PORTRAIT – Depuis bientôt un an, Julien Vidal adopte chaque jour une solution pour un mode de vie plus responsable. Pour en témoigner, il alimente le site Ça commence par moi. Porté par l’élan du projet, les retours positifs et le sentiment de s’être trouvé, le trentenaire bien dans ses baskets (éthiques) fourmille d’idées pour étendre le projet et donner à tous les moyens d’agir, à son échelle, comme il le fait.

« Tenez, je vous redonne cette paille », fait savoir Julien Vidal au serveur qui vient de nous apporter nos boissons, en lui tendant le bout de plastique coloré. L’homme de 31 ans, chemise à carreaux et barbe aux joues, a en effet banni de son quotidien ces objets en plastique, inutiles pour la grande majorité des personnes et pourtant polluants. Ce changement n’est pas le seul que Julien Vidal a entrepris. Très exactement, depuis le 1er septembre 2016, il en a testé et adopté un par jour, tout en documentant ce défi sur un site dédié pour le projet.

Un héros ? Ne lui dites surtout pas ça. Ce Grenoblois d’origine, qui se définit comme un “monsieur tout le monde”, s’est lancé dans ce projet à son retour en France en avril 2016. Après plusieurs années passées à l’étranger, où il a travaillé sur des missions humanitaires pour des ONG en Colombie et aux Philippines, lui et sa compagne ont ressenti le besoin de poser leurs valises dans leur pays natal. Et le moment leur a semblé particulièrement propice. « On sentait qu’il se passait quelque chose en France, avec l’effervescence autour des initiatives citoyennes, la montée en puissance de l’ESS (économie sociale et solidaire, ndlr) », se souvient-il. C’est certain, Julien Vidal a envie de participer à cette émulation en mettant en pratique les valeurs développées à l’étranger et la « sobriété heureuse » qu’il a vécue. Mais comment ?

capture d'écran - ça commence par moi

capture d’écran – Ça commence par moi


Se réinventer  

« J’avais la chance de pouvoir me réinventer à mon retour de l’étranger et donc d’adopter un nouveau mode de vie, en prenant de nouvelles habitudes », explique-t-il. Mais pas question que cela ne concerne que sa vie professionnelle. Changer le monde, tout un chacun peut y participer à son échelle, au quotidien, en ayant un job, des enfants, peu de moyens. C’est ce qu’il veut montrer, tout en s’opposant à cette idée pessimiste typiquement française, selon laquelle il est impossible de changer quoi que ce soit face à des politiques ou grosses entreprises, jugés tout puissants et corrompus. « J’ai compris que chacun a le pouvoir d’agir, que tout individu pouvait avoir un impact fort.» 

Changer le monde ? Et si ça commençait par moi ? se dit-il. La machine est lancée et le titre du projet tout trouvé. Chaque jour, pendant un an, il va expérimenter et adopter une solution. Dès le 1er septembre 2016, le site est en ligne, il rédige son premier billet. Il raconte comment il en est venu à coller une étiquette Stop pub sur sa boîte aux lettres. S’engager auprès des internautes à rédiger un billet tous les jours est une manière de ne pas succomber aux sirènes de la flemmardise ou de la procrastination, notamment les jours d’hiver. Et de conserver son élan. Surtout, c’est une manière de partager avec d’autres citoyens cette volonté d’agir à son échelle. Les petits ruisseaux et les grandes rivières, tout ça.

Presqu’un an après le lancement de ce projet, Julien Vidal a ouvert un compte dans une banque éthique, porte des baskets responsables, se promène toujours une gourde sur lui, consomme de l’électricité verte, fabrique son propre dentifrice, fait ses courses dans un supermarché coopératif…  Sur toutes les actions réalisées, « au moins 90% mais très certainement plus » sont devenues des habitudes. Seules quelques unes ne l’ont pas totalement convaincu : il a lancé tomber goodeed, qui permet de faire des dons en regardant des spots de pub. Autre petite déception, il n’a pas encore réussi à faire pousser des champignons dans son appartement. « Mais j’y arriverai ! », assure-t-il. Nous aussi.

Accélérateur de changement

Ce projet, il le fait pour lui mais aussi pour tous ceux qui ne savent pas par où commencer pour agir. Pour autant, il n’est pas question pour Julien d’être moralisateur, le jeune homme s’inscrit plutôt dans « l’exemplarité ». Il cherche à montrer que c’est possible et à inspirer. Après chacun fait ce qu’il veut, comme il veut. D’ailleurs, sa compagne ne partage pas toutes ses initiatives, même si elle a testé durant une semaine des solutions liées aux femmes en mars dernier. « Florence est 80% curieuse, 10% fascinée, 10% exaspérée », s’amuse-t-il.

Finalement, « ce projet est un accélérateur de changement. Et puis j’ai rencontré plein de personnes, je me suis nourri de plein d’idées ». Surtout, il se sent heureux. « J’ai le sentiment de m’être réapproprié ma vie, de ne plus subir, de m’être réveillé ». Il l’affirme, « changer le monde est devenu cool. C’est fini l’époque où l’écologie était au mieux moralisatrice, au pire catastrophique. Aujourd’hui, l’écologie est synonyme de solutions, c’est positif ». 

Et le garçon ne compte pas s’arrêter là. Déjà, il compte bien aller au bout de son défi. Il a déjà établi la liste de ses envies positives à tester, parmi lesquelles figurent des solutions pour passer des vacances responsables. Une fois les 365 actions réalisées, et son CDD au sein de l’association Unis-Cités terminé, il compte se donner à 100% sur Ça commence par moi. L’objectif est de faire connaître ce site au plus grand nombre, pour offrir à ceux veulent agir eux aussi, une mine d’informations et de solutions testées et adoptées. Et pourquoi pas publier un livre pour raconter les coulisses de ce projet ? Il projette également de calculer l’impact concret de ces actions. « J’ai l’intuition que si tout le monde agissait comme moi, notre planète nous suffirait. Alors que si tous les Humains consommaient comme les américains, il en faudrait 4 ! C’est ce que j’aimerais pouvoir démontrer.»

Toujours dans la dynamique de Ça commence par moi, il vient d’intégrer l’incubateur Antropia de l’école de commerce Essec. Son projet ? Développer des événements et des ateliers à l’échelle nationale, pour diffuser les bonnes pratiques. « L’idée serait de mettre en place des sortes de réunions Tupperware, où les personnes s’auto-entraident, s’échangent des solutions », résume-t-il.  Ça commence par moi, et ça continue… avec les autres.


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