Les récents incendies, qui ont touché le Sud-Est de la France ont des effets néfastes sur la biodiversité. La nécessaire végétalisation prendra du temps, surtout que certains arbres étaient centenaires, mais les sites affectés pourront retrouver leur richesse.

Des centaines d’hectares de forêt ont brûlé dans le Sud-Est (et notamment dans le Var), obligeant parfois des habitants à être évacués temporairement pour des questions de sécurité. Quelles sont les conséquences sur la faune et la flore et comment procéder pour le reboisement?

Faune menacée

Quand un feu se déclare et ravage des hectares de végetation, certaines espèces animales sont en péril. Dans le Sud-Est de la France, touché par des incendies, les spécialistes s’inquiètent. Exemple, dans la région de Ramatuelle, au cœur du département du Var, où se trouvent une centaine de tortues d’Hermann, hélas en voie d’extinction. Comme elles ne peuvent se déplacer, « il est à craindre que localement, la survie de la population de (ces) tortues terrestres soit hypothéquée, explique à l’AFP le délégué régional du Conservatoire du littoral, François Fouchier. On va retrouver des carapaces brûlées« .

Néanmoins, certains mammifères – sangliers, écureuils roux, lapins, fouines – ont pu déguerpir pour échapper aux flammes. Pour autant, cela repousse le problème, explique, sur le site de l’Obs, Camille Casteran, chef de secteur pour le parc national de Port-Cros (au sein de l’archipel des îles d’Hyères) : « Ils ont fui sans trop savoir où aller, et leur habitat est détruit. »

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Flore ravagée

Sur le site de l’Obs, Camille Casteran poursuit : « Nous avions 630 variétés de plantes référencées. On pouvait trouver trois espèces de pins par exemple : le pin parasol, le plus emblématique du pourtour méditerranéen, mais aussi le pin d’Alep et le pin maritime. Ils ont été très touchés et on recense de grosses pertes au niveau de ces peuplements. Ils n’ont pas tous brûlé, mais là où le feu a été le plus critique et que tout a grillé, le paysage est devenu lunaire, c’est désastreux. » Là, presque l’ensemble du site du parc a été touché par les flammes : « Sur les 400 hectares du parc, détaille-t-il, les 3/4 sont partis en fumée. » Au Figaro, il avait aussi précisé que depuis 1978, la région avait été épargnée par les incendies.

D’après Michel Vennetier, ingénieur forestier et docteur en écologie interrogé par LCI, « la forêt a (cependant) l’habitude de vivre avec le feu et elle est constituée d’espèces habituées à se régénérer. » Pour lui, « certaines ont même besoin de perturbations telles que le feu pour se renouveler. C’est par exemple le cas d’un certain nombre d’arbres qui sèment des graines qui attendent précisément un événement de ce genre pour germer. » Mais pas trop non plus d’épisodes d’incendie : pas plus d’un feu tous les 10/15 ans.

Vegétalisation

La biodiversité retrouvera forcément sa richesse, mais ça prendra du temps. Pour Camille Casteran, il faudra « des dizaines d’années » car « des pins parasols centenaires sont morts, or ça peut prendre des siècles pour retrouver des arbres aussi majestueux ».

Éric Rigolot, ingénieur spécialisé sur l’impact du feu sur la végétation au sein de l’unité Ecologie des forêts méditerranéennes (qu’il dirige à l’Inra d’Avignon), pense qu’on a « affaire à une forêt (méditerranéenne)  relativement bien adaptée aux incendies : les conifères (pin maritime et pin d’Alep) repoussent assez rapidement, leurs graines étant souvent protégées au cœur des cônes durant le passage du feu, et les feuillus (notamment le chêne-liège, protégé par son épaisse écorce, ou encore le chêne vert) repartent en produisant des rejets au niveau de leur souche qui, dans le sol, a été préservée au moment du passage des flammes », explique-t-il à La Croix.

Un chêne pubescent

La solution peut être également de changer d’espèces. Et d’opter pour « des feuillus capables de mieux résister au passage du feu et en rangs serrés, de façon à empêcher le développement des arbustes de garrigue propagateurs d’incendies », explique le chercheur au CNRS et écologue Michel Thinon sur le même site. Celui-ci anime l’Association pour le reboisement et la protection du Cengle et Sainte-Victoire (ARPCV), qui s’est occupé de replanter le massif de Saint-Victoire (situé à l’est d’Aix-en-Provence) après un feu en 1986 et un autre trois ans plus tard. Actuellement, on peut voir chênes pubescents ou blancs, érables de Montpellier, houx et ifs, « moins inflammables que le ciste, le thym, le romarin et la bruyère, véritables dépôts d’essences ou buissons ardents en puissance », glisse Michel Thinon.


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