Les associations Le Carillon, Cap ou pas cap et le restaurant la Cantine du 18 a installé le premier frigo solidaire de Paris, il y a un mois. Rien à voir avec un coup de com’, la jeune restauratrice à la tête du lieu avec sa maman, cherche à créer du lien dans ce quartier qu’elle affectionne et donner accès simplement à de la nourriture à ceux qui en ont besoin, tout en évitant le gaspillage pour d’autres.  

Il mesure un mètre de haut, 60 de large. Il est muni de roulette et habillé de bois… et il est terriblement attachant. Ce frigo anti-gaspi et solidaire installé, depuis un mois devant le restaurant Cantine 18 à Paris, est accessible à tous, sans condition. Des personnes peuvent y déposer les denrées alimentaires qu’ils ne consommeront pas et d’autres peuvent les récupérer librement en se servant directement dans le frigo.

En ce début de soirée d’un jour de juillet, il contient des yaourts au chocolat, d’un paquet de pain de mie, d’une salade niçoise maison. Et il y a fort à parier qu’il sera vide au moment où le frigo sera rentré à l’intérieur. « Au début, les fruits et les légumes déposés dans le frigo ne partaient pas et pourrissaient », se rappelle la pétillante Dounia Mebtoul, qui a ouvert ce lieu il y a quatre ans avec sa maman et qui est à l’initiative de ce projet avec les associations Le Carillon et Cap ou pas Cap. Quelques articles de presse plus tard, et le temps que les personnes s’approprient le frigo, ça fonctionne. «  Depuis deux semaines, tous les jours, à la fin de la journée, il est vide. »

L’idée est née il y a quatre mois. Dounia tombe sur un article traitant du Brixton Bridge, un frigo solidaire qu’elle avait vu à Londres quand elle y vivait. « Cette idée m’a tout de suite interpellée […] Le fait que ce soit en extérieur peut enlever la gêne ou la honte que des gens peuvent ressentir. Ce n’est pas la même chose que devoir faire les poubelles. » En faisant quelques recherches, elle se rend rendue compte qu’il n’en existe pas à Paris. Il y en a bien un à Metz et un autre à Marseille mais, ces frigos sont installés à l’intérieur d’associations, pas en libre-service dans l’espace public. Elle en parle à sa maman et l’équipe du restaurant : tout le monde est emballé.



« Quand tu reçois, il faut toujours donner »

Ce projet s’accorde parfaitement avec les valeurs de la Cantine du 18. « Dès le début, nous avons voulu que ce restaurant devienne un lieu culturel et associatif, fait d’échanges et de partages, explique Dounia Mebtoul. C’est pourquoi, nous mettons à disposition gratuitement notre salle de 130 m² au sous-sol pour les réunions d’associations ou de partis politiques. Nous y organisons également des projections, des débats etc. » Comme lui a inculqué sa maman : « Quand tu reçois, il faut toujours donner. » Ce grand restaurant, au coeur de Paris était une chance, il fallait qu’il bénéficie à d’autres dynamiques.

frigo solidaire @Alexandra Luthereau

Le Frigo solidaire de la Cantine 18 @Alexandra Luthereau

Bien mais sûr, installer un frigo solidaire ne se fait pas en un claquement de doigts. Cela demande du temps, de l’argent et de la logistique. Heureux hasard, Le Carillon, qui s’installe dans le quartier, fait le tour des commerçants. Dounia leur parle de son projet, l’association oriente la jeune femme vers une autre, Cap ou pas cap, qui a déjà installé un garde-manger solidaire dans le 12e arrondissement. Un mois plus tard, les deux associations et le restaurant se rencontrent. Le projet est lancé et démarre par une campagne de crowdfunding. Grâce aux 1 700 euros collectés auprès d’une soixantaine d’internautes, ils achètent le matériel nécessaire et organisent une journée de construction collective du dispositif avec les ambassadeurs du Carillon (les personnes accompagnées par l’association) et les bénévoles de Cap ou pas cap. La journée est un succès. L’appareil et la signalétique précisant son fonctionnement sont fins prêts.

Créateur de lien

Le 8 juin, le frigo solidaire est officiellement inauguré. Commerçants, habitants du quartier mais aussi le maire-adjoint de la mairie de Paris 18, se déplacent rencontrer toute l’équipe qui a participé à l’initiative. Parmi eux, le directeur de l’école primaire de la rue Hermel est emballé. Depuis, il dépose tous les jours les produits non consommés de la cantine : fruits et légumes, pain, produits laitiers, tout sauf la viande, le poisson, les produits transformés ou entamés, proscrits par les règles des frigo solidaire pour des questions d’hygiène et de respect de la chaîne du froid.

Qui sont les bénéficiaires du frigo ? Difficile à dire, car les gens se servent surtout entre 15h et 19h, quand le restaurant est fermé. « Bien sûr la cible, ce sont les gens dans le besoin mais c’est du libre service, alors qui veut se sert. Mais j’espère que les gens qui ont les moyens laissent aux autres », souligne Dounia.

Au-delà de la redistribution de nourriture, qui aurait été jetée autrement, d’autres bénéfices sont tangibles. La jeune restauratrice raconte : la veille, un jeune couple est venu déposer les restes de leurs frigos, avant de partir en vacances. Intriguée, une cliente de la Cantine du 18 leur demande ce qu’ils font. De là, a démarré une discussion entre les voisins de quartier. « Le resto devient une zone d’échanges et de partage. Ça crée du lien », s’enthousiasme Dounia qui pendant le temps de notre échange aura saluer bon nombre d’habitants du village Ramey.

Et ce projet donne des idées à d’autres. Le jour de notre rencontre, elle a reçu l’appel d’une restauratrice en Isère. Elle aussi, voudrait mettre à disposition un frigo solidaire, destiné aux retraités vivant avec une faible pension. Cette femme souhaite même lancer l’association française des Frigo solidaires pour un essaimage un peu partout en France.

En attendant, un second frigo solidaire devrait être installé à Paris, grâce au reliquat d’argent collecté par la campagne de financement participatif. L’association Cap ou pas Cap recherche un lieu pour l’accueillir.

La Cantine du 18 : 46 rue Ramey, 75018 Paris
Ouvert du mardi au samedi de 11 h 30 à 15 heures et de 19 heures à 22 heures.


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