants, que faire ? Les municipalités ont commencé à se mobiliser contre ce type de déchets de rue, en ajoutant de plus en plus de poubelles, en mettant en place des amendes en cas de laisser-aller (68 euros à Paris), en tentant de sensibiliser.

Des acteurs locaux entrent dans le bal avec un autre argument : les mégots peuvent être ramassés, ou, mieux, collectés en vue de récupérer la partie « filtre » (de l’acétate de cellulose, en réalité) qu’on peut transformer en plastique. « On peut ensuite fabriquer des mobiliers urbains, voire des cendriers urbains », explique Rachel Richard, dont l’association, lancée en juillet 2016, est en train de devenir une entreprise sociale.

Chantiers d’insertion

Chantier d'insertion fil de faire à Bègles

Au chantier d’insertion pour faire les cendriers (crédit: EcoMégot)

En attendant, elle tente de percer au niveau local : à Bordeaux et aux alentours. Elle propose de stocker les mégots récupérés dans les cendriers de ses clients, à vélo. EcoMégot travaille pour l’heure avec la métropole de Bordeaux (85 points de collecte) et avec des structures privées comme des enseignes ou lors d’événements.

Et depuis quelques jours, elle a démarré une expérimentation dans le quartier bordelais de Bastide pour créer un quartier sans clope. « On a identifié des zones fumeurs, aux environs du tram et près des lycées, en particulier. Et et on y installe des affiches de sensibilisation, ainsi que des cendriers conçus grâce à un chantier d’insertion à Bègles (Fil de faire) « , explique Rachel.

Le test va durer six mois pour EcoMégot. À terme, elle verra si le comportement des citadins a évolué, si ça marche. L’entreprise aura accumulé un stock non négligeable de mégots qui seront réemployés. « Au bout de quatre mois de collectes, on a presque un million de mégots, or, pour l’instant, on ne sait pas combien il en faut pour la transformation en objet en plastique. Des tests sont en cours, ça prend du temps« , glisse-t-on à EcoMégot. Mais l’idée est là : l’objectif est bien de « créer une filière de recyclage des mégots« , encore à ses prémices, et ce, au niveau national…


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