PORTRAIT – Certains enseignants parlent en classe de développement durable. Mais de quelle manière ces derniers se mobilisent-ils ? UP le mag, pour le savoir, a rencontré Ryem, un prof de SVT (sciences de la Vie et de la Terre) depuis trois ans. Celui qui vient d’entamer sa troisième rentrée au lycée Jacques Brel compte mettre en place avec ses élèves un rucher et un potager. Depuis ses débuts, il essaye d’inculquer aux jeunes des réflexes éco-responsables.

Sur la photo, on le voit par terre, allongé sur le ventre, à côté d’un gobelet de café. Une trace de rouge dans son dos sur sa chemise blanche a été dessinée et un autre tracé ocre entoure son corps. Ryem, 26 ans, a voulu reproduire une scène de crime face à ses élèves. Ce prof de SVT ne se contente pas d’enseigner sa discipline à ses élèves en seconde du  lycée de La Courneuve, mais il souhaite les « surprendre » lors de l’option non obligatoire « méthode et pratiques scientifiques » (MPS) que choisissent certains jeunes à leur arrivée au bahut. Une heure et demi chaque semaine au cours de laquelle il parle alimentation, santé, mais aussi investigation policière. D’où le scénario de sa mise à mort. « Ils ont bien aimé », sourit-il deux ans après. Ryem, qui vient d’entamer sa troisième rentrée, était parti d’une invention que ses protégés avaient imaginée en classe : un outil permettant de charger un smartphone… pendant plusieurs secondes. Pendant quelques instants, grâce à un branchement électrique et un pont de diodes, un iPhone avait pu gagner un peu de batterie et, pour parler de la relation entre les sciences et les enquêtes policières, l’enseignant, qui se la joue un brin comédien, avait imaginé qu’il avait été tué pour avoir tenté de voler le néo-chargeur, en vue de le breveter et gagner de l’argent.

« Perdu le contact avec la nature »

Tout ça pour « surprendre » ses élèves, donc, et attirer leur attention au cours de plusieurs cours, qui ne sont pas notés. Et ça marche plutôt bien. « Les élèves en seconde sont jeunes, pas forcément faciles à tenir, mais ils sont très curieux et dynamiques. » Et du coup il en profite, durant ses heures d’option, pour leur inculquer quelques notions de… développement durable, son autre grand dada. Ce citadin ou banlieusard apprécie le contact avec la nature et « adore » parler de biodiversité à ses lycéens. « Ils aiment bien mettre la main à la terre. Ils détectent des insectes, ils les touchent. En principe, c’est avec des élèves en primaire que l’on organise ce genre d’atelier, mais, à La Courneuve, on peut, car ce sont des citadins qui ont perdu le contact avec la nature… »

Depuis 2015, il ne s’est pas privé. Il a organisé des séances pour répertorier la flore de son lycée, planté quelques arbres dans l’enceinte, mais pas seulement. En septembre 2015, pour sa première année en tant que prof titulaire, puisqu’il n’a pu, comme souhaité au départ, emmener ses élèves à la COP21 en raison des attentats parisiens, il a invité sa classe – dans le cadre de l’option, toujours – à simuler une réunion entre négociateurs de quelques pays comme l’Allemagne ou la Chine. « C’était très intéressant, glisse Ryem, ils ont réussi à cerner les enjeux pour ces pays en ce qui concerne le réchauffement climatique. »

But de l’opération : que les élèves se rendent compte par eux même et…  changent de comportements au quotidien. Et d’abord au lycée. Cette année, Ryem espère mettre en oeuvre, d’ici l’hiver, un potager avec ses élèves de seconde, mais aussi un rucher avec l’aide d’une association d’éducation à l’environnement, qui interviendrait en classe. Celle-ci pourrait également l’aider à concevoir une « grainothèque au CDI ». L’idée ? Qu’à terme, de nombreux établissements disposent d’un réservoir conséquent pour qu’ils puissent s’échanger des graines. Pour une noble cause : faire pousser, à La Courneuve, en particulier, des espèces végétales disparues sur cette terre, « jadis maraîchère », souffle-t-il.

Des éco-délégués

« Inculquer des réflexes éco-citoyens » aux élèves (DR)

Mais « le Monsieur développement durable du lycée », comme on l’appelle sur place, ne s’arrête pas en si bon chemin : comme l’établissement ne trie pas encore ses déchets en papier, il a impliqué quelques élèves pour que le bahut saute le pas au plus vite. En attendant l’installation imminente de différents bacs de poubelle, il compte inciter ses « éco-délégués » – en réalité d’anciens élèves aujourd’hui en première et en terminale, qu’il a séléctionnés l’an dernier –  à sensibiliser leurs camarades au recyclage durant leur temps libre. Affaire à suivre, c’est son programme du début d’année.

« Pas un extrémiste »

Lui ne se voit pas comme un « extrémiste », ne provient pas d’une famille d’ « écologistes », mais il dit trier son papier, veut faire attention à sa planète,  et explique être agacé quand certains jettent des mégots dans la rue. Une sensibilité verte qui remonte à plus loin que ses premiers souvenirs. « Ma mère m’a raconté que, quand j’étais plus jeune, j’avais invité une fois mes copains à nettoyer le parc des Buttes-Chaumont », sourit ce garçon qui se rappelle avoir été alors « branché dinosaures et planètes ».

Ryem, aujourd’hui, ne se sent pas « investi d’une mission divine », mais il a l’impression d’avoir  » plus d’impact «  que ses proches non-prof, par exemple. Mais pas parce qu’ils ne font rien, bien au contraire. Tout simplement car, dans la mesure où il parle à de nombreux jeunes chaque année, il peut tenter de les convaincre sur de nombreuses choses – comme le tri des déchets, donc – et leur inculquer quelques réflexes éco-citoyens qui resteront toute une vie. Et même si cela ne rentre pas forcément dans le programme officiel de la SVT. Ça, il n’en a cure. Il y a des choses plus importantes que ses cours, alors il fait sa part du colibri.

Dans un prochain article, nous retrouvons Ryem et ses élèves.


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