Le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot a annoncé jeudi 6 juillet « la fin de la vente » des voitures diesel et essence d’ici à 2040 en France. Voici quelques clés de compréhension sur ce sujet.

Ce que prévoit le plan climat

Cette mesure a été faite dans le cadre de l’annonce du plan climat du gouvernement qui prévoit, au chapitre mobilité, « la convergence de la fiscalité essence-diesel ». Autrement dit, la fin du diesel moins cher que l’essence. Avec des compensations, pour les conducteurs, longtemps encouragés à se tourner vers le diesel. Le plan prévoit « une prime à la transition pour remplacer les véhicules qui ne sont pas éligibles à la vignette Crit’air (véhicules essence d’avant 1997 et diesel d’avant 2001) ». L’achat de poids lourds roulant au gaz sera aussi favorisé via la fiscalité. Côté investissement, il y aura un « fonds pour la mobilité durable »  pour « soutenir le développement des infrastructures de recharge et les initiatives innovantes ».

Tout cela doit permette d’atteindre un objectif ambitieux : « mettre fin à la vente de voitures émettant des gaz à effet de serre en 2040 ». Ce qui est à la fois proche…et loin ! (l’auteure de ces lignes aura alors 50 ans !). Mais la France ne fera pas cavalière (ou plutôt automobiliste verte) seule, puisque cette position sera portée « aux niveaux européen et international », indique le document. Nicolas Hulot cite notamment l’Inde, qui prévoit d’arrêter la vente de véhicules à essence d’ici 2030.

Ce qu’en disent les industriels

« Nos constructeurs ont dans leurs cartons de quoi alimenter cette promesse », a affirmé le ministre dans son allocution. C’est vrai, la plupart des grandes marques de voitures planchent sur une transition vers des véhicules non ou (moins) émetteurs en CO2, rappelle cet article du Parisien. Le groupe PSA prévoit ainsi de produire 80% de voitures électriques ou hybrides d’ici à 2023. Renault-Nissan, « leader mondial de l’électrique », se montre également optimiste. Du côté des constructeurs étrangers, Volvo fixe même la fin des moteurs 100 % diesels ou essence à 2019… au plus tard !

Sauf que les véhicules hybrides, même s’ils sont moins émetteurs en gaz à effets de serre, le sont tout de même. Ils ne permettront donc pas d’atteindre l’objectif affiché. Et, pour l’électrique, le défi reste à relever. « Faire des voitures électriques de luxe, des Tesla ou des Volvo, à 150 000 euros, tout le monde sait faire. Arriver à avoir une masse de véhicules électrifiés autour de 20 000 euros, là c’est un vrai enjeu technologique », affirme François Roudier, porte-parole du Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA), sur France Info. Il pointe aussi deux nécessités : l’amélioration des batteries et le déploiement d’un vrai réseau de bornes de recharge.

Ce qu’en disent les assos environnementales

Le Réseau Action Climat-France, qui réunit les principales organisations environnementales, estime que l’augmentation de la taxation du diesel va « dans le bon sens », mais « doit s’opérer par un alignement sur celle de l’essence et non via une convergence vers le milieu », donc une hausse de prix. De plus, les associations observent que  « le gouvernement fait le choix de financer une prime à la conversion automobile sans annoncer de soutien financier aux personnes ou aux collectivités pour développer les autres types de mobilité ». On pense notamment au vélo et aux transports en commun.

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Ce qu’on espère

Comme le remarque les associations, c’est bien beau de booster l’électrique, mais attention à ne pas en faire l’unique solution. D’une part, parce que l’électricité, il faut la produire… Ce qui amène directement à la question des énergies renouvelables ; or, le plan Climat ne mentionne pas clairement la fermeture des réacteurs nucléaires. De plus, la production des batteries utilisées dans les voitures électriques est polluante, et leur recyclage également.

En fait, au-delà de la source d’énergie qui alimentera les véhicules, c’est l’usage de la voiture qu’il faut questionner, pour aller vers plus de partage et moins d’embouteillage, et des transports accessibles à tous. D’ailleurs, dans le cas d’un scénario où les véhicules seraient plus partagés, et l’usage d’autres transports généralisé, l’ADEME imagine qu’on passera de 35 millions de véhicules aujourd’hui à 22 millions en 2050. Ce serait plutôt pas mal, surtout si la majorité de ces véhicules sont non émetteurs !

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