Entre 2003 et 2016, le nombre de moineaux domestiques (les moineaux les plus communs) a chuté de 73 % à Paris. Le déclin concerne également la France et d’autres pays européens. Mais pourquoi ces oiseaux, qui aiment se nourrir au plus près des plantes sauvages urbaines, ont déserté le cœur des villes ? Et comment s’y prendre pour pouvoir à nouveau les observer voler au-dessus des jardins publics et des bâtiments urbains ?

Le chiffre a été dévoilé il y a peu, trois quarts des moineaux parisiens ont disparu des radars en quatorze ans. C’est le résultat d’une étude menée par une cinquantaine de bénévoles de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et le Centre ornithologique Île-de-France (Corif) , regroupés sur près de 200 zones de la capitale. La tête en l’air, ces derniers, munis ou non de jumelles, ont observé les populations de ces oiseaux pendant 10 minutes deux fois par an (en mars-avril ainsi qu’en septembre). C’est Frédéric Jiguet du Muséum national d’histoire naturelle qui a analysé les données recueillies, en essayant de formuler quelques hypothèses d’explications.

Pourquoi les moineaux s’éloignent-ils des centres-villes ?

« Les causes du déclin du moineau à Paris ne sont pas démontrées, explique Frédéric Malher, le président du Corif, mais on peut supposer que cela tourne autour de leur difficulté à trouver des sites de nidification à la suite des opérations de rénovation ou d’isolation thermique » d’anciens bâtiments, les immeubles haussmanniens par exemple. En effet, ces cavités sont rebouchées, obstruées lors de ces chantiers. Or, c’est dans ces cavités que nichent les moineaux.

« Plus le prix du mètre carré est élevé, moins il y a de moineaux », relève en outre Olivier Païkine, chargé d’études à la LPO Île de France. Quand des quartiers sont réaménagés, les agents municipaux les entretiennent davantage. Conséquence : les végétations sauvages, jugées indésirables et peu décoratives par certains et qui poussent sur des friches ou, encore, sur les fissures du bitume, du trottoir, disparaissent. Mais c’est ici que les moineaux peuvent trouver leur bonheur, leurs ressources alimentaires. Les petits se nourrissent d’insectes et ces derniers manquent aussi à l’appel.

Par ailleurs, « l’expansion de l’urbanisation pourrait être à l’origine d’une diminution des mouvements et des échanges entre les zones urbaines et agricoles et, sans apport d’individus extérieurs, les populations urbaines de moineaux auraient du mal à se maintenir », souligne Olivier Païkine, évoquant également « la prédation naturelle», le moineau étant chassé par d’autres espèces comme la chouette, l’épervier, le faucon, ainsi que le chat.

Un déclin parisien, mais aussi français et européen

À Paris, le déclin est plus important que dans le reste du pays. Sur le territoire français, « les tendances, calculées par des comptages par point, sont nettement plus précises, nous explique Frédéric Malher, le président du Corif. En 17 ans, les populations ont baissé de 22 % (le déclin est modéré) et de 17 % si l’on compte les dix dernières années, selon des chiffres calculés par le Muséum d’Histoire naturelle à partir du programme STOC (de Vigie-Nature, ndlr).»

Le Corif rappelle que le nombre de moineaux est aussi en chute libre dans d’autres villes européennes. Le déclin est irrégulier selon les quartiers, mais il a été important à Hambourg, en Allemagne, à Prague, en République tchèque, ou encore à Glasgow, en Écosse, ces dernières années.

les moineaux parisiens ont déserté la ville de Paris

Les moineaux désertent la capitale.

Mais au fait, on en compte combien sur notre territoire ?

« Dans Les oiseaux nicheurs de Paris (paru en 2010 mais reposant sur un travail de terrain allant de 2005 à 2008), répond Frédéric Malher, nous n’avions pas pu proposer d’effectif, mais on peut considérer qu’ils représentaient entre 15 et 50 000 couples. Pour la France, l’Atlas des oiseaux nicheurs de France métropolitaine, publié par la LPO en 2016 sur des données datant de 2009 à 2012, donne une fourchette de 4 à 7 millions de couples. »

Comment les faire revenir ?

Le travail de revégétalisation des villes fait partie des solutions. « Les bonnes pratiques, souligne Olivier Païkine, c’est de diminuer les traitements chimiques, de conserver les plantes dites indésirables, les mauvaises herbes, ainsi que les cavités ». D’ailleurs, à ce sujet, la LPO a publié un guide pratique pour inciter les acteurs du bâtiment à prendre en considération la biodiversité dans les rénovations et les constructions.

L’idée : impliquer les architectes et les constructeurs… mais aussi les citoyens, comme l’explique Frédéric Malher. « Nous sommes en train de mettre sur pied une campagne visant à inviter les Parisiens à intervenir par la pose de nichoirs et/ou la végétalisation des espaces privés ou publics. Dans ce cadre, l’initiative de la Mairie de Paris, de proposer aux habitants de végétaliser les pieds d’arbres va dans le bon sens. »


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