La Journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre, est l’occasion de rappeler que, même s’il y a des progrès, les personnes séropositives rencontrent encore trop de barrières en ce qui concerne l’accès à l’emprunt, et donc la propriété.

Qui dit crédit, dit assurance. Et qui dit assurance, dit questionnaire de santé. Sauf que « révéler sa séropositivité lors du questionnaire de santé amène trop souvent à des refus d’assurance et donc parfois d’emprunt, ou à minima à des surprimes et des exclusions de garanties », écrit l’association AIDES dans un rapport publié sur le sujet, à la veille de la Journée mondiale de lutte contre le sida.

À la suite d’un long combat mené depuis les années 90, les associations ont obtenu une modification des critères de la grille de référence de la convention Aeras, qui permet à une personne qui a, ou a eu, un problème grave de santé d’obtenir plus facilement un prêt. Mais pour obtenir un plafonnement des surprimes, les personnes séropositives doivent toujours répondre à des critères de santé très restrictifs.

Des critères restrictifs, des banques ambigües

« On est loin d’une normalisation », souligne Christian Andreo, directeur général adjoint de l’association AIDES. « Le fait que les assurances utilisent différents critères n’est pas fondamentalement choquant, mais on demande des choses qu’on ne demanderait pas aux personnes séronégatives et surtout, nous n’avons pas la certitude que la réglementation soient appliquée. Certaines banques trouvent des excuses pour ne pas accorder de prêts en donnant des explications floues. »

  » Je suis porteur du VIH depuis 2010 avec une charge virale indétectable, j’ai 41 ans. Je souhaite faire un crédit immobilier. J’ai préféré être franc et ne pas cacher mon problème de santé, ce qui m’a inquiété car je ne savais pas si j’étais assurable. J’ai eu un retour d’une étude, où je me retrouve assurable, mais uniquement sur le décès. Ils ne prennent pas en compte l’incapacité temporaire ou totale de travail, ni les pertes irréversibles d’autonomie. En fait, si je comprends bien, sous prétexte que j’ai le VIH, je n’ai pas le droit d’avoir un accident de travail, ou de circulation, ou tout autre pépin de la vie qui n’a aucun rapport avec ma pathologie.  »  Propos entendus sur la ligne d’écoute Santé Info Droits, 2016, et rapporté par AIDES.

Un plaidoyer pour le « droit à l’oubli »

L’exemple de Camille Genton, entrepreneur parisien qui a appris qu’il était séropositif à l’âge de 25 ans, est à ce titre évocateur (voir ci-dessous). Aujourd’hui propriétaire de plusieurs restaurants à Paris, il concède avoir dû mentir sur son état de santé à plusieurs reprises, même si cela est hors-la-loi. Son livre autobiographique, Positif (JC Lattès, 2017), est à lire pour comprendre ce que signifie être séropositif en France en 2017. Aujourd’hui, les personnes portant le VIH, si elles suivent un traitement, vivent aussi longtemps que les personnes séronégatives et ont une charge virale indétectable, donc ne transmettent pas le virus. Mais trop peu de gens le savent, et les préjugés ont la vie dure.

« Peu après avoir appris que j’étais contaminé, un épisode en particulier m’a fait prendre conscience des conséquences sérieuses qu’aurait le VIH dans mon  quotidien. J’étais alors sur le point de faire l’acquisition de mon premier restaurant et d’obtenir un prêt de la banque où j’étais client depuis plus de dix ans. Innocemment, j’ai fait part de la terrible nouvelle à ma banquière, pour justifier quelques ajustements de calendrier. S’est ensuivi un grand silence. J’ai compris  qu’il allait falloir que je reste calme. Elle a eu une voix gênée, empreinte de pitié feinte. Je l’ai détestée. Le directeur de l’agence m’a contacté deux jours plus tard pour m’annoncer d’un air faussement désolé son refus d’octroi de prêt, en prétextant des règles administratives  pour dissimuler sa lâcheté. En un instant, je suis passé  de jeune entrepreneur prometteur à jeune entrepreneur affection de longue durée », écrit-il dans son ouvrage autobiographique, Positif (JC Lattès, 2017).

Camille Genton, qui a lancé une pétition en ligne, plaide pour le « droit à l’oubli » et réclame « une vraie égalité des chances et de traitement, totale et inconditionnelle ». Plus de 2 600 personnes avait déjà signé son appel à la fin du mois de novembre. Pour le moment, le « droit à l’oubli » ne s’applique qu’aux personnes ayant eu un cancer. Si le protocole thérapeutique est achevé depuis plus de dix ans, aucune information ne peut être demandée par l’assureur et la personne n’a pas à mentionner qu’elle a été précédemment touchée par un cancer. Pour les cancers diagnostiqués avant l’âge de 18 ans, ce délai est ramené à cinq ans.

Une méconnaissance des avancées thérapeutique dans la société

Selon un sondage réalisé pour AIDES par l’Institut CSA en octobre 2017 :

  • 87 % des répondants.es considèrent toujours qu’avoir des rapports sexuels sans préservatif avec une personne séropositive sous traitement constitue « un risque élevé voire très élevé » de contamination. À l’inverse, seuls 2 % des Français.es évaluent correctement ce niveau risque, à savoir « très faible voire quasi nul ».
  • Dans la même veine, 71 % des répondants.es pensent encore qu’une femme enceinte, séropositive et sous traitement, fait courir un risque de contamination « élevé voire très élevé » à son enfant à naître. Là encore, seuls 6 % des répondants.es évaluent correctement ce niveau de risque, à savoir « très faible, voire quasi nul  


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