EXTRAIT DU MAG – Les Assises de la mobilité sont lancées mardi 19 septembre. Élus, associations professionnelles et syndicales, ONG, entreprises et grand public sont invités à s’exprimer pendant trois mois autour de six thèmes pour repenser la mobilité pour aboutir à une loi d’orientation des mobilités début 2018. À cette occasion,  UP met le cap sur l’avenir et republie un article consacré au futur de la voiture autonome, extrait du n°16 d’UP le Mag. 

Retrouvez la plateforme de consultation à cette adresse : https://www.assisesdelamobilite.gouv.fr/


Impossible de ne pas s’en être rendu compte : les véhicules autonomes sont en route, du moins sur le plan technique. Faut-il s’en réjouir ? Tout dépendra de nous !

Sans les mains ! Certaines voitures truffées de caméras et de capteurs sont capables de se déplacer sans intervention humaine. Ce n’est plus de la science-fiction. Sur l’année 2016, les voitures sans chauffeur de Waymo, la filiale de Google, ont, lors de différents tests, roulé en mode pilote automatique 1,023 million de kilomètres, avec seulement 124 interventions des ingénieurs, soit une fois tous les 8 252 kilomètres. Plusieurs grandes entreprises (Uber, Apple, Amazon…) travaillent sur des projets similaires, souvent prometteurs. Selon plusieurs estimations, les premiers véhicules seront prêts dans les années 2020.

Ces prouesses technologiques sont certes impressionnantes, mais la société a-t-elle vraiment à y gagner de les voir arriver sur ses routes ? « Le véhicule autonome ne peut être perçu comme une solution que s’il est partagé », estime Diane Bouchenot, Chef de projets innovations territoriales, nouvelles mobilités et prospective chez Chronos, cabinet spécialisé dans les enjeux de mobilité. Selon elle, si on en reste à la « voiture autonome », au sens où chacun garde la sienne, l’impact sera négatif en termes de congestion des routes et d’étalement urbain. Elle préfère donc le scénario de « véhicules autonomes partagés ».

Vers une reconfiguration des villes ?

Tandis qu’aujourd’hui une voiture individuelle est stationnée 95 % de son temps, le partage permettrait de réduire considérablement le nombre de véhicules en circulation et les espaces dédiés au parking dans les villes. Gabriel Plassat, expert à l’ADEME et auteur du blog « Les transports du futur », pense également que la vente de véhicules individuels par les marques classiques pourrait être remplacée par la « vente de mobilité » par des acteurs qui proposeront, à la demande, des places dans des véhicules autonomes partagés, capables de rouler 24h sur 24. On peut alors imaginer des « driverless-city » (villes sans conducteur). « Si on supprime le conducteur, on est tous sur un pied d’égalité. Alors qu’aujourd’hui, il y a une place démesurée donnée au conducteur », souligne-t-il.

Dans la réorganisation des villes, les véhicules autonomes devrontêtre pensés « en combinaison avec les autres modes de transport », souligne Diane Bouchenot. « Selon une étude récente de Chronos avec l’Obsoco, l’intermodalité, c’est-à dire le fait d’utiliser plusieurs types de transport sur un même trajet, ne progresse pas, alors que c’est un point important pour les longs trajets », explique-t-elle. Selon plusieurs études (MIT/New York, ITF/Lisbonne et VDV/Stuttgart), il pourrait y avoir 80 % de voitures en moins sur les routes si les véhicules autonomes sont partagés et complètent une offre de transport public efficace. Il faudra aussi veiller à ce que les zones éloignées des villes, où l’offre de transport sera forcément moins riche, puisqu’il y aura moins de demande, ne se retrouvent pas plus exclues qu’elles ne le sont déjà.

Des modes de vie repensés

Les conducteurs seront-ils prêts à abandonner leur véhicule personnel et toute la symbolique qui l’accompagne ? « Les jeunes sont moins attachés à l’objet voiture que leurs aînés, même si cela dépend aussi des catégories socio-professionnelles », souligne Diane Bouchenot. Selon elle, les véhicules partagés pourraient attirer les utilisateurs en offrant du temps de loisir. « Concernant l’utilisation du temps dans les véhicules autonomes, les imaginaires sont pour le moment assez pauvres. Le mot véhicule ferme les possibles, alors que tout peut arriver. Pourquoi pas des hôtels ou des restaurants ? », affirme Gabriel Plassat. Waymo a d’ailleurs commencé à faire des tests auprès des habitants de l’Arizona sur leurs trajets habituels, afin d’observer comment ils s’occupent dans les véhicules.

Autre question : les données récoltées par ces nouveaux véhicules serviront-elles aux collectivités pour améliorer l’offre de transport public, ou seront-elles une manne financière pour les acteurs privés ? Selon Gabriel Plassat, la place de « l’assistant personnel de mobilité », c’est-à-dire l’application utilisée pour calculer nos trajets, et éventuellement commander une course, va devenir primordiale. Or, aujourd’hui « quel que soit le mode de transport utilisé, on passe toujours par Google », souligne-t-il. Penser d’autres modèles devient nécessaire si l’on veut éviter la privatisation des transports.

L’Union internationale du transport public (UITP), prévenait récemment dans un rapport que le véhicule autonome ne représentera une opportunité que si « les autorités et les compagnies de transport public jouent un rôle actif et intègrent les véhicules autonomes dans le réseau de transports en commun ». C’est le seul moyen, selon l’organisation, de rendre les véhicules partagés attractifs. Mais il faut également, selon elle, préparer les gens à l’intermodalité et au partage. La bonne nouvelle c’est qu’on n’a pas besoin d’attendre l’arrivée des véhicules autonomes pour s’y mettre !

Magazine UP le mag n°16

Article extrait de la 16ème édition de UP le mag

-> Découvrir le sommaire
-> Abonnez-vous pour recevoir ce numéro ou achetez-le dès maintenant !


Commentaires