Solid’hair collecte des cheveux naturels pour les vendre à des perruquiers. L’idée : subventionner des personnes atteintes d’un cancer et qui auraient besoin d’une prothèse capillaire.

Elles ont pris rendez-vous pour s’offrir une nouvelle coupe de cheveux, quitter leurs longues mèches et changer d’air, de coiffure. Mais derrière cette envie, certaines poursuivent un autre but : donner leurs cheveux coupés… pour soutenir une bonne cause. Ils ne seront pas jetés à la poubelle. Au contraire, ils auront une seconde vie, seront transmis à une association du Val d’Oise, en région parisienne.

Solid’hair, de son nom, les collecte en vue de les vendre à des perruquiers ou à d’autres professionnels au kilo. Avec l’argent récolté, elle soutient des malades ayant perdu leurs cheveux à la suite d’une chimiothérapie et qui ont besoin d’une prothèse capillaire.

Tout a démarré en 2015 quand Sophie Bouxirot a décidé de faire raccourcir sa longue chevelure. « Je me suis dit que je pouvais donner des mèches, mais il n’y avait aucune structure en France. J’ai découvert une initiative en Belgique appelée Coup d’éclat, mais rien chez nous », raconte la fondatrice. Alors elle s’y est attelée avec une amie et son mari.

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Un soutien pour les personnes en difficulté

Deux ans plus tard, ils continuent leur collecte – le tout, de manière bénévole, à côté de leur travail respectif –, mais ont établi une règle. Peu importe la couleur du poil, pourvu qu’il y ait au minimum 25 centimètres et que ce soit des cheveux naturels non colorés. Les cheveux peuvent avoir été coupés récemment, mais pas forcément, puisqu’ils ne se dégradent pas. « Des mamies nous ont donnés par exemple des mèches coupées il y a plusieurs années », sourit Sophie Bouxirot.

Son association soutient en priorité les individus dans le besoin financier. « L’aide est soumise à des conditions de revenu mensuel, précise la présidente. La personne demandeuse ne peut percevoir plus de 1 500 euros brut par mois. » Dans le calcul, l’équipe ajoute 200 euros par enfant ou personne à charge.

« Retrouver le moral »

Une chose est sûre : tout soutien est bienvenu. En effet, le prix moyen d’une perruque est estimé à environ 400 euros. « Or, la sécurité sociale rembourse uniquement 125 euros, poursuit la porteuse de projet. Alors, en offrant 300 euros supplémentaires aux malades, nous leur permettons de traverser la maladie dans la dignité ». Concrètement, Solid’hair verse directement la somme au prothésiste sur devis, ou la remet à la (ou au) bénéficiaire après réception de la facture. Ainsi, les femmes peuvent « retrouver leur beauté, leur moral », explique une coiffeuse partenaire en Bourgogne.

Tout le monde peut envoyer ses cheveux directement à l’adresse de l’association. Attention, toutefois, à ne pas les envoyer en boule. Elle insiste et donne des conseils pour la découpe de cheveux : « Il est important, pour éviter tout gâchis, de les mettre en élastique avant la coupe ou de les tresser dans le but de respecter le sens du poil et, surtout, pour avoir des cheveux non emmêlés. » Autre recommandation : « enrouler les cheveux dans du papier type ‘’essuie-tout’’ pour les protéger ».

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800 salons de coiffure engagés

Le plus pratique reste quand même de passer par un salon de coiffure. Sophie Bouxirot assure compter sur près de 800 salons de coiffure, partenaires ou dépositaires, tous recensés sur le site de Solid’hair. Ils jouent le jeu un peu partout, tant dans les grandes villes que dans les communes de plus petite taille.

Solid’hair a également noué quelques partenariats avec des salons à l’étranger, puisqu’on en trouve à proximité de la frontière, en Belgique, en Suisse, au Luxembourg et à Monaco. L’intérêt : le gérant du salon partenaire s’engage, gratuitement, à « offrir la coupe ou proposer une promotion libre de son choix ». Ou comment, pour le client, opter pour un geste solidaire, tout en réalisant une économie financière.

Exemple dans le 15e arrondissement. Nikita Ducos, dans son salon, propose à ses clientes une réduction de 15 % sur la coupe si la personne accepte de donner ses mèches. Sur place, on peut aussi y apporter ses cheveux coupés au préalable.

Un partenariat évident pour cette coiffeuse. Chaque semaine, depuis un an, elle en parle à ses clients pour les inciter à sauter le pas, ravie de se servir de son ciseau pour cette noble cause. « En général, comme moi, ils pensent que c’est une belle action », sourit-elle, avant d’ajouter : « Mais, en même temps, c’est assez dur et émouvant. J’ai déjà eu une cliente atteinte d’un cancer qui confiait vouloir que ses cheveux servent à d’autres personnes… »

Magazine UP le mag n°15

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