Xavier Emmanuelli appelle la France, et l’Europe entière, à tendre la main aux migrants pour les accueillir dignement. Nous avons échangé avec le fondateur du Samu social, qui présente son dernier livre. Un appel à la solidarité et contre l’exclusion.

Accueillons les migrants chez l’Archipel (novembre 2017), 12 euros

C’est un médecin en colère qui a pris la plume pour tirer la sonnette d’alarme. Dans son dernier essai Accueillons les migrants ! (l’Archipel), l’ancien secrétaire d’État chargé de l’action humanitaire d’urgence, entre 1995 et 1997, exhorte les Français à « se réveiller », tant la situation est gravissime : « Des vagues humaines, écrit Xavier Emmanuelli, se répandent sur la route à travers la planète. Des foules de pauvres hères bravent les pires dangers pour rejoindre une terre qui constitue, à leurs yeux, l’ultime espoir. »

Les images des bateaux de fortune sur la Méditerranée, des chaloupes remplies de misérables en quête d’une vie meilleure, ne font plus la une des journaux télévisés, idem pour celles et ceux qui s’entassent sur certains trottoirs des grandes villes… Alors, ça n’intéresse plus autant que durant la « crise » en 2015 ? « C’est surtout qu’on s’habitue à ce phénomène de migration, on se résigne », regrette à UP celui pour lequel la France, terre d’asile, ne remplit plus sa mission première d’accueil. « Ouvrons nos portes, ouvrons nos cœurs », lance haut et fort le fondateur de Médecins du monde.

« Quand Angela Merkel a ouvert les portes de l’Allemagne en 2015, nous glisse-t-il, la France a raté le coche, elle a été myope. » François Hollande aurait pu en profiter, écrit-il dans son essai : « Si l’ex-chef de l’État avait rappelé la tradition d’accueil de notre patrie et avait lancé un appel aux villes et aux villages, prêts à accueillir chez eux des migrants, c’est tout simplement une nouvelle ère qui se serait ouverte. » D’autant que, selon l’auteur, la photo du petit Aylan avait sensibilisé les Français… « Les associations existent, les Français sont généreux », insiste celui qui est à l’origine du Samu Social, avant de poursuivre qu’il faudrait un « sursaut politique » au niveau européen. L’UE est « une administration, une banque, mais moins une entité politique », d’après lui. Dans sa diatribe, Xavier Emmanuelli vise aussi l’ONU, qui « ne fait rien », affirme-t-il : « Les organisations internationales n’aiment pas le changement, ne bougent pas. Elles ne connaissent pas le terrain. »

À quand un nouveau Nansen ?

Le papa du Samu social en est certain : pour que cela bouge sur le continent européen, « il faudrait qu’il y ait un mouvement venu d’en bas, un mouvement citoyen, indigné. Je l’attends encore, personne ne le connait », soutient Xavier Emmanuelli, qui dit « espérer un nouveau Fridtjof Nansen« . Explorateur norvégien, le haut-commissaire pour les réfugiés au sein de la Société des nations, l’ancêtre de l’ONU, avait eu l’idée « fabuleuse » de créer des passeports pour permettre aux apatrides de franchir les frontières au lendemain de la Première Guerre mondiale.

En attendant que celui-ci apparaisse, tel un guide, Xavier Emannuelli passe en revue des clichés qui ont, hélas, pignon sur rue. « On ne peut pas leur proposer l’asile, car il faut déjà s’occuper des sans-abris… » ? « Mais on ne va  opposer nos frères, il n’y a pas de concurrence dans la misère », balaye-t-il. Les migrants piquent le boulot des autres ? « Ce n’est pas vrai et il faut plutôt leur laisser la possibilité de le faire, car ils ne veulent pas juste recevoir une assistance financière », réplique-t-il. « Les immigrés ne peuvent pas s’intégrer en France » ?  Ce préjugé l’agace et, pour contrer cet argument, l’homme né en 1938, plonge dans ses souvenirs : « Tous les immigrés ont rencontré des soucis pour s’intégrer. Les Italiens, les Polonais, on l’a oublié, quand ils sont venus en France, durant le 20e siècle, ils en ont bavé… » Pour l’actuel président du Samu social international, « l’intégration prend du temps, plus d’une génération. Mais, après, tout se passe bien ».


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