INNOVATION SOCIALE -Et si on testait le revenu de base ? Une association, cofondée par l’écologiste Julien Bayou, lance la première campagne de crowdfunding permettant de financer la mesure prônée par Benoît Hamon. Trois personnes tirées au sort  recevront prochainement 12 000 euros un en an. Et ce n’est qu’un début !

Julien Bayou, le porte-parole d’Europe Ecologie-les Verts, poursuit un objectif : expérimenter la mesure, portée par le candidat Hamon à la dernière présidentielle. Tester l’outil en versant, chaque mois, 1 000 euros à un ou plusieurs bénéficiaire(s), comme UP a pu déjà l’écrire. Pour financer le versement, la jeune association a lancé une campagne de crowdfunding qui a rencontré un franc succès : depuis le 2 novembre, plus de 36 000 euros ont été récoltés, 1 1 00 personnes ont participé à l’effort budgétaire, et 78 000 personnes, venant de chaque région et qui ont en majorité entre 25 et 45 ans, se sont inscrites au tirage au sort (effectué par un huissier le 6 décembre).

Résultat : il y aura finalement trois heureux élus. « On a été un peu débordé par l’engouement », sourit l’initiateur écolo, dont le projet imite une association allemande, Mein Grundeinkommen, née il y a trois ans (à lire ici). Aujourd’hui, celle-ci a pu financer, grâce à 50 000 personnes, plus de 120 revenus de base (dont une soixantaine en cours et 15 à venir).

Les bénéficiaires n’arrêtent pas leur boulot

Selon l’association allemande, les 800 000 inscrits (de tout âge, et de tout milieu, y compris des… enfants, inscrits par exemple par leurs parents) souhaitent, en recevant 12 000 euros, « effacer le stress du quotidien, avoir du temps pour soi, travailler moins », nous explique Steven Strehl. D’après lui, très peu ont arrêté de travailler après avoir reçu la somme sans condition.

Julien Bayou a hâte de savoir comment vont se comporter les premiers bénéficiaires : vont-ils en finir avec leur emploi, ou pas ? Réduire leur temps de travail pour s’épanouir grâce à une autre activité, voulue et non subie ? Un sondage montre que les Français ne diront pas « au revoir » à leur patron, mais « pensent que les autres le feraient peut-être », dit-il.

Améliorer le quotidien ou survivre

Qu’espèrent ceux qui se sont inscrits au tirage sort de l’association française Mon revenu de base ? Que feraient-ils s’ils gagnaient 12 000 euros en un an ? Suzanne Bellue, chercheuse au J-Pal, le laboratoire de recherche sur la pauvreté, a étudié leurs déclarations (lors de l’inscription, l’asso les a sondés). Elle explique que certains ont besoin de cette somme pour « survivre ». D’autres en profiteraient pour payer les factures auxquelles on ne peut renoncer comme le loyer. Ils sont plusieurs milliers d’inscrits à affirmer se situer en dessous du seuil de pauvreté, certains déclarent avoir déjà renoncé à se payer un soin pour raison financière. « Il y a même des parents qui ont osé dévoiler qu’ils avaient reporté une dépense de santé pour leurs enfants. » Parmi les inscrits, en outre, beaucoup désirent, dit-elle, « améliorer le quotidien en se faisant plaisir » ou changer de vie, par exemple en reprenant des études, voire créer une entreprise.

Pour elle, et l’association Mon revenu de base, l’aventure ne fait que commencer. Les trois gagnant(e)s recevront leur somme prochainement et on verra ce que cela change dans leur vie… Et l’idée, c’est aussi de lancer d’autres campagnes de financement participatif pour financer d’autres revenus de base. À suivre.


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