L’Everest : la plus haute poubelle du monde


EN LIBRAIRIE – Luc Boisnard, chef d’entreprise et alpiniste engagé dénonce dans son livre Altitudes, publié aux Éditions Alisio, la catastrophe écologique qui menace le toit du monde. Il y partage le récit de son expédition organisée pour nettoyer le sommet mythique. 

Luc Boisnard, alpiniste engagé

« La protection de l’environnement est loin d’inspirer les Occidentaux qui partent à l’assaut de l’Everest. Ils se lancent dans l’aventure avant tout pour leur gloire personnelle« , lance Luc Boisnard. Comme de nombreux passionnés de montagne, l’Everest, il en rêvait, mais il avait besoin de  donner du sens à son aventure.  Depuis l’ascension réussie du Néo-Zélandais Edmund Hillary et du Népalais Tenjing Norgay Sherpa en 1953,  plus de 6 500 personnes sont partis à l’assaut  du toit du monde, laissant dans leur sillage des tonnes de déchets : des bonbonnes de gaz, des bouteilles d’oxygène, des tentes et des plastiques en tout genre. Les camps de bases des contreforts de l’Himalaya se sont transformés au fil des années en véritables déchetteries à ciel ouvert. C’est en se confrontant à cette réalité que Luc Boisnard a décidé d’organiser une expédition de dépollution.

Une tonne de déchets collectée

Opération de tri des déchets dans l’un des camps de base de l’Everest

Pour relever le défi, Luc Boisnard s’est entouré d’une vingtaine de sherpas. Sur les deux mois d’expédition, il a consacré près de trois semaines à la collecte et au tri des déchets. Chaque jour près de 30 kg de détritus ont été redescendus à dos d’homme au village le plus proche, situé à 42 km d’un des camps de base où il avait élu domicile sur le chemin de son ascension. Les emballages ont été brûlés dans un incinérateur local,  les bouteilles d’oxygène ont été envoyées à Katmandou par avion. Au total,  l’expédition a permis d’évacuer une tonne de déchets.

Des comportements peu respectueux

Certes, l’ascension est exigeante, 75 % des grimpeurs abandonnent avant d’arriver au sommet. Chaque expédition nécessite un dispositif très lourd : tentes, nourriture, bouteilles d’oxygène. Plusieurs tonnes d’équipement pour un groupe de 40 personnes. Les corps sont mis à rude épreuve par la raréfaction de l’oxygène. Une fois les camps d’altitudes atteints, il est plus simple pour les grimpeurs d’abandonner leur matériel pour rejoindre la vallée dans des conditions moins éprouvantes. Mais les excès sont courants : « Certains grimpeurs installent des tentes démesurées, on y trouve du whisky, des consoles de jeux… Ils recréent un confort occidental au pied de l’Everest. »

Peu de solutions pour le traitement des déchets

Pendant de nombreuses années, le Népal a fait avec ses moyens.  La manne financière que représente la présence de touristes dans la région de Khumbu, où se situe l’Everest, a primé sur la protection de l’environnement. Pour être autorisé à effectuer l’ascension, chaque alpiniste doit acheter un permis vendu 11 000 dollars. Pas question, donc, pour le gouvernement de limiter l’accès au toit du monde pour préserver la vie économique du pays. Depuis les années 90, une ONG locale tente malgré tout d’organiser la gestion des déchets produits par les alpinistes occidentaux.

Le «Sagarmatha Pollution Control Committee» (SPCC) a installé des toilettes portatives dans différents camps de base. 76 poubelles jalonnent les sentiers de randonnée de l’Everest. Depuis 2014, les autorités népalaises imposent aux alpinistes de redescendre leurs déchets, en échange d’une caution de 4 000 dollars. Un système qui ne serait pas toujours respecté, ni contrôlé. Actuellement, il resterait plus de 10 tonnes de déchets  sur les hauteurs de l’Everest. « J’aimerais que mon témoigne contribue à faire prendre conscience au plus grand nombre de la nécessité de préserver cette montagne majestueuse qui nous offre tant d’émotions fortes« , conclut Luc Boisnard.


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