INITIATIVE LOCALE – Grâce à un composteur de nouvelle génération, des entrepreneurs expérimentent la collecte et la transformation de déchets organiques à Paris.

Aujourd’hui, nos restes de repas, mélangés à d’autres déchets dans les poubelles, sont très souvent envoyés à l’incinération. Cela veut dire qu’on utilise des transports, de l’énergie et des ressources, pour les faire disparaître. Pourtant, ils pourraient avoir un tout autre destin, et c’est là qu’intervient la grosse machine actuellement installée sur le site des Grands Voisins, à Paris, par Les Alchimistes. Il s’agit d’un composteur mécanique, conçu par le fabricant anglais Tidy Planet, qui rentre dans une pièce de la taille d’un petit garage, et qui permet de traiter jusqu’à 200 kilos de déchets organiques par jour, grâce à un brassage régulier de la matière.

Alexandre Guilluy, cofondateur de la start-up, nous présente les avantages d’une telle machine, par rapport à un compost classique en extérieur : « Il n’y a pas d’odeur, on peut y mettre tous les déchets organiques qu’on veut, y compris des restes de viande, de poisson et de coquilles d’œufs, sans risque sanitaire et sans odeurs nuisibles. » Rien, en effet, à proximité, ne laisse deviner que de la matière est en train d’y être décomposée. Les déchets sont mélangés à des copeaux de bois et transformés en une matière noire, non odorante, qui est disposée en bac, à l’extérieur, pour une période de maturation de trois semaines. Elle est ensuite utilisée comme amendement organique pour assurer des sols en bonne santé, et donc des plantes épanouies !

Une solution pour l’agriculture locale

Crédit : Florian Berenguer

Si l’entrepreneur et son associé Kenzo Sato croient autant au potentiel du compostage mécanique, c’est parce qu’ils voient la société évoluer. « Notre modèle agricole est en train d’être remis en question », souligne Alexandre Guilluy, constatant que la demande de nourriture bio et locale augmente. Or, pour faire du bio, il faut remplacer les engrais chimiques par d’autres ressources venant enrichir la terre, tel que du compost. Les Alchimistes imaginent très bien leur solution s’intégrer à un système d’agriculture locale : récolter des déchets alimentaires à proximité, les transformer et les revendre à des agriculteurs locaux. « Il y a actuellement 90 projets de fermes à Paris », rappelle Alexandre Guilluy.

Les Alchimistes testent actuellement la récolte et la transformation de déchets avec des partenaires comme Biocoop, Les Nouveaux Robinsons, Jubiles ou encore le Palace George V. Le prix de la collecte est calculé en fonction du poids des déchets, grâce à un système de suivi sur une application. Le compost est vendu sous le label « fabriqué à Paris ». Les Alchimistes développent aussi leur volet social, avec l’emploi d’une personne en insertion. Ils vont ouvrir un second site très prochainement à La Caverne, une ferme bio sous-terraine dans le 18e arrondissement à Paris, et ont aussi des projets de plus grande taille sur l’Ile-Saint-Denis, Bobigny et le 14e arrondissement. Ils souhaitent également essaimer sous forme de franchises partout en France. Bref, ils brassent tout, sauf de l’air !

Les entrepreneurs sociaux inspirent Up le mag ! Un projet local et original, accompagné par le centre d’affaires de Séverine Delestra et suivi par Laurent Pigazzini  à  la Caisse d’Epargne Île de France.


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