Après avoir expliqué ce qu’est la taxe carbone et comment elle fonctionnait dans un précédent article, UP le mag a interrogé Jean-Baptiste Poncelet, responsable des programmes de France Nature Environnement.  

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Est-ce que la taxe carbone est efficace en France ?

Elle été mise en place en 2014 sous le gouvernement Ayrault. Le taux initial a été fixé à 7 euros la tonne de CO2, l’objectif est d’atteindre 100 euros en 2030. Aujourd’hui, elle est établie à 30 euros la tonne. Le signal-prix n’est donc pas encore assez important pour faire évoluer les comportements. Surtout qu’au moment de sa mise en place d’autres taxes ont été réduites et qu’aujourd’hui le marché du pétrole fait que les prix sont assez bas. Quand on sera à 100 euros la tonne en 2030, le signal sera important car il y aura un vrai impact sur la facture à la pompe. Il faudra alors accompagner cet enchérissement par une organisation et une offre de mobilité alternative. Nous sommes bien dans une notion de transition.

Comment France Nature Environnement a-t-elle accueilli l’annonce de Nicolas Hulot visant à relever le montant de cette taxe carbone ?

Cela va dans le bon sens, d’autant plus qu’elle est couplée avec un rattrapage de la fiscalité de l’essence et du diesel pour supprimer le différentiel qui a favorisé le diesel, alors qu’il est à l’origine d’un scandale sanitaire. Mais il existe encore un certain nombre d’incohérences sur les niches fiscales sur le kérosène ou le transport de marchandise par exemple. Il faut supprimer ces exonérations car cela fausse la donne.
Pour l’instant, il faut continuer à appliquer la trajectoire qui a été définie dans la loi transition énergétique. C’est pour cela que le projet de loi des finances publiques (PLF) 2018 sera important, on devrait alors passer à 39 euros la tonne de CO2 en 2018.

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Au-delà de ces exonérations, que pensez-vous des émissions de C02 de l’agriculture, un secteur non concerné par la taxe ?

La question de l’agriculture se pose, mais de manière plus globale. On doit faire évoluer notre agriculture et aller vers une agro-écologie. Aujourd’hui l’agriculture au sens large est très impactante. Et le modèle n’est pas fiable. L’agriculture industrielle repose sur une utilisation d’intrants (carburants pour tracteur, engrais chimiques, pesticides) et ça a un coût économique et sanitaire très fort.Il faut penser réduction de la dépendance au pétrole de l’agriculture mais via une évolution plus globale de l’agriculture pour aller vers l’agro-écologie.

Les états généraux de l’alimentation vont être lancés cet été, auxquels nous allons participer fortement. La question de nos modèles agricoles va être posée. France Nature Environnement sera très impliqué.

Quels autres axes d’amélioration concernant l’efficacité de la taxe carbone envisagez-vous ? Est-ce que la question de la sensibilisation du grand public en fait partie ?

Il faudra être vigilant sur l’utilisation des recettes issues de cette taxe. Il faudra que ces ressources financent bien des alternatives pour offrir une mobilité plus durable. Ensuite, la pédagogie est essentielle. On le voit bien avec l’échec de l’écotaxe poids lourds. Cette écotaxe n’a pas été portée, ce qui a tué le dispositif. Alors qu’une petite dizaine de pays européens utilisent des systèmes similaires et que le transport routier fonctionne très bien. Il faut expliquer le sens des mesures et ce qui va être fait. Par ailleurs, nous espérons qu’il y aura un jour une fiscalité taxe carbone européenne. Nous devons aller vers cet objectif. Voire même vers une fiscalité mondiale.


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