Vote sanction, vote utile, vote blanc… À quelques jours de la présidentielle, déçu ou peu convaincu, vous n’avez toujours pas fait votre choix et vous vous demandez sérieusement si vous n’aurez pas autre chose à faire le 23 avril prochain ? Le collectif Alter-votants propose une alternative étonnante : donner sa voix à un étranger vivant en France.

Le taux d’abstention en France est de plus en plus alarmant. 49,5 % des Français inscrits sur les listes électorales ne se sont pas déplacés pour le premier tour des élections régionales en 2015. Une défiance qui s’explique, entre autres, par une offre politique peu engageante, une succession de promesses non tenues et la multiplication d’affaires de détournement de fonds publics et d’emplois fictifs.

D’un autre côté, certains habitants souhaiteraient voter? mais n’en ont pas le droit car ils sont de nationalité étrangère. Selon l’Insee, ils étaient 3,6 millions en 2014. 70% d’entre eux vivent en France depuis plus de dix ans. Ils travaillent, paient des impôts et participent à l’économie de la société, à défaut de pouvoir voter.

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Voter à la place d’un résident étranger

En janvier dernier, le collectif militant Alter-votants a eu l’idée de créer une plateforme de mise en relation grâce à laquelle un(e) électeur(trice) français(e) pourra exprimer dans les urnes l’intention de vote d’un(e) étranger(e) résidant en France. Une idée qui peut paraître aberrante pour certains, mais qui commencent à convaincre quelques citoyens.

« Le but de cette plateforme est tout d’abord de redonner à la question du droit de vote des étrangers une place dans le débat public, affirme le collectif, c’est également un autre moyen pour les déçus, indécis ou militants d’exprimer leur désaccord avec le système électoral actuel. Enfin, il permettra aux étrangers qui le souhaitent de voir leur place dans la société française enfin reconnue par l’expression de leur voix ».

Concrètement la plateforme s’adresse aux abstentionnistes et aux personnes majeures, qui n’ont pas le droit de vote, mais contribuent à la société française. Il suffit d’entrer en contact avec le collectif, via un formulaire en ligne, pour que l’association vous recontacte afin de faire connaissance et vous mettre en relation, avec votre accord, avec la personne adéquate. Vous formerez alors un binôme et pourrez « débattre, partager, (se) questionner » et pourquoi pas voter !

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« Un acte démocratique et solidaire »

En France depuis 6 ans, Hamze est un réfugié politique iranien, forcé à l’exil à la suite de son « opposition à la fraude électorale » dans son pays. Très engagé politiquement, il souffre de ne pouvoir exprimer son opinion à une élection, la présidentielle française, qui aura « un énorme impact » sur sa vie. « Lors de la dernière élection présidentielle, j’ai envoyé un chèque au comité de soutien du candidat de mon choix, métaphoriquement, comme mon vote. Mais, pour cette élection, je cherche une autre façon de participer, plus forte », explique-t-il.

De son côté, Marie, citoyenne française et militante pour le droit de vote des étrangers, donnera sa voix à un étranger désireux, comme Hamze, de voter. « Je pense que ces personnes font vivre la démocratie dans notre pays et qu’elles ne devraient pas être symboliquement exclues du vote », confie-t-elle. Idem pour Adèle : « J’ai réalisé qu’ils avaient toute la légitimité du monde pour s’exprimer dans leur pays d’accueil. Une personne réfugiée, par exemple, apporte beaucoup à son pays d’accueil, il est logique qu’elle participe à sa gouvernance. » Pour elle, au-delà d’un acte militant, « c’est un acte démocratique et solidaire qu'(elle a) le sentiment d’accomplir en donnant (son) vote. »

Alors que seulement 30 binômes avaient été formés jusqu’à la semaine dernière, des articles parus dans Le Monde, Le Point ou encore Le Bondy Blog semblent, à quelques jours du premier tour du scrutin, attirer de plus en plus de monde vers l’alternative. « Depuis ces publications, nous avons une explosion des inscriptions, entre 2 et 20 par heure ces dernières 24 heures, et naturellement de « vives réactions » de la fachosphère », révèle le collectif Alter-votants.

Hamze et Marie expliquent ce qui les a mené à devenir alter-votants.

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