CLIMAT – Il y a deux ans, 169 pays se sont engagés à limiter les effets du réchauffement climatique en acceptant de ratifier l’Accord de Paris. La COP 23, qui se déroule à Bonn jusqu’au 17 novembre, doit à présent transformer les discours en actes. Fanny Petitbon et Anne-Laure Sablé, sont respectivement chargées de plaidoyer pour les ONG Care-France et CCFD-Terre Solidaire. Face à l’urgence climatique, la transition écologique et la solidarité avec les pays impactés doit, selon elles, s’accélérer. Explications. 

UP le mag : Quel est l’objet de cette 23ème conférence sur le climat ? Où en est-on après l’Accord de Paris ?

Fanny Petitbon, CARE France : La COP 23 est un point d’étape très important. Il s’agit à présent de définir la mise en œuvre concrète de l’Accord de Paris. Mais c’est aussi un moment clé pour que les États revoient leurs copies. Pour l’instant, les efforts proposés par les États signataires sont insuffisants. L’Union européenne, qui est le 3ème plus grand émetteur de gaz à effet de serre, souhaite réduire de 80 % ses énergies fossiles d’ici 2050. Il est indispensable à nos yeux que les objectifs des pays européens soient revus à la hausse avec un objectif zéro carbone à l’horizon 2050. C’est pour nous essentiel si nous souhaitons arriver à limiter le réchauffement de la planète en dessous de 2 °C,voire de 1,5°. Il s’agit à présent de se doter d’une politique climatique à la hauteur des transitions nécessaires.

UP le mag : Quelles sont les transitions nécessaires pour ralentir le réchauffement climatique ?

Fanny Petitbon, CARE France : L’abandon des énergies fossiles est essentiel pour un retour à l’équilibre. Il existe déjà des solutions : le solaire et  l’éolien. D’ici à 2050, 139 pays pourraient produire 100 % d’énergies renouvelables. Près de 10 millions d’emploi ont déjà été créés dans ce domaine. Certains pays ont déjà enclenché leur transition énergétique, c’est le cas du Costa Rica. Pour rattraper son retard, l’Union européenne doit arrêter d’investir de l’argent public dans des projets liés au charbon ou au gaz de schiste et investir massivement dans les énergies renouvelables.

Anne-Laure Sablé, CCFD-Terre Solidaire : La transition agricole est pour nous également une priorité.Un tiers des émissions de gaz sont liées à notre système alimentaire, mais c ‘est aussi un secteur particulièrement touché par les impacts des dérèglements climatiques. Pourtant, conférence après conférence, les États continuent de reporter la question de la transition vers un système de production plus respectueux de l’environnement et capable de nourrir la population mondiale. Nous défendons une agriculture paysanne locale, proche du consommateur, qui préserve les sols et les ressources en eau et tout en apportant une autonomie économique aux paysannes et aux paysans. Face à la crise climatique, le modèle agricole industriel ne répond pas aux défis de demain. Il faut repenser ce modèle et accompagner la transition en revisitant les politiques publiques agricoles.

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Crédit : pxhere

UP le mag : Les États responsables de l’émission de gaz à effet de serre ont-ils vraiment pris conscience de l’urgence écologique ? Comment comptent-ils soutenir les pays déjà impactés ?

Fanny Petitbon, CARE France : C’est un fait, les effets du réchauffement climatique déstabilisent le plus des pays qui ont une responsabilité très limitée dans la production des émissions de gaz à effet de serre. Les impacts humains et écologiques sont énormes. En 2016, plus de 23 millions de personnes ont été déplacées à cause du changement climatique. La montée du niveau de la mer entraîne la salinisation des terres, et réduit les surfaces cultivables. Au Pérou, par exemple, la fonte des glaciers met en danger les moyens d’existence de nombreuses personnes. Par exemple,dans la localité de Huancayo, un glacier qui approvisionnait près de 500 000 personnes, aura disparu d’ici 10 à 20 ans. Concrètement comment cette population va-t-elle pouvoir continuer à cultiver la terre ?  Pour aider les populations touchées à rebondir face à ces changements, les pays industrialisés doivent financer leur adaptation, notamment de leurs pratiques agricoles, et identifier la mise en place de sources innovantes de financements pour répondre aux pertes et dommages irréversibles. En utilisant le principe du pollueur-payeur, comme une taxe sur les énergies fossiles ou les transports.

Anne-Laure Sablé, CCFD-Terre Solidaire : La Cop 23 doit être placée sous le signe de la solidarité. 815 millions de personnes dans le monde sont touchées par la faim, selon le dernier rapport de la FAO. Les dérèglements climatiques en sont l’une  des principales causes de la récente hausse de ce  fléau. La justice climatique doit passer par un engagement des pays riches et historiquement responsables de la hausse des émissions de gaz à effet de serre à fournir 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour aider les populations du Sud à s’adapter aux conséquences de l’émission des gaz à effet de serre leur environnement. Nous en sommes encore loin.

UP le mag : Comment les ONG  peuvent-elles contribuer à co-construire avec les États des actions concrètes  pour réduire l’impact du réchauffement climatique ?

Anne-Laure Sablé, CCFD Terre-Solidaire : Nous soutenons une vision basée sur l’agroécologie paysanne qui est une forme d’agriculture respectueuse de nos ressources naturelles et socialement juste. Il est temps d’oser repenser le modèle dominant et de revoir les modèles de production et de consommation. Nous travaillons sur le terrain avec près de 600 associations dans plus de 80 pays à travers  le monde qui, chaque expérimentent et mettent en oeuvre la transition agricole. L’heure n’est plus aux constats mais aux décisions politiques. Pour cela, il faut développer des politiques publiques agricoles ambitieuses en faisant des choix clairs.

Fanny Petitbon, CARE France : Nous mettons en place des modèles pilotes dans de nombreux pays et en avons tiré des enseignements sur les pratiques qui fonctionnent. Notre objectif est aujourd’hui de nous appuyer sur ces expérimentations réussies pour inspirer les politiques publiques de demain et accélérer les transitions vers des modèles sociaux et écologiques durables. 2018 sera vraiment une année test. L’urgence climatique ne peut plus se heurter à l’immobilisme ou aux bonnes intentions. Il est temps d’agir ensemble.

 

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