La tendance grandit au fur et à mesure des années, partant presque toujours des réseaux sociaux. Le don fait partie du quotidien de plus en plus de Français, dans une époque où les budgets des ménages se rétrécissent.

Quelque part dans Paris, Elodie déménage. Dans son appartement, des cartons s’empilent, enfermant des disques, des livres, des vêtements et autres objets. Après avoir effectué un tri dans ses affaires, elle met de côté ce qu’elle veut donner. Après cet instant de rangement, elle prend en photo un petit meuble dont elle veut faire don, qui trouvera rapidement preneur en la personne d’Alexandre, qui lui est en situation de recherche. Le « match » matériel va se faire et Alexandre va pouvoir repartir avec ce précieux sésame, alleluia ! Geev a bien fait son travail. Il ne leur restera plus qu’à s’arranger pour se retrouver et procéder au don.

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Facebook, terre d’accueil 2.0

Anciennement Adopte un objet, Geev était d’abord une simple page Facebook. Elle est née des esprits de quatre start-uppeurs (Florian Blanc, Hakim Baka, François Penin et Clément Follin-Arbellet), avec la ferme volonté de ne plus laisser des objets abandonnés joncher les rues des grandes villes. « Un des cofondateurs avait constaté un nombre grandissant d’objets abandonnés dans la rue et ça lui était insupportable, raconte Florian Blanc. L’idée était donc de créer une petite communauté, à l’origine sur Facebook, pour que les gens proposent leurs objets et que d’autres puissent les récupérer ».

Mais très vite, le groupe Facebook, qui passe de 10 000 à 150 000 utilisateurs en moins d’un an, montre ses limites : confidentialité limitée, messages saturés, et surtout peu de transparence de la part du réseau social sur la politique de groupe. « L’idée était donc de mettre en place un outil qui serait complètement pensé et dédié au don d’objets », affirme Florian Blanc. En mars dernier, l’application Geev naît.

Disponible sur Apple et Android, elle est ergonomiquement très facile d’utilisation : l’outil vous propose une sélection d’objets à aller chercher autour de vous ; si quelque chose vous intéresse, vous n’aurez plus qu’à appuyer sur l’objet en question, apparaîtra alors une mention « réservé ». Un système de pièce a été mis en place qui vous permet de choisir l’objet en question, mais aussi d’en proposer. A ce jour, l’application, disponible à Strasbourg, Bordeaux, Paris et Lyon principalement, a été téléchargée plus de 100 000 fois.

Sur l’application, on trouve majoritairement des meubles de rangements, du matériel électroménager et quelques vêtements. « Tu as de tout, mais pas mal d’électroménager, comme des frigos, des gazinières, des choses assez difficiles à bouger. Tu as des gens qui déménagent et emmènent, avec leurs habits, mais pas les meubles trop lourds, en règle générale », nous dit Lucile, une utilisatrice (très) régulière de l’application. Pour cette parisienne, Geev est un moyen d’aller à la rencontre des gens. « C’est bien de savoir qui me donne l’objet, et de discuter sur la raison pour laquelle elle donne », affirme-t-elle. Le procédé est vertueux, pour une application gratuite. Entièrement gratuite ?

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Le temps, c’est de l’argent

Pour le grand public en tout cas, Geev compte bien ne pas trahir sa communauté avec une offre subitement payante. « Mais nous discutons actuellement avec des partenaires pour proposer, à ceux qui le veulent, une offre de transports, une demande assez forte qui est remontée de la communauté, et une offre entreprise pour sensibiliser les salariés au don d’objets », selon Florian Blanc qui nous l’assure, le grand public ne sera pas impacté par ce début de monétisation, passage obligé pour une application qui veut survivre parmi une multitude.

Parmi ce nombre grandissant d’applications de dons, il y a Bon Débarras. Créée en 2016 par Bastien Guers (passé notamment par Le Bon Coin), elle veut « répondre à deux problèmes : « environnemental puisque nous essayons de réduire le gaspillage et promouvoir le réemploi et social, car l’application permet à ceux dans le besoin de trouver des objets « utiles » qui, autrement, impacteraient fortement leur budget et des objets plus « loisirs » qu’il ne pourraient pas acheter », détaille Bastien Guers.

Calquée sur le même modèle que Geev (elle aussi a d’abord existé sur Facebook), Bon Débarras, disponible uniquement sur Google Play et téléchargé plus de 30 000 fois, se veut être la courroie de transmission parfaite entre l’action de donner et jeter. « Certaines personnes peuvent être intéressées par des choses que nous trouvons complètement inutiles, mais peuvent aussi avoir une utilisation nouvelle d’un objet », se réjouit Bastien Guers, dont on sent l’envie d’être utile à une société qui compte de plus en plus ses sous, parce que la vie est de plus en plus chère.

En fait, on n’aura jamais assez d’applications, car l’entraide ne doit jamais avoir de fin. C’est, en filigrane, ce qu’on sent chez Florian Blanc, mais aussi chez Bastien Guers. Geev et Bon Débarras n’ont pas été construits dans une logique de rentabilité, mais dans un souci d’aider l’autre en temps de crise, et de réduction constante de budgets pour les familles modestes. Et ça, ça compte.

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