REPORTAGE – Porter tous les mois de jolies pièces de petits créateurs locaux, fabriquées dans des matières durables et responsables pour quelques dizaines d’euros. Le rêve ? C’est ce que propose la start-up Tale Me avec la location de vêtements pour futures mamans et jeunes enfants. Et bien plus encore.

C’est au fond d’une jolie cour fleurie, dans le 10e arrondissement de Paris, que se trouve le showroom d’une toute jeune start-up implantée en France depuis juin 2017. Une fois les portes franchies, c’est un espace de douceur qui nous accueille. Papier peint aux imprimés géométriques et floraux aux murs, lumières douces, meubles en bois upcyclés, portants de vêtements pour futures mamans, bébés et enfants. L’ambiance est cosy. Pour un peu, on se croirait dans le vestiaire version XXL d’une copine. Bienvenue chez Tale Me, une entreprise qui propose, non pas d’acheter des vêtements, mais de les louer.

Le principe est simple. L’abonnée souscrit à un pack de trois ou cinq vêtements par mois, qu’elle choisit sur le site Internet de Tale Me et qu’elle peut essayer au préalable au showroom. Au bout d’un mois, la personne rend les vêtements empruntés, qui seront nettoyés, et en prend de nouveaux. Tous les vêtements proposés ont pour particularité d’être fabriqués localement par de petits créateurs, à partir de matériaux durables et bio.

tale me

Louer plutôt que posséder

Mais Tale Me propose bien plus que la location de vêtements. « Notre showroom a également vocation à apporter des alternatives pour mieux consommer et accompagner ses abonnés vers le zéro déchet », explique Ophélie Levasseur, en charge du showroom de Paris. Anna Balez, la fondatrice de Tale Me, ajoute : « Les abonnés sont des gens qui veulent changer les choses. Ce lieu est un peu celui de la famille du futur. » Une famille du futur qui louerait ses vêtements, plutôt que de les acheter donc, mais qui s’offrirait aussi des chaussures écoconçues à partir de bouteilles en plastique recyclées, s’hydraterait la peau avec des cosmétiques bio made in France présentés dans des flacons consignés, ou utiliserait des couches lavables plutôt que des jetables par exemple. C’est pourquoi le showroom organise régulièrement des ateliers pour s’initier à de nouvelles pratiques, ou qu’ici et là, des présentoirs mettent en avant des produits « en accord avec les valeurs de Tale Me ».

Les avantages de la location de vêtements sont évidents : elle permet de porter des vêtements de qualité et d’en changer aussi souvent qu’on le souhaite, sans se ruiner. Reste à convaincre les réfractaires, souvent des personnes plus âgées, pour qui porter des vêtements déjà utilisés par d’autres est impensable. « Aujourd’hui, la location est une histoire de génération. Les millenials sont très loin de la possession. Le paraître est plus important que la possession », analyse Anna Balez. Ils préfèrent louer des voitures, être abonnés à des sites de séries ou de musique en streaming plutôt que posséder disques, DVD et autres véhicules. « Un changement de mentalité s’opère. Nous n’avons plus besoin d’argumenter, soutient la fondatrice. L’idée de la location de vêtements fait son chemin, et pas seulement sur les marchés de niche comme les vêtements de grossesse et d’enfant. »

showroom Tale Me à Paris - crédit photo : Alexandra Luthereau

Showroom Tale Me à Paris – crédit photo : Alexandra Luthereau

Écoconception, matières durables, upcyclage

Avant de se lancer dans Tale Me, Anna Balez, ingénieur chimiste de formation, a travaillé comme consultante en économie circulaire pour de grandes entreprises. « Cela m’a permis d’éprouver la viabilité de ce type de modèle économique. » Et d’avoir envie de le mettre en oeuvre. Le projet Tale Me a entièrement été pensé et conçu dans ce sens. Dans cette logique, la collaboration avec les créateurs des vêtements est primordiale. Ceux-ci sont choisis pour l’esthétique de leurs modèles bien sûr, mais aussi pour leur utilisation de matières premières respectueuses de la planète et de l’Homme, dénuées d’adjuvants neurotoxiques ou autres perturbateurs endocriniens, si courants dans la fringue bon marché. Avec eux, Tale Me va également travailler l’écoconception.

Pour être loués, les vêtements doivent être durables, c’est-à-dire solides, de bonne qualité, et constitués d’éléments qui peuvent être facilement remplacés ou réparés. D’ailleurs, pour ces petites réparations, Tale Me compte un atelier couture dans son espace à Bruxelles. Des couturiers et couturières en insertion professionnelle, dont un réfugié syrien, y recousent boutons, ourlets défaits, changent les bouts de manches, les cols usés, etc. Enfin, pour que la boucle soit complète, la start-up entend recycler les vêtements trop usés pour être portés.

Une fois la tonne de vêtements atteinte, Tale Me pourra l’envoyer dans une entreprise aux Pays-Bas qui en fera de la fibre textile réutilisable. En attendant, les couturiers maison se sont laissés porter par leur créativité pour créer des petites pochettes à partir de pièces mises au rebut. « C’est un projet global, c’est ce qui motive », s’enthousiasme la jeune entrepreneure. Aujourd’hui, Tale Me compte 2 000 abonnés, des citadins mais aussi des personnes de zones rurales.
« Nous ne sommes pas encore mainstream. Mais Airbnb ne l’était pas non plus à ses débuts, fait remarquer Anna Balez dans un sourire amusé. Nous avons décidé d’être un acteur majeur. Nous sommes actuellement en pleine croissance. »

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Bientôt pour les hommes aussi

Et déjà, l’entrepreneure pense au futur. Rien qu’en 2018, de nombreux nouveaux projets vont éclore chez Tale Me. « On voudrait ouvrir un incubateur de créateurs pour vêtements en location. L’idée serait d’accompagner ces entrepreneurs, qui pourraient louer leurs créations au sein de Tale Me, mais aussi d’imaginer d’autres circuits de distribution », annonce Anna Balez. Autre projet, l’an prochain, Tale Me va tester la location de chemises pour homme avec la marque de vêtements sur-mesure Rives. L’idée ? Proposer de livrer sur cintres chaque semaine, cinq chemises de grande qualité, propres et repassées.
À la fin de la semaine, les chemises seront récupérées non lavées, puis envoyées dans un pressing écologique spécialisé dans le nettoyage de zones rebelles de la chemise : les poignets, le col et les aisselles. « Ce projet, j’y crois à fond ! Pour les Parisiens, mais aussi pour les voyageurs d’affaires en déplacement dans la capitale. Ce sera plus simple que d’apporter dans sa valise des chemises, qu’il faudra repasser à l’hôtel, rapporter chez soi pour les mettre au pressing. » Après les mamans et les enfants, bientôt les hommes, donc. Ce joli Tale (conte en français) se construit, et il n’a pas fini de nous étonner.

Cet article est extrait du numéro 18 de UP le mag, que vous pouvez acheter sur notre boutique.

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